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Est-ce un homme qui pleure ? – ( RC )


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en « réponse »  au texte  précédent, de Susanne  Derève

 

Est-ce un témoignage d’amour,
cette plume qui est
le marque page
de notre livre ?

Est-ce que nos vies
sont liées
par ce serment écrit ,
avec cette plume, justement ?

Mais les pages se sont tournées,
avec les années :
il n’y a plus
que les miettes du passé .

Si la tendresse se conjugue maintenant
à l’imparfait,
faut-il regretter d’avoir dit,
 » je t’aimais ? « 

J’ai connu d’autres chapitres    ;
l’oiseau de l’amour
est revenu reprendre sa plume, et s’est envolé 
mais je n’ai pas de regrets .

RC

 


Yanka Diaghiléva – Seras-tu ?


Yanka Diaghiléva dont on peut  trouver  les traductions  du russe par Henri Abril, sur son siteVernissage de l'exposition Georges Guye, 200RD10 8089679230.jpg

art:         exposition Georges Guye

 

 

Seras-tu le rayon clair
            qui naît de l’ombre,
Seras-tu l’ombre engendrant le rayon ?
Seras-tu la pluie bleue
            qui tombe sur la neige,
Seras-tu l’un des nuages ?
Ne seras-tu qu’un maillon
            de la chaîne dorée,
Ou bien le marteau qui la forge ?
Seras-tu le sentier à l’horizon
            ou celui qui y marche ?
Seras-tu la plume d’une aile d’aigle
Ou seras-tu l’aigle lui-même ?
Seras-tu une goutte de vin
           ou bien le fond de la cruche ?     

1987


Garous Abdolmalekian – Esquisse 1


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Esquisse  1
 
Même l’envol 
N’était plus le rêve de cet oiseau
 
Une à une il a arraché ses plumes
Pour que sur cet oreiller
Il puisse faire un autre rêve

extrait de « Nos poings sous la table »


Le tracé lumineux des écarts – ( RC )


461881185_ecd27ba59c DU BIST IN DER_O

Se lancer comme un projectile, à travers les espaces,              à la manière d’une fusée destinée à explorer d’autres mondes,           et dont elle ne sait rien encore..

Ainsi les étoiles seraient bien reliées entre elles,      par des fils ténus cheminant de l’une à l’autre,

Ce serait l’équilibre des pensées, reflétées,      ou renvoyées ( une balle au rebond), sur la perpendiculaire d’un mur de verre, invisible, .

Le tracé lumineux fixé dans les écarts, et dont on tire de l’invisible, l’écrire,

( comme un souffle vital que l’on expulse).

Le libre intervalle entre l’immobile, et le moment où court la plume, chantournant les mots.

Toujours en équilibre instable .

Ce serait ainsi que l’on parcourt l’univers

                                ( en le construisant au fur et à mesure ).

RC – mai 2015


Une infime parcelle- comme une découpe du ciel – ( RC )


création numérique perso 1999

création numérique perso 1999

A l’extrème limite de la conscience,

une bouche balbutie,

sur une surface horizontale..

une couche de glace,

dont on ne sait encore l’épaisseur,

mais bousculée par les courants de l’intime,

d’une profondeur insondable.

J’imagine le violoncelle de Yoyo-Ma,

Jouant Bach, sur une pellicule de glace,

la pique s’enfonçant peu à peu,

à chaque coup d’archet,

pour retrouver,

une fois la suite achevée,

l’essence même de la musique.

Et , de même la page d’écriture,

Qui se révèle :

une façon de communiquer son sang

à l’encre :

une mémoire magnétique,

venant de régions inconnues

avant que celle-ci ne fige .

Bien sûr, on peut rester

la plume en suspens,

au point de laisser les oiseaux

dessiner, écrire à notre place,

le geste immobilisé,

pour des récits qui resteront

à jamais non écrits …

Faut-il se révéler à soi-même,

Et remonter du lac,

sous nos pieds,

un seau d’eau glacée

dans laquelle nous mirer ?

Reflétant aussi les oiseaux ,

et l’encre transparente du silence …

De toute façon,

ce qui est puisé,

n’est qu’une infime parcelle,

comme le serait la découpe du ciel,

visible dans le seau,

mais il contient une voix,

avant d’être naufragée, gelée …

la nôtre .

_

 

RC- sept 2015

 

( variation sur un texte de Michèle Dujardin, tiré de « Abadôn » elle-même évoquant Henri Thomas avec cet extrait : « Je n’ai le goût de rien exprimer, si ce n’est ce noyau d’obscurité tenace qui est mon être même, ma substance morale et poétique. »
Henri Thomas )


Guillermo Carnero – Crayon du temps


 

 

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source ICDesign

Mais pourquoi n’usez-vous pas d’un moyen plus fort,
Pour mener guerre au temps, ce tyran sanguinaire,
Et vous fortifier jusqu’en votre déclin
D’un plus fécond secours que mes vers inféconds ?

Vous voici au zenith de vos heures heureuses,
Et les vierges jardins, incultivés, ne manquant pas,
Dont la vertu voudrait tant porter vos vivantes fleurs,
Mieux qu’un portrait de vous, fait à votre image.

Ce trait de l’existence, ainsi tiendrait en vie,
Ce qu’un crayon du temps ou ma plume écolière
Ne savent maintenir de vous sous les regards humains :
La beauté du dedans, et celle du dehors.

Vous donner hors de vous à jamais vous conserve ;
Portraituré par votre exquis talent, vous aurez vie.


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


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                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Jean-Marie Kerwich – je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs


affiche de cirque  » Sells Brothers »

 

« Je ne relis jamais ce que j’écris ; je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs. Mes phrases sont des villages pour les âmes en peine. Mieux vaut ne pas se retourner vers eux, ça ferait pleurer l’encre des mots écrits… 

          J’ai du mal à tenir une plume : ma main droite a trop longtemps tenu en équilibre sur un portique de cirque. »


Au rayon d’astre épanouï – ( RC )


Le rayon d’astre épanoui
Même de sa lumière ancienne
Il me reste l’écho – de la tienne ,
Au soleil évanoui

Il y a – si je ne fais pas erreur
De ta chevauchée pacifique
Plein d’images atypiques
Qu’elles sont pour notre saveur

Au-delà  de l’Atlantique   .
De  la face cachée de la terre
Remontent les sons,  les vagues de mer
De la lumière de tes mots   – cantiques

Pour mieux renaître en musc
Les détours de ta plume bleue
Brillant de tous ses jeux
Sans que pourtant je brusque

 Au destrier tes baisers
De vendanges érudites
Le jus des phrases dites
( d’une parole si aisée… )

 

RC – Nov  2011   -(modifié  2014 )


Ces pierres soulevées d’un mouvement de plume – ( RC )


Collage:         Max Ernst:          Santa Conversazione, 1921

 

Tu prends dans tes mains les oiseaux,
Tu les mets dans ta tête,
Tu n’as pas besoin de maison,
Ni de t’enfermer à double tour,
L’été est chez toi,
Tu arraches des mots aux herbes.

Les pierres deviennent légères,
Celles que tu soulèves d’un mouvement de plume.
Par la fenêtre, des martinets voltigent.
Mais elle ne donne pas sur l’extérieur,
Et, dans l’esprit,

Tous les oiseaux du monde y volent
librement ,à toutes profondeurs°

° ( provenant de la citation de Nicolas de Staël:  » La peinture est un mur, où tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes profondeurs  » ).

 

( en réponse à « août » de « Carnet d’au bord », de Sophie G Lucas )

image:  montage  perso

image: montage perso


Déposer une petite lumière – ( RC )


 

image  Ernst Haeckel:  pollens

image           Ernst Haeckel: pollens

 

 

 

 

Il est un temps, où,
Apprendre à lire, s’accompagne,
De la parole, de celle des autres,
Mais aussi la porte ,     que l’on ouvre
A la sienne ,               sa propre voie(x).

Est ouvert alors l’espace,
Au bout des doigts,
Ceux qui tiennent la plume,
Ou le pinceau,
Ou le chant…

A dire ce que l’on sait,
….                          Ce que l’on ressent,
De ce qui nous modèle,       nous environne,
De l’effleurement       d’un regard,
De la marque         d’une cicatrice .

L’univers au bout des doigts,   touche les couleurs.
Elles sont aussi une rêverie,
Sur les touches d’ivoire       d’un piano…
Ainsi, nait,                         vulnérable,
Une mélodie hésitante,

Une peinture,       un récit,
Une empreinte de chair,
Un trait dansé   sur les nuages,
Ou reliant les étoiles,
Une parole aimante,

Aimée,        parcourue,
Que l’on veut donner,
En échange,               Déposer
Une petite lumière,
Ajoutée         au ciel nocturne.

RC  –  avril 2014
( en relation avec un écrit de Pierre Dhainaut)


Moins que des natures mortes – ( RC )


peinture: portrait W L von Nassau

peinture:              Michiel van Mierevelt,        portrait de W L   von Nassau-Dillenburg

Un jour,     – que je m’aventurais
A visiter les salles des musées,
Suivant les galeries des portraits,
Les enfilades de parquets cirés,

Princes et généraux,
Ducs et cardinaux,
Chacun en habits d’époque,
Qui                     de sa toque,

Qui       de son manteau de renard,
Ou                        de son pourpoint,
Toisant l’assistance d’un regard,
Pour la postérité – avec dédain…

Pourtant        l’histoire oscille,
Au rythme des années,
….       Ce sont des objets futiles,
Que l’on a conservés.

C’est une                         triste cohorte,
Figée derrière son vernis
Ce sont moins que des natures mortes,
Leur vie s’est évanouie…

… – Et recroquevillée…
Ils ne représentent plus rien,
Ils ont été oubliés,
( on a perdu le lien )

Un peu comme ces papillons,
Du musée d’histoire naturelle,
Faisant partie de la collection,
– couleurs ,        élégance des ailes      –

Epinglés sur leur support ,
Avec dessous un nom latin ,
Ce n’est que celui d’un mort…
En habits de satin   .

Les natures mortes, elles,
 » Still living » , in english,
D’où la lumière ruisselle,
Associent aux fruits, une fraîche miche.

Au bal des coquilles vides,
Les musées fourmillent,
De portraits insipides,
De vieilles familles,

Il fallait          orner les demeures,
Attester de l’origine,              de la lignée,
La comtesse          et sa belle-soeur,
Leurs descendants,                 tous alignés,

Sous les perruques poudrées …
Le peintre ayant posé une lumière,
Subtilement             cendrée …
Maintenant avalée par la poussière.

portraits au château de Bussy-Rabutin

Ces familles    satisfaites ,
A l’attitude altière,
En habits             de fête,
Ruban             à la boutonnière

Chapeaux de plume    , ou armures…
–     Les couches de peinture jaunie,
Enfermées        sous cadres et dorures,
Sont maintenant ternies.

Des symboles de pouvoir,
Ces objets désuets,
Ne sauraient nous émouvoir….

– Ils sont maintenant muets   .

RC – février 2014

peinture: Willem Claesz    1648

peinture:        Willem Claesz                    1648


Les mots s’en vont, comme bulles de savon. ( RC )



 

 

Les mots s’en vont
Comme bulles de savon,

Vois comme elles s’enfuient,
Et les mots aussi.

Tu étais là,…. tu étais elle,
Dans ma vision, bien réelle,

Les bras ouverts, la peau de pêche,
Ma plume hésitante, et l’encre qui sèche…

Les glaïeuls disposés dans le vase,
Je n’arrive pas à finir mes phrases,

Oui, – j’étais sans doute ébloui,
Après cette journée de pluie….

Hanté par ton souvenir..
– Comment pourrais-je l’écrire ?

Réfugié dans ces fleurs écarlates,
A la cambrure délicate.

Leur couleur en est saveur,
Et précipite les heures…

Les mots , toujours, s’en vont
Comme bulles de savon,

Ils forment des phrases plates,
Qui se heurtent entre elles et éclatent,

Et disparaissent sans bruit,
Quand ta vision me poursuit.

>  Je ne pourrai jamais décrire,
La courbe de ton sourire…

 

RC –  18 octobre 2013

 


Un état poétique – ( RC )… écho à Cesare Pavese


photo:           extraite des   « temps Modernes  »   C Chaplin

Dès l’instant où l’auteur tourne sa tête,

Diverge le quotidien, dans ce qu’il a de commun,

Et répétitif,

Des occupations « terrestres »….

Le regard change de place.

La pensée ricoche sur d’autres,

( celles des autres aussi )

Et remplace la normalité, par une envolée

–  Plus belle – je ne saurai le dire-

Mais davantage libérée,

( si libérée est le terme),

des occupations de la vie,

Pour laisser place

Aux émotions,            dites

En métaphores,

Enracinées à la fois

Dans la vie et le rêve,

Une manière d’être.

( un état poétique),

Comme on dirait « un état fébrile »

Qu’il lui faut traverser.

De sa plume – seule ? –

En tout cas par l’esprit,

Ouvert à des éclairages,

Qui lui sont encore , inconnus.

 

RC- septembre 2013

—-

en écho à ce qu’écrivait C Pavese:

16 avril 1940

Il doit être important qu’un jeune homme toujours occupé à étudier, à tourner des pages, à se tirer les yeux, ait fait sa grande poésie sur les moments où il allait sur le balcon, sous le bosquet, sur la colline ou dans un champ tout vert. (Silvia latini, Vie solitaire, Souvenirs) La poésie naît non de l’our life’s work, de la normalité de nos occupations mais des instants où nous levons la tête et où nous découvrons avec stupeur la vie. (La normalité, elle aussi, devient poésie quand elle se fait contemplation, c’est-à-dire quand elle cesse d’être normalité et devient prodige.)

On comprend par là pourquoi l’adolescence est grande matière à poésie. Elle nous apparaît à nous — hommes — comme un instant où nous n’avions pas encore baissé la tête sur nos occupations.

20 février

La poésie est non un sens mais un état, non une compréhension mais un être.

extrait du « Métier de vivre « 

 


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Comme j’aurais aimé l’écrire -( Par l’entremise de V Hugo ) – ( RC )


photo:             Bruno Monginoux

 


texte proposé à partir de quelqu’un qui a dit – à propos des vers de Hugo ci après

 » comme   j’aurais aimé l’écrire »:

Ecoute l’arbre et la feuille
La nature est une voix
Qui parle à qui se recueille
Et qui chante dans les bois

Victor Hugo

———————-
( Comme j’aurais aimé l’écrire…
Et faire aussi beau
Qu’un texte de Hugo…. )

Si tel est ton désir,
Pour faire un recueil,
Prélève donc une feuille

Tresse une couronne
Des ors de l’automne
Chante d’une voix pure,

Et conduis l’écriture…
– Elle viendra à toi
Suggérant à travers bois

Le récit qui allume
Le parcours des plumes
Au travers des roseaux

Et le chant des oiseaux
Grandira, se fera lecture
A travers ta nature

RC – 15 janvier 2013


Un parcours avec Matisse ( RC )


peinture: Matisse, Capucines à la Danse II,,

Un parcours avec Matisse

« Tout brille , tout chatoie
Tout est lustré, verni « 
Et les couleurs toutes serties
Dansent encore des figures de joie

La danse,      justement,      s’anime,
Traverse la toile       , en spirales
Gerbe de lignes, et trois tons qui s’étalent
Sans décor,      d’aspect anonyme

Bleus et verts s’affrontent, lisses
avec des roses   et orangés,
L’écho des odalisques, allongées
Des intérieurs fleuris, de Matisse

peinture H Matisse: intérieur rouge, intérieur jaune et bleu

Les bocaux de poissons devant la fenêtre
Voisinent des lignes     arabesques,
Azurs teintés de rythmes, presque
Tout est verni, lustré, prêt à naître.

dessin : H Matisse : portrait de Marguerite

Mais aux portraits à la plume,   en séries
Les formes jouent de lumière     offerte
Et dialoguent, du papier blanc, ouvertes.

Le décor des motifs , le même que la tapisserie
Transmet à l’oeil        son doute
Comme s’il faisait fausse route …

Dans les courbes        et dans l’épure
Luxe, calme et volupté, point de lutte
Entre harmonie, enchaînement des volutes
Où         la ligne ondule et s’aventure …

Puis la traversée d’un ciel, par les ciseaux,
Couleurs franches et gouaches découpées,
Savamment associées et groupées
Comme l’aventure migratoire des oiseaux…

Jazz- HM             –

Jazz            ( et rythmes déhanchés),
Bal des feuilles de figuier, détachées
Dans un autre espace ,    s’élance
L’art du peintre,    par excellence.

NB            les deux premiers vers  » Tout brille , tout chatoie Tout est lustré, verni »,
est une citation de H Matisse lui-même.

RC – 29 juin 2012


Boris Vian – Ils cassent le monde


Ils cassent le monde

En petits morceaux

Ils cassent le monde

A coups de marteau

Mais ça m’est égal

Ça m’est bien égal

Il en reste assez pour moi

Il en reste assez

Il suffit que j’aime

Une plume bleue

Un chemin de sable

Un oiseau peureux

Il suffit que j’aime

Un brin d’herbe mince

Une goutte de rosée

Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde

En petits morceaux

Il en reste assez pour moi

Il en reste assez

J’aurais toujours un peu d’air

Un petit filet de vie

Dans l’oeil un peu de lumière

Et le vent dans les orties

Et même, et même

S’ils me mettent en prison

Il en reste assez pour moi

Il en reste assez

Il suffit que j’aime

Cette pierre corrodée

Ces crochets de fer

Où s’attarde un peu de sang

Je l’aime, je l’aime

La planche usée de mon lit

La paillasse et le châlit

La poussière de soleil

J’aime le judas qui s’ouvre

Les hommes qui sont entrés

Qui s’avancent, qui m’emmènent

Retrouver la vie du monde

Et retrouver la couleur

J’aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire

Ces messieurs vêtus de noir

C’est ma fête et je suis fier

Je l’aime, je l’aime

Ce panier rempli de son

Où je vais poser ma tête

Oh, je l’aime pour de bon

Il suffit que j’aime

Un petit brin d’herbe bleue

Une goutte de rosée

Un amour d’oiseau peureux

Ils cassent le monde

Avec leurs marteaux pesants

Il en reste assez pour moi

Il en reste assez, mon coeur

Boris Vian

D’autres  écrits  de grands auteurs, Eluard, Marceline Desbordes-Valmore,  sont  visibles  sur lireouimais quoi…


Ulysse – Ode à ma plume


grille          de style  » art nouveau  »        à Nancy

Ulysse nous fait partager  sa « plume »,  c’est le cas  de le dire, avec le titre  choisi…

il participe  au forum  « En Attendant la fin du monde »,  c’est là que je l’ai  « repêché »

 

 

Ode à ma plume

Je confierai ma plume à la foudre et aux vents,
Aux furieuses tempêtes, aux fauves tremblements.
Je la veux souveraine, insolente et fantasque,
Insensible à la haine, sans faiblesse, sans masque.
Je la veux intrépide, courageuse et libre
Ecrivant sans ambages mon ivresse de vivre.
Quand les vents des passions se seront apaisés
Ma plume cheminera aux sentiers irisés
Des tendresses du soir entre des bras fragiles
Quand la force est vaincue par un battement de cils.
Elle se fera pinceau aux encres de couleurs
Traçant sur le papier les signes du bonheur.
Elle glissera ses mots au milieu de silences
Quand il faudra se taire devant une souffrance.
Je la veux enjouée, folle, primesautière
Sautant dans les ruisseaux, remontant les rivières
Tirant du fond de l’ombre, des perles, des diamants
Accrochant à ses lignes de jolis cerfs volants.
Je dirai à ma plume d’écrire des poèmes
Sur tous les vagabonds et leur vie de bohème
Sur les cris des enfants à la récréation
Sur les mots des amants au feu de la passion.
Et lorsque fumera mon dernier feu de bois
Elle inscrira encore aux branches d’une croix
« Pardonnez lui, Seigneur, d’avoir pris du plaisir »
« Aux rimes polissonnes.., il aimait trop écrire !»

Ulysse 2 février 2012


Alain Borne – Je pense


Je pense       (  à Paul Vincensini  )

Je pense que tout est fini

Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile

Je pense que cela est amer et dur

Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après

la lumière

Je pense que l’obscur n’a pas de fin

Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus

que mourir

Je pense que le désespoir est une éponge amère

qui s’empare de tout le sang quand le cour est détruit

 

 

 

Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est

immense

et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume

et laisser les démons et les larves continuer le récit

et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau

finit par étourdir

et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau

par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur

est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

Je pense que tout est fini.

Alain Borne


L’île aux images – Remember Fukushima


Tikopia,  avec son tout nouvel article: (Remember Fukushima)

by Xavier G.

Ma vie n’est qu’attente, j’aime méditer où que je sois, il me suffit d’un peu de silence et d’un beau paysage, je m’assoie et je ne pense plus à rien, c’est une parenthèse, un moment à moi, je rêve, je réfléchis, je me laisse aller à mes états d’âme, sans risque d’une remarque, d’un jugement, d’une compassion maladroite, je m’identifie au grain de sable qui voyage dans le désert ou à la plume qui se détache d’un oiseau, ces instants peuvent être violents quand je prends soudain conscience de quelque chose ou quand je me rappelle d’un disparu, ces derniers jours je pense au Japon, à Fukushima, le sentiment d’absurdité et de néant est encore plus intense, alors ce matin en hommage à tous ces prisonniers du rien, à tous ceux qui affrontent là-bas une menace invisible, j’ai gonflé ces ballons pour les lâcher et ainsi apaiser un peu leurs douleurs.

 

image d'art modifiée; montage perso


La plume vagabonde (1) – ( RC )


Rathava _       Musée des  Arts Premiers

Légendes peintes Rathava , Gujarat (ouest de l’Inde), créations contemporaines des Adivasi –                                                voir  à ce sujet le dossier  FlickR de Dalbera

Je ne souffre pas, à n'être qu'une plume
Dont une conscience torturée serait l' enclume

J’aime que sans effort, ma pensée vagabonde
Et que sous mes doigts cascadent et abondent

Images et strophes sans que je m’entête
A triturer des rimes laborieuses et courtettes

J’aime que la parole coule de source, limpide
et rapide, tout en fuyant l’insipide.

Que de l’intérieur je conserve le feu
Etincelles , idées et propos audacieux,

Sans m’acharner à coucher ma pensée
Aux contraintes et pas cadencés

J’aime des idées en liberté, le flux
Et ne m’accorde, que peu de refus

Mes mots leur en sont gré, en variété
Et j’aime leur dialogue, à satiété…

RC –   3-mars 2012

Et une « suite », autre  bien  que cela ne soit pas  conçu dans cet esprit, existe   avec la  « plume vagabonde 2 »


Michel Leiris – avare


art peinture; Patricia Watwood vanité

peinture:  Patricia Watwood:  vanité

Avare

 

M’alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne

de plumes
de plumages
de plumetis et de plumets

devenir oiseau avare
Ivre du seul vol de ses ailes

Michel Leiris

(poème écrit en 1944, paru dans Haut Mal, Poésie/Gallimard, 1969)


N’ayant pas égaré ma plume – (RC)


 

 

peinture-dessin: reproduction aquarellée de mail-art- production personnelle

 

N’ayant pas égaré ma plume, au clair de la brume,

Dans mes forêts , mon marécage, toi ton bocage

Je n’ai pas oublié que le pouvoir des mots

Aidait chacun à sortir de sa cage,

Du désert, ou de l’urbain étalage de bitume

Les mots sont l’aide d’un bruit silencieux,

Ceux ci nous disent l’exister, et l’approche des lieux

La vie, comme souffle , paroles et partage

Au delà des contraintes et orages.


Aux années de plomb (RC)


 

 

Entre mon sourire,

je crois percevoir,

le grain de ta peau.

Aux années  de plomb

 

A la fontaine scellée

Esprit retiré

Au baiser du crapaud

Aux contes de Perrault

 

La belle endormie

Maîtresse du temps

De plomb fera plume

Les mots jailliront

Captive libérée

 

Oppression dégelée

Pensée désentravée

Aux sources sans larmes

Fontaine je boirai de ton eau

 

Et encore boire tes pages.

ce texte est un écho à celui d’Arthémisia: voir son post:

Entre les larmes

Je crois encore voir

Les pages de ta peau.

Photo:  Imogen Cunningham