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Rabah Belamri – Les fenêtres sont vides


Les fenêtres sont vides…           Pour Odile et Anne

les fenêtres sont vides
la pierre de la porte offerte au silence
retient le regard

les rideaux ne bougent plus derrière les vitres brisées
lourds de la cendre des cœurs

dans l’ombre des maisons nues
l’été dérive comme une mer de solitude

le passant se retourne et se tait
de l’autre côté de la route
le vertige des tournesols découpe
l’éternité en tranches

 

 

Rabah Belamri


Rabah Belamri – Cette nuit


 

image            Jozsef Rippl Ronai

 

1
cette nuit
la mer manque de tendresse
horizon de roches
afflux de rouille dans les membres
le pêcheur s’épuise à capter son visage
si près de l’abîme
2
les terrasses du sommeil basculent
l’écume se fait banquise
je reviens néanmoins contre ta hanche
dénudé par la rumeur de l’aube
3
même le ciel des prophètes prend feu
à ta crinière
ô Boraq de désir
tes ailes bleuies d’audace
inversent l’oeil de la mort
4
ce matin
l’île penche sous son poids de lumière
une fillette court sur la dalle des prières
je reçois les embruns de son rire

 

 

Rabah BELAMRI


Rabah Belamri – Poésie mise à nu


Rabah Belamri, dont j’ai cité plusieurs  passages  de son émouvant recueil,  « l’Olivier  boit son ombre »,  rend  hommage  à un autre  auteur algérien; Abdelmadjid Kaouah
C’est une poésie de la mise à nu,
vibrante de douleur, de refus, de désir
et d’espoir.
Chaque poète a néanmoins élaboré
son propre langage
pour saper l’ordre de la mutilation
et nommer les horizons possibles.
Nous sommes dans « le verbe en chaleur».
Rabah BELAMRI

les  extraits publiés:  A    B   C   D   E


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 05


tu as surgi des blés dans ma rocaille tu as marché
est-ce mon image
une ancienne douleur de nuit
ce rêve au visage cloué
j’ai suivi tes pas et la route n’était plus qu’une planche

un cri d’enfant un battement d’ailes dans la cour
sur la terrasse le café et la galette du matin consolent
un ange rescapé de la nuit

Montpelllier de nuit, photo personnelle

 

voir aussi  l’hommage  de Rabah B à Abdelmadjid Kaouah  , dans  https://ecritscrisdotcom.wordpress.com/2012/03/28/rabah-belamri-poesie-mise-a-nu/

 

 

 


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 04


à Claude Krul-Attinger et à Zakarya Tamer

l’enfant rit toi qui appelles la mer

tu sais son cœur est un oiseau qui se balance

entre la tendresse des mots une aile bleue

une aile verte la rose et l’étoile l’accompagnent

l’enfant rit son ombre danse

mais un jour le roi de l’étendard noir décrète

le rire blasphématoire

on frappe le poème le cœur éclate en gerbes de soleil

l’oiseau s’envole le rire de l’enfant dans la gorge

sur l’herbe danse toujours une ombre d’étoile et de rose

photo- Eliott Porter


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 03


il est des mains

si mangées par l’ombre

qu’elles ont oublié la prière des étoiles

il est des pierres habitées par une rumeur d’herbe

qui attendent la pluie

il est un poème plus vaste que la Nuit du Destin


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 02


et ce matin

la neige rernplissait le chemin les herbes

et l’arôme du café les ombres  se taisaient la rose noire dormait entre ses chiens

encore la nuit

le silence nous serre les lèvres

la pierre de la peur est déjà dans le ventre

quelle main mettra en place le jour quel pied donnera le gué

les chiens se taisent l’attente franchit le rempart

jubilation

de l’autre côté la terre dresse ses mâts

les pirates du soleil dansent sur la grève


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 01


 

à Yvonne

 

ni la neige

ni les planètes captives de ta voix

n’apaisent mes syllabes

j’habite dans le miroir et j’appelle

toute ombre qui bouge sous la paupière

pas à pas

 

le muscle à sa brûlure

j’avance

dans le silence du jour

la main sur ton épaule

une source

une croix

la prière au bord de l’abîme

midi au cœur

J’avance

Sur la trace du poème

 

Mains juxtaposées –extrait du livre « si lointains, si proches »

extrait du livre « si lointains, si proches »

Les Fromentières, 9 janvier 1984