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Jacques Prévert – le sang


Painting of Vincent Van Gogh - Red fields

peinture V V Gogh –  les champs  rouges


Complainte de Vincent !                   A Paul Éluard

 

Arles où roule le Rhône
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et l’homme s’enfuit en hurlant
Pourchassé par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout près du Rhône
L’homme arrive comme un roi mage .
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant à de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi mort
Et sage comme l’image même
e la misère et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans âge
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va calmé indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste là dormant rêvant râlant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.

Jacques PRÉVERT « Paroles »


La plage était déserte et dormait sous juillet – ( RC )


       peinture:               Nicolas de Stael –        paysage au bord de la mer – 1954

C’est une journée qui s’étire

Et un temps d’été qui colle à la peau.

Le soleil cuisant va presque jusqu’à épaissir

le sillage lointain des bateaux.

Bien sûr, la mer proche, et ses vaguelettes .

Peu de vent, et elle,         quasi étale,

Mille petits reflets nous guettent ,

Perlés sur l’écume, et le littoral.


En attendant que la journée bascule

Nous l’avons ressentie presque     palpable

Avec la fatigue, que les heures accumulent,

Et avons écrit nos noms sur le sable .

Le ciel resté  incolore a chaviré,

Comme sous l’effet d’un mauvais présage.

Une nuée d’oiseaux a tout déchiré ,

Ou était-ce une bourrasque qui a emporté les pages ?

Tu es partie te baigner nue,

Suivre le chemin secret de l’eau,

                  … mais tu n’es pas revenue…

Le son de mes appels, seulement, en échos ….

La marée , dans son avancée,

                S’est faite complice,

Nos noms,          ont été effacés,

Maintenant,      la plage est lisse …

Je suis resté       l’âme vide et endeuillée,

La nuit de la perte , s’est étalée,     lourde ,    inerte.

Je me suis remémoré la Fanette …

>         La plage était déserte et dormait sous juillet *

RC  – juin 2015

* ( il est fait référence  évidemment à la chanson de J Brel   » La Fanette  « )


Le pari des condamnés – ( RC )


document d’archives:        exécution de rebelle à Madagascar 1895

 

 

Comment vas-tu faire…
Comment vas-tu réagir,
quand on te fusille ?
Vas tu tomber d’un bloc
T’écrouler lentement
La face contre terre
Ou sur le dos?

On peut toujours parier
Face à la mort
Du côté gauche…
Du côté droit
Dans les cellules des condamnés,
Puisqu’il faut y passer,
Autant lire l’avenir

Comme de bons présages
Si l’agonie se prolonge
En vains soubresauts,
Sur le carrelage sale,
Ou se fait brève,
( Déception
– pour ceux qui ont misé….)

Qu’on amène le suivant  !

 

RC   – 20 janvier  2013

 

 


André Velter – Présage


Peinture - H de Toulouse Lautrec -  Rosa la rouge 1886

Peinture –            H de Toulouse- Lautrec –               Rosa la rouge       1886

 

 

Présage.

Il n’y a plus de seuil
Plus de maison
Plus de camp
Plus de feu

L’aube de ta main gauche
Etreint le soir de ta main droite
Le jour se fait poussière
Souveraine est la nuit

Entre ton âme que je ne crois pas en peine
Et ton corps d’altitude
Pas d’accablement
Pas de déchirure

Tu ouvres la voie des devins
La transparente
Peut-être à coups d’ongles contre le temps
Présage
Qui tient du miracle

C’est à l’Orient l’étoile nouvelle
Où ta vie magicienne
Annonce le caprice et l’oracle
D’une insurrection sans exemple

D’une résurrection sans nom.

« Ton corps d’altitude »

 


Nadia Tueni – En montagne libanaise


photo perso: montagne du plateau de Lassithi ( Crète)... n'étant jamais allé au Liban... mais je suppose qu'il y a - dans la sécheressse, - des points communs

A la découverte  ( en voletant  cueillir  du pollen ), l’abeille  que je suis  découvre « encres du monde », – de Claire-Lise

dont j’extrais ce  beau texte

En montagne libanaise, un poème de Nadia TUENI (Liban)

———

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière ;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton de coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge ;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.


Roland Dauxois: – Le vent soulève des présages


Le vent soulève des présages,
nous allons vite, tous les vivants vont trop vite,
et le coursier noir qui emportait lénore
nous emporte aussi en une course absurde.

Nous allons vite, tous les vivants vont aujourd’hui trop vite
en abandonnant la lenteur
nous avons peu à peu déserté les paysages de la pensée.

In chez Ma ( photo-montage 'et photos perso)

Que nous importe de rejoindre une autre rive lointaine
en quelques heures ou minutes
si notre esprit est enchaîné à ce corps
mué en un seul véhicule,
que nous importe cette liberté
si la distance amoindrie dans l’espace physique
devient un gouffre pour nos rêves.

 

 

Merci à Roland Dauxois,  pour  ses publications  toujours appréciées…  voir  son blog…