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Henri Pourrat – Le clos au levant


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Lorsque le soleil se lève,
Il se lève sur un clos :
La fraise y vient sous la fève,
Le cassis sous le bouleau.

Loin des fumées du village
Et des jardins en casiers,
Un clos qui sent le sauvage,
Plein d’ombre et de framboisiers.

J’entends le vent des collines
Qui m’apporte son odeur
De cerfeuil et de racine,
Son goût d’herbe de senteur.

Juste un toit pour notre couette
—    Les nuits sont fraîches, l’été —,
Et puis, comme l’alouette,
Y vivre de liberté.

 

Henri POURRAT « Libertés » in « Anthologie des Poètes de la N.R.F. »


Bernat Manciet – Sonets ( 1– 6 )


              photo:        Lucien Clergue :             nu de la mer

 


Que se déchire et dos et hanche
ou l’haleine encor de ces flancs,
nous composant belle embardée,
c’est lourde branche que ce corps.

La mer au flot, pleine marée,
voici tout le ciel en son germe
me recouvrant d’obscurité
ou gémissante plénitude.

Or nous remontons des enfers
et de nos brumes labourées
jusqu’à leur maîtresse racine.

Mais je détourne le visage.
Va, retourne!     va, redescends.
Pour moi,   j’aurai fait mon devoir.

 

ce texte  est  extrait  du recueil  «  Sonets »  :ed Jorn ( bilingue:  occitan-gascon et français )


Ali Chumacero – De l’amoureuse racine


photo Pat-in-the-cloud

photo Pat-in-the-cloud

Avant que le vent fût mer chavirée

que la nuit eût attaché son vêtement de deuil

que les étoiles et la lune eussent établi dans le ciel

l’incandescence de leur corps.

Avant que la lumière,

ombre, montagne

eussent vu se lever les âmes de leurs cimes,

avant que quelque chose eût flotté sur l’air;

temps avant le commencement.

Quand l’espérance n’était pas encore née

et que les anges n’erraient pas dans leur fixe blancheur;

quand l’eau n’était pas même dans le savoir de dieu;

avant, avant, bien avant.

Quand il n’y avait pas encore de fleurs

sur les sentiers parce qu’il n’y avait ni sentiers ni fleurs ;

quand le ciel n’était bleu,

ni rouge la fourmi :

toi et moi nous étions déjà là.

 

Ali Chumacero dans dans Poésie du Mexique,  traduite et présentée par Jean-Clarence Lambert

 


Cécile Odartchenko – Le dit renaît


peinture: J Sorolla - orangers d'Alcira

peinture: J Sorolla – orangers d’Alcira

Cécile Odartchenko, À l’ami Moreu
« le dit renaît »

Tu marches peu,
mais tu marches quand même dans le labyrinthe de ton jardin.
À terre, les pierres plates,
les creux et les bosses
qu’avec le temps
ont façonnés les poids des corps
se mesurant à la résistance des chemins.
Tu sais la terre,
tu sais la pierre, tu sais la craie et le gravier
et chaque racine qui prend le sable dans son bouquet
et le tient en place.
Tu connais le buis et le rosier,
les bordures, les touffes,
les feuilles douces, les feuilles lisses,
les piquants, les épines, les orties.
Tu es l’ami
de celui dont le visage plein de rides
est une campagne à lui tout seul
ou dont la main est plus rugueuse que la patte de l’éléphant
pour avoir tenu les outils de jardin depuis des millénaires,
vieux visages, vielles mains,
corps usés, rétamés,
de corne et de peau, plissés.

du site  des éditions des vanneaux

 


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      « lop-lop »             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude


.
Tahar BEN JELLOUN

 

Auquel j’ajoute mon  « interrogation du soleil »  –  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

 


Marie-Claire Bancquart – comme si le matin servait toujours


 

 

 

Au début mars
les racines fendent la peau des graines

la fenêtre
libère
une mouche engourdie.

Nous recommençons
comme si nous n’avions pas été moulus jusqu’aux os

comme si le matin servait toujours
avec son fragment de ciel entre les maisons.

Nous ignorons une fois de plus l’autrefois
pour croire ces heures
à l’aventure.

de  « COMME SI LE MATIN SERVAIT TOUJOURS« 


NéO – Gardien et solitaire


Drenagoram,  dans  son écho du Krapo,  » rend hommage »  au monde végétal,

et en particulier  aux  arbres, perçus  sous de multiples facettes, voir son blog, et ses  réponses  poétiques en commentaires

Gardiens des Hôtes en Bord de Mère ,
Ce Solitaire est Plein de Vie ,
La Paix des Âmes Reposent en Terre ,
Son Charme Opère au Cours des Nuits.
~
Après l’If tous en Chêne ,
Temps sous l’Arbre va de Liens ,
Et sa Course nous Entraine ,
Aux Racines d’un Même Monde ,
~
Deux Anciens portent Hauts Règnes ,
Le Couvert à la Ronde ,
Sous les Feuilles l’Une est Sienne ,
Ses Racines Bien Profondes.
~
Son Ecorce Vénérable ,
Accueille l’Autre tout à Fleur ,
Conte Histoires et Sages Fables ,
Son Regard Perce à Coeur.
~
NéO~

et comme   je viens  de découvrir  les photos  de Bibi Broderick,   artiste  canadien,, j’insère une  de ses créations,  là les  arbres  ne sont pas  solitaires  ( mais isolés par le béton),  mais là lumière répercutée par les immeubles, produit des effets  surprenants, qu’accentuent le graphisme des ombres  au sol.  Bibi Broderick  fait  l’objet  d’un post, sur  ses photos

 

 


Robert Piccamiglio – Midlands – 03


En poursuivant le partage  d’extraits  du livre du poète Robert Piccamiglio,  et le souffle  de son récit épopée…  ( noter  que, comme  moi, R Piccamiglio – le savoyard -, apprécie  l’esprit particulier  des récits de Richard Brautigan,,  dont j’ai publié  il y a une  semaine  un extrait…

RP, dont  j’ai  déja publié  des textes   ici...   et     LA

 

 

 

Puissant, fier,  Indestructible.

Tranchant à même l’absurde de la vie

et de la terre qui s’étonne de nous

 

Puis s’étale d’elle-même

dans les saisons

garnissant l’impitoyable silence.

 

Mais  que reste-t-il à raconter

Et surtout à qui ?

 

Même ces murs je les sens  si faibles

accrochés désespérément à la triste couleur du papier.

D’une terre sans racine,

D’une branche innombrable, Multiple, sans écorce.

 

D’une  écorce sans nourriture

pour se fixer au tronc moelleux de l’arbre

A  notre image

Puisque nous nous ressemblons L’arbre,l’écorce, l’homme

Partageant toutes ces paroles oubliées.

 

Avec cet argile si faible

entourant le coeur.

 

Comme la tristesse du papier

entoure les murs assoupis de la chambre

_ Ouvre-moi tes bras !

 

Dis-moi je t’en prie quelle histoire

de vie ou de mort , s ‘il me reste à raconter.

Et que tous les échecs passés ne soient plus que triomphe au seuil de l’impitoyable course.

 

Une nuit. !   Une seule nuit d’espérance

 

NB: R Piccamiglio est l’auteurs de nombreux  récits, poèmes, romans, pièces  de théâtre…

Midlands,  dont sont  extraits les textes  présentés,  est publié  par les  éditions Jacques  Bremond ( à Remoulins,  Gard)


cet hiver à venir qui se cache (RC)


En écho à Nath  (  bleupourpre)….   et ma réponse  sur L’aveu de l’hiver sera assez tôt…

Et cet hiver à venir qui se cache

Soies et cachemires sont à broder
Aux feuilles et racines par l’été érodées
La lumière jaillissante enlacée
Tables paillardes agacées

Accordéons et fêtes en cours
Aux gibiers ruisselants, chasse à courre
L’après-midi digeste de la cuisine des dieux
Porte les plateaux ocres jusque vers les cieux

En attendant des temps moins cléments
Des outrages d’orage, et vents déments
D’un engourdissement allant vers l’oubli
Sous le froid latent des montagnes et des plis.

neige au mont Lozère, photo personnelle

—–

Et la patience des pins restés debout
Encapuchonnés de blanc sur le vert, marabouts
Et l’obstination à ne pas faire deuil
Du chêne blanc, à ses feuilles

Se déroulent sur le causse les saisons
Dont on attend l’improbable horizon
Sous la marche forcée des nuages
Cachant de l’hiver, le vrai visage