voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “printemps

Wang Wei – vague de saules


en rangées distinctes

    se succèdent les arbres

            magnifiques

leurs ombres inversées

         traversent 

les ondes cristallines

pas comme dans les canaux du Palais impérial

où le vent du printemps

      attriste toutes les séparations

Wang Wei est un poète chinois du 8è siècle


Charles Reznikoff – Te deum


gravure M Gromaire -orage sur la mer – 1957

Ce ne sont des victoires
que je chante,
je n’en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.
Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais :
non un siège sur l’estrade,
mais à la table commune.


Mario Benedetti – seul comme ce porte-manteau


Moi aussi seul comme ce porte-manteau,
comme sont les tables, comme est la planche à repasser.
Murs et rambardes, le fauteuil, la cheminée.
Brûle le feu incendiant le jardin tout entier,
tout le pré, les bois, tous les printemps.

Tersa morte, (extraits)

Milan, Mondadori, 2010


Elégie – (Susanne Derève)


Piet Mondrian – pommier en fleurs –
Arbre
dressé vers le ciel 
élégie de bourgeons tremblants 
dans la lumière du soir
 
Chez nous tout arrive tard
la promesse de vie est si longue à venir
qu'on la croirait perdue 
à la dérive
 
dans les glacis de l'hiver
comme ces longs nuages à la remorque  
des oiseaux de passage
 
Soubresauts
L'hiver chez nous est si long à mourir
grêle pluie vent
pâles brouillards de givre et de lune froissée
 
Mais un arbre dressé vers le ciel 
élégie de bourgeons tremblants 
d'un vert si tendre
un arbre
annonce le printemps
 

poème lu par Nicolas Granier -7/06/2022

Plume – (Susanne Derève) –


Joan Mitchell – Yellow river –
          Gratte, gratte 
          le papier 
          plume bavarde
          tandis que je griffe  la terre                                                                    
          froide
          pour y enfouir la promesse 
          de vie.
          Sève,
          qui cheminera vers le soleil 
          tandis que tes mots candélabres 
          s’abimeront  dans l’encre noire
          du poème.


Appelle-moi encore – (Susanne Derève) –


Théodore Brenson, 1893-1959, Chevaux sauvages
Contre un tas de bois mort, 
brise indolente, abri silencieux, voix. 
Voix qui m’appelle a fait fuir le lézard
et la mésange.
N’épelle pas mon nom usé.

La terre porte un mirage d’eaux neuves, 
de printemps.
Des chevaux captifs renversent le fil acéré 
des enclos.
Les drailles à l’horizon cheminent vers le ciel, 
et franchi le ciel vers l’échine argentée du vent, 
le pelage ras des Causses hérissé de lavandes,
l’étrangeté des pierres dressées.

Déjà, le soir s’enferre au creux des combes,
l’ombre violette des futaies se déploie 
et s’allonge, 
tout ce que le jour portait de douceur et de fièvre 
bascule puis se fige
dans le premier battement d’aile de la nuit.

Appelle-moi encore, et je te rejoindrai.


poème lu par Nicolas Granier 7/06/2022

Mars guerrier – Susanne Derève –


– Photo RC –
Ne me dis rien des pierres froides 
ourlées de l'herbe neuve du printemps,                                                                      
de  la coulée d’or des jonquilles, 
ni des violettes du matin tout juste écloses, 
de leur parfum à ta narine.      
 
Le jardin est une chambre close 
où n’ont droit de cité que la trille du merle 
et les amours bruyantes d’un couple 
de colombes.
Un fallacieux parfum de paix. 

L’arbre qu’éreintait l’hiver
déploie hardiment ses têtières, 
étire ses branches nues, 
pénètre, sève ardente, par la fenêtre ouverte,
entame sa tendre mue, 

Mais n’en dis rien 
Mars guerrier martèle de ses tambours  
les greniers du monde

Ne va pas nouer dans le poème  
les tresses d’un printemps barbare
d’une sanglante ronde
où les fleurs de ta bohème 
ne sont qu’un voile obscène
jeté sur les décombres 
de la haine. 

Pier Paolo Pasolini – Sans manteau , dans l’odeur de jasmin –


Pasolini- Accattone (1961) –
Sans manteau, dans l’odeur de jasmin 
je me perds dans ma promenade vespérale, 
respirant — avide et prostré, jusqu’à

ne plus exister, à être fièvre dans l’air,
la pluie qui germe et le ciel bleu
qui plombe aride sur les chaussées, signaux,

chantiers, troupeaux de gratte-ciel, amas 
de déblais et d’usines, pénétrés 
d’obscurité et de misère...

Je marche sur une sordide boue durcie, et je rase 
des taudis récents et délabrés, à la lisière 
de chauds terrains herbeux... Souvent l’expérience

répand autour d’elle plus de gaieté, plus de vie, 
que l’innocence; mais ce vent muet 
remonte de la région ensoleillée

de l’innocence…L’odeur précoce et fragile 
de printemps qu’il répand, dissout 
toute défense dans ce coeur que j’ai racheté

par la seule clarté : je reconnais d’anciens désirs, 
délires, tendresses éperdues, 
dans ce monde agité de feuilles.

                 *

Poésie

1943-1970

nrf Gallimard

.

Pasolini – Accatonne –


Robert DESNOS – Printemps –


Marcel Duchamp – Jeune homme et jeune fille dans le printemps – 1911

.
Tu, Rrose Sélavy, hors de ces bornes erres
Dans un printemps en proie aux sueurs de l’amour,
Aux parfums de la rose éclose aux murs des tours,
à la fermentation des eaux et de la terre.

Sanglant, la rose au flanc, le danseur, corps de pierre
Paraît sur le théâtre au milieu des labours.
Un peuple de muets d’aveugles et de sourds applaudira
sa danse et sa mort printanière.

C’est dit. Mais la parole inscrite dans la suie
S’efface au gré des vents sous les doigts de la pluie
Pourtant nous l’entendons et lui obéissons.

Au lavoir où l’eau coule un nuage simule
À la fois le savon, la tempête et recule l’instant
où le soleil fleurira les buissons.


6.4.44 19,
rue Mazarine
Paris VI

Desnos Oeuvres

Quarto Gallimard 


Julien Bosc – écrire avant de se taire


image_2021-06-21_140332

écrire
avant se taire
rallumer son feu dès l’aube peler l’orange
raccommoder sa langue et sa peau
compter les gouttes de pluies glissées sous le rameau nu du pommier
laisser venir
offrir un toit au vent  et
si du dedans le papillon frappe au carreau de la fenêtre ou de la porte
lui parler peu sans surtout forcer la voix
le prendre dans le creux d’une main
entrebâiller la fenêtre ou la porte et ouvrir après la main

ainsi
des ocelles rouge et jaune à ras des crêtes et
dans de la nuit bleue
l’éventualité d’un poème
à vingt jours du printemps
offrir un nouvel air à la terre du jardin en
ratissant les feuilles mortes puis
allumer un feu de petits bois et vieux genêts
les y jeter et voir partir en fumée
(penser qu’on pourrait se pendre
allez savoir pourquoi à ce moment-là)
compter les premières jonquilles tel un enfant les pièces au fond de sa poche
et avec huit être riche comme Crésus
rentrer tandis que les pâquerettes hâtives se replient pour la nuit
allumer sa lampe comme d’autres mettent à la voile
faire le vide et
tenter d’en tirer quelques bribes — gagnées sur la mélancolie
——————


Robert Vigneau – l’asperge



montage perso d’après « asperges de la une  » de Max Ernst

Dans le printemps en prière,
L’asperge prend son élan.

Dieu du Ciel, Dieu fait lumière
Qui brille au dessus des champs
Et dessous, autre prodige :
L’asperge dans son terreau
Sort ses griffes, ses rémiges,
Sort des instances d’oiseau,
Des espérances de plumes
Frisant au bec du turion.
La colombe du légume,
Notre asperge en dévotion !
Dans le sable elle voltige,
Tirée verticalement
Vers le ciel, vers ce vertige :
La lumière du printemps.
Fuis l’asperge en couleur d’ange
Sort des envols souterrains.
La clarté lui tend la main.
Alors qui se fait phalange?
Qui choisit Dieu pour arôme?
Qui se glisse dans la paume
Lumineuse du divin ?
Notre asperge du jardin.


Frisson d’Avril – (Susanne Derève)


 

--- gallery-fd00 ng & pl

Photo – montage RC

 

 

J’ai confondu le printemps et l’hiver

Il neige si fort ce matin

une bourre de soie légère

J’y vois frissonner Avril

 

Sur la promenade pleurent les saules

et leurs cotillons graciles

moussent doucement à nos pieds

nos chevelures en sont poudrées                                             

 

Neige douce que porte le vent

mollement   gorgé de pollens

un duveteux tapis de graines

festonné d’écume blonde

 

comme une averse féconde

qu’un souffle disperserait

 

 

 

inspiré d’un poème de René Chabrière :  http://welovewords.com/documents/une-neige-qui-nen-est-pas

 

 

 


Magnolias – (Susanne Derève)


John La Farge - fleur de magnolia

John Lafarge – Magnolia 

Arbres grêlés  de l’hiver qui griffez l’horizon

de vos bras nus

Les magnolias fleurissent déjà

étoiles roses     étoiles claires

et les mouettes décrivent de grandes arabesques blanches

au-dessus des toits    épousant le vent d’une aile légère

Qui voudrait  croire que c’est aujourd’hui

le printemps ?

Les rues déroulent leur ruban de silence jusqu’à la mer

et la mer elle-même est silence

Les fenêtres sont closes   la ville muette

les parcs  les jardins   déserts

scilles, jonquilles, violettes

furtivement écloses

et leur parfum vivace

enfoui dans le lit des sous-bois

Tu tentes bien d’en ranimer l’émoi

mais son souvenir te trahit

il s’évanouit et se dérobe

comme un voile trop fin

une image tremblée qui file entre les doigts

Alors, tu restes assis vainement  à rêver

de chemins creux

du vert acide des futaies

Tu voudrais éprouver encore le fourmillement

de la marche, l’élan que tu imprimais à ton pas,

le chant des cailloux sous tes pieds

tu te souviens     et tu voudrais   et tu oublies :

tu ne peux pas.

 


Je me souviens du vent dans mes feuilles – ( RC )


Rain on Leaf 6372654231[K].jpg

Je reprends quelques paroles,
d’une chanson engloutie
par des années d’oubli,
mais moi je me souviens
du vent dans mes feuilles,
car l’arbre que je suis
a davantage de mémoire
que celle des hommes,
car celles arrachées par l’automne .
même si elles se sont ocrées,
recroquevillées, desséchées
puis tombées en poussière
me rappellent les hiers.

Mais il n’y a pas de deuil
puisque malgré l’hiver
le gel sévère
est encore teinté d’éphémère;
les feuilles, je les renouvelle,
de manière providentielle
car tu sais que mon bois
toujours verdoie
aux futurs printemps
et reste vigilant
pour ne pas laisser périr
les souvenirs.

 

  • RC – août 2019

Danielle Legros Georges – Pleasant street , printemps


 

JEAN mESSAGIER l'amour chez les noisettes

      Jean Messagier – L’amour chez les noisettes

 

 

Avec le printemps sur mon dos, autour de mon cou,

avec l’horloge tournée vers l’avant, s’ouvrant

doucement, sur un paysage de ciel voilé,

 

Dans l’envol du crépuscule, cornouiller, fleur

Tanguant dangereusement, l’éclat de chair

D’ une jambe marchant sur le trottoir,

Dans la fougère, la roche verte, l’herbe, l’arbre, un mot de plus

 

Et je nage dans un jardin. Et maintenant :

Vert-de-gris. Le voilà. Que dire, que dire

Sinon donne-moi le monde. Merveille aussi. Pousse-moi

 

A écrire un vers, pousse-moi à m’aligner avec ce qu’il y a

Autour de moi, hors de cette page. Abandonne l’espace

Entre ci et là. Là.

 

 

Poèmes choisis

rumeurs    Novembre 2018

Ed La rumeur libre


Gartempe – Susanne Derève


 

angles-sur-anglin-aux-bords-de-langlin-05.jpg

Photo RC

 

 

 

Printemps, me disais-tu,  

des lits de fleurs jetés sur l’eau

comme les voiles blancs d’une aube

adolescente

 

Je répondais  école buissonnière,  iris,

– pas ceux de Van Gogh –

 les iris jaunes des rives basses de la Gartempe

 jardins épanouis, fleurs de fruitiers,

ramées légères  sous le vent frais                        

 

Que disais-tu sinon que le printemps était là

ses fleurs dressées aux angles des fenêtres,

égayant  le pavé des cours, cernant le vide

à l’aplomb  des vieux murs,  églantiers,                          

valérianes, coquelicots  d’un jour

 

Printemps    voyais-tu ce que je ne voyais pas

Jetais-tu sous mes pas comme un semis  d’étoiles

Etaient-ce simplement les cailloux du chemin  

Ou sous les lunes d’eau  un reflet  cristallin  

 

l’éclat du ciel entre les pierres 

pans  de ciel   mêlés entremêlés de murs brisés

fendus d’étroites meurtrières 

 

Tu me disais printemps

et mon rêve brassait le temps

comme les pales du moulin   

 

C’était le battement régulier de la roue

l’orbe de l’eau  le lit d’argent de la rivière

 

et ses berges un écrin déclinant la palette

des verts           me disais-tu

comme on les peint

 

 

 

 

 


Pégase – (Susanne Derève)


 

1087px-Albert_Pinkham_Ryder_-_Pegasus_Departing_-_1929.6.105_-_Smithsonian_American_Art_Museum

Albert Pinkham Ryder – Pégasus

 

 

Gorgone aux yeux  de pierre

je  regardais s’enfuir  le temps exsangue

 

 

Pégase,   auréolé des nuits de gel    

qui déployais tes ailes blanches

en bordure des chemins grêlés de vent     

 

sur les rameaux légers du jour  naissant     

enrubannés de sève

 

Les nuages tendaient au ciel des bannières

d’argent

 

Les neiges de printemps sous ton sabot délié

fondaient en sources claires

 

Pégase

qui piétinais l’hiver et terrassais

la gangue bleue de  mes chimères

 

 

 

  


Claude Pélieu – Printemps rouge et noir


 

mage

  Mark Rothko

 

 

J’aime le silence de la forêt

et les paysages inachevés

(Il paraît que nous sommes assurés

de notre défaite et de notre désintégration)

nos peurs barbouillées du sang de la nuit

ruptures  brisures  transmissions

sur le mur d’écrans  les fournaises du monde

tout devient visible  et les fleurs du silence

incendient nos yeux de rumeurs

merles  rouge-gorge  mésanges  sont revenus

l’herbe du printemps imite le vol des mouettes

flammes bleues à travers les branches des érables

c’est la fin de l’hiver et par temps de pluie

les couleurs pleurent sans mémoire

 

 

 

Indigo Express

Paris – le livre à venir- 1986


James Sacré -Toit dans l’ombre (ou lampe) et le temps


 

Kandinsky The blue rider, 1903, Ernst Bührle Collection, Zür

Kandinsky – The blue rider

 

 

 

Un grand cheval emporte un pays , le village

( C’est au printemps , un arbre a grimpé son branchage

Au ciel )  ;  espace  : ah , oui les merveilleux nuages  !

Mais rien , que le vent , rien , le bleu du paysage .

Où bondir  ?  je ramasse un trèfle ,  des fourrages  ;

Ras de terre écorché , escargots , tussilages ,

Un cheval maigre y traîne un précaire attelage .

Où le printemps , les foins  ?  Où paraît quel visage  ?

Un arbre fait quel signe où rougit le village  ?

Je le regarde au loin , printemps fleuri , feuillages ,

Taupinière et chardons le soleil , cheval sage …

Et rien , que le vent rien , l’érosion d’un village .

 

 

 

 

 

Toit dans l’ombre (ou lampe) et le temps p 34

(à des poèmes d’Yves Bonnefoy)

ANCRITS  – Imprimeur Thierry Bouchard (Losne)

1982


Alda Merini – née le vingt-et-un au printemps


 

 

peinture  D Rossetti –   détail – Proserpine

 

Je suis née le vingt-et-un au printemps
mais je ne savais pas que naître folle,
ouvrir les mottes
pouvait déchaîner la tempête.

Ainsi Proserpine légère
voit pleuvoir sur les herbes,
sur les gros épis gentils
et pleure toujours le soir.

C’est peut-être sa prière.

 

 

 (de Vuoto d’amore, Il volume del canto)


Shakespeare – chaque saison


Résultat de recherche d'images pour "edvard munch snow"

la neige nouvelle     Edward Munch   1906

 

A Noël,  je n’ai plus envie de rose

que je ne voudrais de neige

au printemps .

J’aime chaque saison pour ce qu’elle m’apporte .


Toi qui vins de bien loin – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "botticelli la naissance de vénus"

Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018


Fleur recluse – ( RC )


Cim  Chanac      10.JPG

photo perso –   Chanac

 

 

C’est comme un coeur
qui garde sa couleur
encore quelque temps :
il parle doucement
de ses quelques printemps
vécus bien avant .
–         C’est une fleur à l’abri de l’air,
qui, par quelque mystère
        jamais ne fane,
mais ses teintes diaphanes
à defaut de mourir,
finissent toujours par pâlir .

Détachée de la terre ,
elle est prisonnière
d’une gangue en plastique,
un procédé bien pratique
pour que la fleur
donne l’illusion de fraîcheur .
–     C’est comme un coeur
qui cache sa douleur ,
et sa mémoire,
dans un bocal de laboratoire,
( une sorte de symbole
conservé dans le formol ) .

Une fleur de souvenir ,
l’évocation d’un soupir :
celui de la dépouille
devant laquelle on s’agenouille :
les larmes que l’on a versées,
au milieu des pots renversés .
        C’est comme s’il était interdit
à la fleur,       d’être flétrie :
elle,       immobilisée ,
figée, muséifiée,
( églantine sans épines,
au milieu de la résine ) .

A son tour de vieillir :
         elle va lentement dépérir :
le plastique fendille, craque
ou devient opaque :
         les vieux pétales
cachés derrière un voile
entament leur retrait :
d’un pâle reflet
où les couleurs se diffusent :
       la rose recluse
se ferait virtuelle :
–    elle en contredit l’éternel –


RC – nov 2017


Maria Gheorghe – Regard d’hiver


Résultat de recherche d'images pour "neige bleue peinture "

il neige 
il neige comme dans les contes de fées
tends tes mains et accueille les rêves des étoiles
sirote-les du creux de tes paumes où le miracle
se fond en source de renaissance au printemps .


Béatrice Douvre – Gravitation


Résultat de recherche d'images pour "gevaudan croix"

croix de chemin en Gévaudan  ( Besseyre )

 

Sous le grand âge du printemps
L’eau sourd en gouttes de regret
Des bouquets sonores exultent
Poudroyant
Mais la demeure saigne
Et sa fissure
Nous avions construit ici notre logis
Sur un escarpement de pierres heureuses
La campagne est mouillée de sevrage
La voix nuptiale empruntée aux pierres
Heure boisée qu’excède l’amour
Tu innocentes ta trouvaille d’enfant
Tu gis sur le chemin trempé
Et de pluie tu défailles
Maintenant brillent d’obscures larmes
Tu acceptes la peur immaculée de vivre
L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes
Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf Je te regarde tu courais
Geste habité du vœu de naître
Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes
Moment cendré de l’étendue
Chancelant
Et notre pauvreté nous vient d’un même exil
Dans le temps
Grandir a dissipé le seul voyage
Entre l’arbre et le seuil
Entre nos mains
Désormais c’est l’herbe qui nous dure
Sa cécité très douce à nos pas retranchés


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "printemps été automne hiver... et printemps"

 

Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Marie-Madeleine Machet – la fête du monde


peinture :   P Bruegel le jeune

 

 

Tous les printemps aujourd’hui sont éclos
Mille ans d’espoir entr’ouvrent leurs paupières

Mille ans pour le bonheur de sèves éclatées
à la fontaine où s’épuise l’hiver,

Le jour ondoie et lustre
les vivants nouveau-nés.

La fête est commencée.

Le monde-roi danse avec la lumière
s’enivre de soleil.

Les fleurs animent leurs couleurs
les vents soufflent sur la terre
les nourritures du ciel.

Hâte-toi, c’est ton tour
pour le bonheur qui passe.

La fête est commencée pour toujours
mais toi, c’est ton instant,le seul.

 

Marie-Madeleine MACHET               « Les Fêtes du monde »(éd. Seghers)