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Alda Merini – vide d’amour


 

Francisco de Zurbarán, 1598-1664, Sainte Ursule, c. 1650, musée des Beaux-Arts de Strasbourg  extr.jpg

détail de peinture    Sainte Ursule, c. 1650                Zurbaran

 

 

de Vuoto d’amore,

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


F-R de Chateaubriand – les chasseurs ( de Atala )


 

 

Résultat de recherche d'images pour "feu de camp scout"

 

Les chasseurs (fragment)

Chaque soir nous allumions un grand feu et nous bâtissions la hutte du voyage,
avec une écorce élevée sur quatre piquets. Si j’avais tué une dinde sauvage, un ramier,
un faisan des bois, nous le suspendions devant le chêne embrasé, au bout d’une gaule
plantée en terre, et nous abandonnions au vent le soin de tourner la proie du chasseur.
Nous mangions des mousses appelées tripes de roche, des écorces sucrées de bouleau,
et des pommes de mai, qui ont le goût de la pêche et de la framboise.

Le noyer noir, l’érable,le sumac, fournissaient le vin à notre table.
Quelquefois j’allais chercher parmi les roseaux une plante,
dont la fleur allongée en cornet contenait un verre de la plus pure rosée.
Nous bénissions la Providence ou sur la faible tige d’une fleur avait placé cette source limpide au milieu des marais corrompus, comme elle a mis l’espérance au fond des cœurs ulcérés par le chagrin comme elle a fait jaillir la vertu du sein des misères de la vie.

François-René de CHATEAUBRIAND
« Atala »


Une image, sur le papier glacé – ( RC )


montage Antonio Chiesa – photomosaïque faite à partir de couvertures du magazine Vanity Fair

Sur les affiches qui la miment,
Il y a de l’image, fabriquée :
La soif de la mondanité,

Ce qui fait la modernité :
une chevelure platine,
Un symbole, reflet de rayons d’or …

Elle se donne aux regards,
Comme on donne en pâture aux fauves,
Celle que l’on sacrifie, aux enjeux de pouvoir .

Colportant cet aspect ,
Larmes dissimulées
Derrière l’artifice,

Fard en avant,
Sous la cruauté ses sun-lights.
Ils font du modèle la proie,

Et ne la lâchent pas  :
Un statut qui se paie,
Avec la soumission  —  ;

Il faut souffrir pour être belle   – dit-on –
Et se conformer,
à ce qu’on attend d’elle :

La pose et le regard,
gomme, sur l’autel de la célébrité,
toute personnalité…

si on confond l’être,
avec l’image imprimée,
à plat, sur le papier glacé.

RC- avr 2015

( en liaison avec le texte  de PP Pasolini  » Marylin », qui m’a servi de point de départ )


Grande sonate ( RC )


photo perso - les Boissets  1er juin 2013

photo perso – les Boissets 1er juin 2013

Au secret, imprimé de signes, sur la partition,

S’arrangent triolets, triples-croches et soupirs,

Complotant sur les portées…

Pour jaillir,

Sous les doigts du pianiste,

L’haleine des accords sauvages,

Martelés de la gauche

Tempérant la dentelle d’un thème

L’épopée fraîche,

Scintillante cascade,

Passant, fluide, d’une main à l’autre,

Se poursuivent sans relâche,

Semblant inventer l’instant d’après,

Comme aussi, à l’intérieur,

Les ondes visibles, les petits marteaux

de feutre qui ondulent,

Ainsi le vent dans les blés

Devient palpable,

La musique ici,          on la voit

Elle s’échappe,

D’un grand piano noir,

A l’arrondi d’une oreille,

Son couvercle est ouvert

L’intérieur est de feu,

Vers la flamme,

Ses cordes frémissent.

Se succèdent les mesures,

Les tempos se détendent ,

puis accélèrent,

Comme s’ouvrent les bras  du pianiste,

Et survolent le clavier.

 – Deux ailes d’un oiseau de proie -,

Puis se referment sur les touches d’ivoire,

Les notes s’envolent, se pressent et se cabrent,

Les cheveux saccadés au même rythme,

Balayant presque le pupitre…

Crescendo, lumières croisées sur nos folies,

Puis ombres de détente et retour du thème,

Indiquant , ré majeur,

La fin du premier mouvement.

La caresse dansée, au royaume sonore     *

De la sonate.

*   » Vers la Flamme », et  « Caresse dansée », sont le nom de pièces pour piano d’ Alexandre Scriabine

RC  – 9 septembre 2013


Isabelle Levesque – es-tu château ?


photo perso; ombre de tour sur tour chateau de Saint-Saturnin sur Tartaronne, vers La Canourgue – 48  – 2008

 

 

 

es-tu château
ou l’ombre du silence (forme humaine)

as-tu soupirs de géant
milliers d’insectes en gorge râpeuse
respirant la terre
le géant ne sent rien respire
chaque souffle expire
une pierre

es-tu nuée sourde sur la proie (aucune chance)
tu virevoltes geste fou d’une courbe
ne s’arrête comme
encre en tache et page
loin du buvard flot noir apparu
surface couvre

es-tu quelque part en présence surprise
ou patte d’un bourdon
perdu dans la lutte

percer le corps sombre minéral
érode
la pierre grave le socle
enfonce
château dressé (faille en terre)

In Ossature du silence, © Les Deux-Siciles, 2012, p.13