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Le jour s’est échoué – ( RC )


 

Braque - barques sur la plage de l'Estaquepeinture: G Braque  – Barques  sur la plage  de l’Estaque

 

 

 

 

Le jour s’est échoué
sur la côte,
comme ces barques
ayant l’aspect de poissons morts,
couchés sur le côté  .

Si je m’approche,
c’est comme si elles respiraient encore,
           à peine,
  et le bois gonflé,
      et la peinture écaillée.

Leur corps est encore tiède
des rayons enfuis,
gonflé et tendu comme un regret,
et cela sent          le goudron,
le sel accroché aux filets .

Le jour s’est échoué
sur la côte.
Il a abandonné aussi
ses couleurs criardes,
pour se parer de soupirs.

On y lirait presque
derrière les filaments blancs
des nuages
                 des noms
comme une énigme.

De ceux
dont on a perdu les clefs du langage,
des fragments          de poèmes,
ainsi les lettres à demi effacées
des noms des bateaux.


RC – janv 2016


Lambert Savigneux – Nuit


Nuit604088_489904647708954_249614617_n

by Lam  –  dans  ses  « feuillets pouvant servir à la poésie )

Je pourrai comme un sanglier mourir là dans mon sang

les arbustes et les fleurs tâchés de mes poèmes

les étoiles étrangères et la lune compatissante

nuit sans que rien ne te trouble toi qui ne me lit pas


Alda Merini – Les plus beaux poèmes s’écrivent sur les pierres


photo perso - région d'Essaouira- Maroc

                               photo perso            – région d’Essaouira          – Maroc

Les plus beaux poèmes

s’écrivent sur les pierres

genoux écorchés,

esprit aiguisé par le mystère.

Les plus beaux poèmes s’écrivent

devant un autel vide,

encerclés par des agents

de la divine folie.

Ainsi, fou criminel que tu es

tu dictes des vers à l’humanité,

vers de la rescousse

et prophéties bibliques

tu es frère de Jonas.

Mais dans la Terre Promise

où germent les pommes d’or

et l’arbre de la connaissance

Dieu n’est jamais descendu ni ne t’a jamais maudit.

Toi si, tu maudis

heure par heure ton chant

car te voilà descendu dans les limbes

où tu respires l’absinthe

d’une survie refusée.


Le più belle poesie

si scrivono sopra le pietre

coi ginocchi piagati

e le menti aguzzate dal mistero.

Le più belle poesie si scrivono

davanti a un altare vuoto,

accerchiati da agenti

della divina follia.

Così, pazzo criminale qual sei

tu detti versi all’umanità,

i versi della riscossa

e le bibliche profezie

e sei fratello a Giona.

Ma nella Terra Promessa

dove germinano i pomi d’oro

e l’albero della conoscenza

Dio non è mai disceso né ti ha mai maledetto.

Ma tu sì, maledici

ora per ora il tuo canto

perché sei sceso nel limbo,

dove aspiri l’assenzio

di una sopravvivenza negata.


François Piel – Eloge des rêves


artiste non identifié

                  image :artiste non identifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ELOGE DES RÊVES

En rêve
Je peins comme Vermeer de Delft
Je parle couramment grec et pas avec les seuls vivants.
Je conduis une auto qui m’est très docile.
Je suis doué, j’écris de longs poèmes.
J’entends des voix
pas plus mai que les saints les plus sérieux
Vous seriez étonnés du brio de mon jeu au piano.
Je vole comme il se doit, c’est-à-dire de moi-même.
Si je tombe d’une toiture
je sais me recevoir doucement dans l’herbe.
Il ne m’est pas difficile de respirer sous l’eau
Je ne me plains pas : j’ai pu découvrir l’Atlantide
Je me réjouis de ce qu’avant de mourir je parviens toujours à me réveiller.
Dès qu’une guerre éclate je me tourne d’un meilleur côté.
Je suis, mais sans y être obligé enfant de mon époque.
Il y a quelques années j’ai vu deux soleils.
Et avant hier un pingouin.

On ne peut plus distinctement

François Piel    (1972)


Abdellatif Laâbi – Quatre ans


Quatre ans

Cela fera bientôt quatre ans
on m’arracha à toi
à mes camarades
à mon peuple
on me ligota
bâillonna
banda les yeux
on interdit mes poèmes
mon nom
on m’exila dans un îlot
de béton et de rouille
on apposa un numéro
sur le dos de mon absence
on m’interdit
les livres que j’aime
les nouvelles
la musique
et pour te voir
un quart d’heure par semaine
à travers deux grilles séparées par un couloir
ils étaient encore là
buvant le sang de nos paroles
un chronomètre
à la place du cerveau

C’est encore loin le temps des cerises
et des mains chargées d’offrandes immédiates
le ciel ouvert au matin frais des libertés
la joie de dire
et la tristesse heureuse

C’est encore loin le temps des cerises
et des cités émerveillées de silence
à l’aurore fragile de nos amours
la fringale des rencontres
les rêves fous devenus tâches quotidiennes

C’est encore loin le temps des cerises
mais je le sens déjà
qui palpite et lève
tout chaud en germe
dans ma passion du futur.

 

 


Richard Brautigan – Un carnet dans la même poche que mon passeport


poème-affiche du site des ArtPenteurs

Les cinq poèmes

que j’ai écrits aujourd’hui,

ils sont dans un carnet

dans la même poche

que mon passeport. C’est

la même chose.

Richard Brautigan, Journal Japonais


Lettre habillée ( RC )


enveloppe mail-art
Un souffle de vent
Et les petits papiers  s’envolent
C’est une lettre,        qui prend en chemin
Des détours                              fantaisistes
A parcourir monts et vallées
Pour aller                          repeindre
Des jardins ensoleillés
Aux yeux  de l’écriture
                     De la lettre habillée
Des couleurs de fête
Et de coeurs qui s’ouvrent
–  et j’ai envoyé mes mots
Poussés vers l’avant
Des dits qui rigolent
C’est une lettre, que l’on prend dans la main
Des écrits ,               qui consistent
En deux strophes  avalées
Et qui vont atteindre
Des lieux  éloignés
Parcourus d’eau pure
                       – les yeux  émerveillés
Les poèmes en tête
Aux lignes qui se recourbent
……………….Comme des escargots.
RC –   17 novembre 2012