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D’où partaient les navires – ( RC )


02062010 copie
Il y a un port d’où partaient des navires,
(    en tout cas, on voit une jetée
qui s’avance, en briques descellées,
d’un timide assaut vers le large,
où le gris s’étale,           indifférent     ) .

L’endroit est déserté,
de gros anneaux sont rouillés.
Peut-être est-ce le reste d’une ville
se prolongeant au-delà,
engloutie petit à petit,
malgré son orgueilleuse suffisance,
colosse aux pieds d’argile,
dont le corps plonge aussi
dans le sommeil de ce qui a été.

Seules veillent les mouettes.

Il y a un port d’où partaient des navires,
on peut le penser.
Mais ,         attirés par le lointain,
derrière la ligne pâle de l’horizon ,

ils ne sont jamais revenus,
emportant les derniers habitants
de la cité délaissée,
peu à peu lézardée.
Elle finit par sombrer
comme un de ces vaisseaux
mal entretenus,
où l’eau finit par se faufiler
partout entre les rues .

Seul, un promeneur ,       venu de nulle part …


RC – mai 2016


Brigitte Tosi – Un jour la mer ne viendra plus


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un jour la mer ne viendra plus

Frapper à la porte de mes yeux

 

Je battrai des paupières,

Oscillant sur la vague

De mon humeur vitrée,

Croyant retenir, encore,

Un peu de vie et de lumière

 

Le vent coudra ma bouche,

Cette fissure du visage,

Ce rouge murmure,

Cette pâle plainte

De mots hasardeux

Un coup de lune foudroyant

Viendra lisser mon front paré

De tôle grise ondulée

 

Un jour la nuit viendra

M’échouer dans la mer 

La marée haute engloutira

Les chairs mortes de mon corps

 

Un promeneur distrait

Lancera sur la vague

Les galets de mes yeux

Endormis sur la plage

 

Un jour le mot

ne viendra plus

 

 

Brigitte Tosi

 

 


Caméléon (RC)


Caméléon

Des colonies de fourmis          se suivent
C’est à peine si on dirait qu’elles bougent
Même celles à tête rouge
Sagement alignées,          – point de rétives.

Sous les vents désignés par la rose
Pucerons aux entrelacs des épines
Sous l’oeil de la grande assassine
Allongée, et qui prend la pose…

Voila , Messieurs, la reine des amantes
Celle assoiffée de globules
Vous copule , aux ciseaux des mandibules
C’est une verte, et lente,             une mante

Religieuse,         en sa prière
Immobile, en arrêt sur l’image
Compte de ses maris, le carnage
Derrière le rideau de lierre

 

L’épeire ma voisine, aux pattes, à poils
Fournit de fin tissage, son spectacle
D’une géométrie apparemment sans obstacle
A cueillir les mouches , en son étoile

Le tout bien considéré, … je m’habille en insecte
Je suis immobile, comme feuille verte
Et attend, la coulée des heures, la gueule ouverte
Punaises et moucherons, dont je m’    délecte

Je suis le caméléon,         à langue agile
Peint de branches et feuillages
Nouveau costume et d’habillages
Sans grand besoin                d’ustensiles

Je me promène, déguisé à ma guise
En lenteurs de promeneur
Et         toujours en couleurs,
Des insectes, multipliant les prises.

RC-   6 juin 2012

 


Ivan Blatny – Quatrième


installation: Anselm Kiefer Grand Palais

 

 

 

 

Nouvelle  parution en hommage  à cet  auteur  tchèque,  dont  l’ambiance  est celle  de la fin de 2è guerre mondiale…

 

 

 

Quatrième

à Frantiek Halas

 

Un abandon sans borne, épaisse poussière,
Reposait sur les poutres et sur les pierres,
Un abandon sans borne, le jour baissait.
Un abandon sans borne, épaisse poussière,
Reposait sur les poutres et sur les pierres,
Un abandon sans borne, le jour baissait.
De rares flocons d’une neige maussade
Cinglaient les visages serrés dans les tramways,
En ville à nouveau grondait la canonnade.

 

Un abandon sans borne, poussière, friable,
Reposait sur les livres et sur la table,
Un abandon sans borne, le jour baissait.
Un abandon sans borne, poussière, friable,
Reposait sur les livres et sur la table,
Un abandon sans borne, le jour baissait.
La porte d’un immeuble, comme si souvent,
Livrait passage à un promeneur nocturne, lent,
– Et la neige lui cinglait le dos, en capilotade.

Page ouverte où écrivaient la fatigue, la peur et la
guerre,
Se tapissant dans les poutres et dans les pierres,
Un abandon sans borne, le jour baissait.

Page ouverte où écrivaient la fatigue, la peur et la
guerre,
Se tapissant dans les poutres et dans les pierres,
Un abandon sans borne, le jour baissait.
Et les visages serrés vie contre vie
N’y faisaient plus qu’un, point infime,
Tandis qu’en ville grondait la canonnade.

11 mars 1945

(traduction Erika Abrams, Éditions Orphée La Différence)

 

voir  mon article  sur  « les lieux »,

 

et celui de gazou

Anselm Kiefer - Grand Palais