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Rainer Maria Rilke – Automne


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Les feuilles tombent, tombent comme si au loin
se fanaient dans le ciel de lointains jardins ;
elles tombent avec des gestes qui se refusent.

Et dans les nuits la lourde terre tombe
de toutes les étoiles, dans la solitude.

Nous tombons tous. Cette main tombe.
Et vois, cette chute est dans toutes les autres mains.

Et pourtant il y en a  Un qui retient dans sa main,
cette chute délicatement, éternellement.

*

Herbst

Die Blätter fallen, fallen wie von weit,
als welkten in den Himmeln ferne Gärten;
sie fallen mit verneinender Gebärde.

Und in den Nächten fällt die schwere Erde
aus allen Sternen in die Einsamkeit.

Wir alle fallen. Diese Hand da fällt.
Und sieh dir andre an: es ist in allen.

Und doch ist Einer, welcher dieses Fallen
unendlich sanft in seinen Händen hält.

*

The leaves are falling, falling as if from far up,
as if orchards were dying high in space.
Each leaf falls as if it were motioning « no. »

And tonight the heavy earth is falling
away from all other stars in the loneliness.

We’re all falling. This hand here is falling.
And look at the other one. It’s in them all.

And yet there is Someone, whose hands
infinitely calm, holding up all this falling.

Rainer Maria Rilke  –       Le livre d’images        (Das Buch der Bilder)


Rainer-Maria Rilke – Changement ,être et visage


​9 Roman Gods Who Weren't Just Rip Offs Of Greek Gods:

photo:          sculpture anthropomorphe aux jardins Bomarzo

 

« Nous ne sommes que bouche.

Qui chantera le cœur lointain
que rien n’atteint, qui règne au plus profond de toutes choses ?
Sa grande pulsation se partage entre nous
en pulsations moindres.

Et sa grande douleur,
comme sa grande exultation, sont trop fortes pour nous.
Ainsi, nous ne cessons de faire effort pour nous en détacher
et n’en être ainsi que la bouche.

Mais soudain fait irruption
secrètement la grande pulsation au plus profond de nous,
qui nous arrache un cri.
Et dès lors nous sommes aussi être,

changement et visage. »

 

Rainer Maria Rilke, Für Frau Agnes Renold

vintage 1940/50's dental mannequin "robot" for teaching:


Rainer Maria Rilke – Presque une enfant


Presque une enfant, et qui sortait
de ce bonheur uni du chant et de la lyre,
et brillait, claire, dans ses voiles printaniers
et se faisait un lit dans mon oreille

Elle dormait en moi. Tout était son sommeil.
Les arbres jamais admirés, et ce sensible
lointain, et le pré un jour senti,
et tout étonnement qui me prenait moi-même.

Elle dormait le monde. Dieu poète,
comment la parfis-tu pour qu’elle n’eût désir
d’abord d’être éveillée? Elle parut, dormit.

Où est sa mort? Ah ce motif,
l’inventerai-je avant que mon chant se dévore?
Où sombre-t-elle, hors de moi ?…Une enfant presque…

dessins:            Andrew Wyeth     extrait de la « suite Helga »

R-M Rilke


Colère et éclaircie ( RC)


photo perso. Sauveterre

Il y a dans mon ciel,                quelques nuages
Portés par le vent  d’Ouest,        ils envahissent
Les dessus  d’horizons, comme pâte  dentifrice
Et se tordent , à mon humeur, – comme  c’est dommage ! –

de laisser ,à  la colère, toute la place
Et ainsi cacher       le dessein solaire
Des contrastes, –  le monde à l’envers
Des ombres farouches, qui agacent…

Suspendus au dessus du sol, quelques mégatonnes
S’échafaudent,      se bousculent , des projets d’orage
Tardant , maintenant                dans le grand balayage
Alors que                   la trompette d’Eole  s’époumonne

Ayant convoqué la grêle et autres intempéries
Tornades et giboulées,          d’avant l’été
Est-ce donc                       d’avoir tempêté
Que le ciel s’est fendu,          et qu’on en rit ?

En fronçant les sourcils, un peu par ici
Les cumulus sont   allés voir ailleurs
Un paysage plus serein          et rieur,
Ce qui nous laisse, au sourire, une  éclaircie.

RC  -26 mai 2012

-sur le même thème, Rainer Maria Rilke  s’exprimait ainsi:

 

Après une journée de vent,
dans une paix infinie,
le soir se réconcilie
comme un docile amant.

Tout devient calme, clarté…
Mais à l’horizon s’étage,
éclairé et doré,
un beau bas-relief de nuages.

Rainer Maria Rilke – quatrains valaisans


Rainer Maria-Rilke – Pour écrire un seul vers


Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes, et de choses, il faut connaitre les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux, et savoir quels mouvements font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

gravure: Gustave Doré , de la série : la complainte du vieux marin

Il faut pouvoir penser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance, dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils nous apportaient une joie , et qu’on ne la comprenait pas ,et c’était une joie faite pour un autre, à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans les chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyages qui frémissaient très haut, et volaient avec toutes des étoiles.

Et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.

Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts dans la chambre, avec la fenêtre ouverte, et des bruits qui venaient par à-coups.

Il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs, il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux. Il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent, car les souvenir eux-mêmes ne sont pas encore ceux-là.

Ce n’est que, lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver, qu’en une heure très rare du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »

extrait de « Cahiers de Malte   Laurids Brigge « , de Rainer Maria Rilke,

gravure: Gustave Doré sur les écrits de Dante: Le Purgatoire et le Paradis

 

Je viens de voir  qu’un de mes « bloggers favoris »,  (Beauty will save the  world), a choisi précisément le même  extrait...

 


Marina Tsvetaeva – sur la mort de R M Rilke


edw Munch: (estampe) le baiser de la mort 1899 - musée Ed Munch

« Chaque mort, même une mort qui sort du rang,- je parle de la tienne, Rainer, invariablement se retrouve au rang des autres morts, entre la dernière avant et la première après.

Personne, jamais, n’est resté penché au-dessus d’un cercueil sans que cette pensée ne lui traversât l’esprit :

« Qui était le dernier, qui sera le prochain ? »

Manière de créer entre nos morts, nos morts personnels, une relation qui n’existe que dans une conscience donnée et différente dans chaque conscience donnée (…)

Chaque mort nous renvoie à chacune d’elles »

(traduit du russe par Nathalie Dubourvieux)

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— Ingrid G, m’a fourni la  « réponse  de Rilke »…

 

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Sacrifice

Je t’ai connue. Mon corps, depuis, par chaque veine,
fleurit en répandant un parfum plus subtil ;
vois, je marche plus droit, d’un pas toujours plus souple,
et pourtant tu ne fais qu’attendre. Qui es-tu ?

Je sens le mouvement qui m’éloigne sans cesse
d’un passé qui de moi s’en va, feuille après feuille.
Seul demeure dressé l’astre de ton sourire
tout autour de ta tête et bientôt de la mienne.

À tout ce qui, au fil de mes années d’enfance,
est encore anonyme et comme un miroir d’eau
je donnerai un nom, grâce à toi, sur l’autel,
qui est tout entouré du feu de tes cheveux
et à qui tes seins font une douce couronne.

Rainer Maria Rilke,