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Leon Felipe – Don Quichotte et le rêve prométhéen (extrait )


 

 

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Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…


Joseph Brodsky – le torse


 

Lénine brisé  2565.JPG

photo perso: effigie de Lénine brisée,  environs de Vilnius  Europaparkos

 

Si tu parviens soudain à une herbe de pierre plus belle dans le marbre qu’en réalité,

ou si tu vois un faune qui s’ébat avec une nymphe,
et ils sont plus heureux en bronze qu’en rêve,
tu peux laisser glisser de tes mains lasses le bâton : tu es dans l’Empire, ami.
Air,     flamme,      eau,       faunes,        naïades et lions,
copies de la nature ou fruits de l’invention,
tout ce qu’a conçu Dieu, que le cerveau s’épuise à poursuivre,
est mué là en pierre ou en métal.
C’est le terme des choses, c’est, au bout du chemin,
le miroir où l’on peut entrer.

Mets-toi dans une niche vide, laisse filer tes yeux,
et regarde les siècles passer et disparaître au coin,
et la mousse envahir la jointure de l’aine,
et la poussière qui se dépose sur l’épaule, hâle des âges.
Quelqu’un brise le bras et la tête en craquant depuis l’épaule roulera.
Et restera le torse, somme sans nom de muscles.
Mille ans plus tard une souris habitant dans la niche,
griffe abîmée de n’avoir su faire sien le granit,
sortira un beau soir, trottinant, piaillant, au travers du chemin,
pour ne pas retourner dans son trou à minuit. Ni le matin suivant.

1972

(Traduit par Véronique Schiltz.)


Un commentaire de Rubens – ( RC )


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peinture : Rubens: le jugement  dernier

 

Il se passe beaucoup de choses, dans le cadre doré
Un entremêlement de gens, grandeur nature
Sont le prétexte de la peinture
accrochée, un peu au-dessus du parquet ciré.

           C’est une oeuvre de Rubens,
peuplée d’êtres qui s’entassent,
des dames toujours assez grasses,
          que lui commande un prince…

Ces personnages forment une pyramide
dans une mêlée quelque peu confuse
on distingue même,        si je ne m’abuse
au plus haut niveau,        ceux qui décident.

On a fixé l’instant le plus tragique :
celui où on fait grand tri
( ne pas surpeupler le paradis ,
                                     vous diront les nostalgiques ).

Ceux-ci n’en sont pas revenus,      mais ont évité le pire
a ce qu’il paraît ;    on nous rapporte beaucoup d’histoires
                                            que l’on voudrait nous faire croire ;
on peut prendre le parti d’en rire.

Devant le tableau, quelques visiteurs
se sont arrêtés pour parfaire leur culture  :
                 C’est toujours de bon augure
d’écouter le commentateur .

Va-t-il décrire l’étape suivante
Et sans aucun doute,
          comme pour les matches de foot,
nous faire une analyse savante ?

Nous livrer des statistiques,
                révéler des choses intraduisibles
                contenues dans la Bible
d’un point de vue artistique ?

Bien qu’il se soit écoulé pas mal d’années
depuis qu’elle a été peinte
on pense toujours entendre les plaintes
des âmes damnées .

                      C’est une oeuvre baroque :
On n’y entre pas de plain pied
sans y être convié
              ( et surtout sans habits d’époque ) .

Nos amateurs d’art voudraient peut-être
participer à la mêlée,
                  voir de plus près les êtres ailés
                  et assister à la fête…

Ils peuvent toujours tenter l’escalade
Se faire greffer des ailes,
utiliser une échelle
Ils seront empêchés par le cadre …

Le tableau a beau être immense,
il a aussi des dimensions limitées
On ne vient pas à l’intérieur sans y être invité
et pour entrer dans la danse…

                         La réalité est ingrate :
elle nous ramène toujours à son illusion ;
on ne peut sauter dans cette dimension,
….       la peinture restant obstinément plate.


RC – sept 2016


Variation d’ombre 01 – ( RC )


photo Phil Carlson

Ce sont des lignes qui se forment,
On ne peut décider,
Desquelles ont prise sur la réalité,
Elles invoquent la lumière traversière.

De la branche et de l’ombre,
Même posée, sur la course d’une rivière,
Et suivant ses remous,
Elle reste impalpable,

Du mur liquide,
Au mur vertical, pierres jointoyées,
Ne pouvant capter
La course solaire.

Oui, le jour toujours invoqué,
Et l’image projetée,
Le corps léger d’un oiseau,
Ployant les tiges.

Son ombre,
Notre regard,
Reconstruit une vie,
Se passant ailleurs.

RC- janvier 2014

En « réponse »  à Jean-Yves Fick  « variation#1 »

photo Mary Soyez


Jean-Jacques Dorio – Il n’y a pas de mots pour la peinture


peinture perso -   détail -

peinture perso – détail –              2013

 

pour Guy TOUBON           

         

Il n’y a pas de mots pour la peinture

Il y a le concert dans le champ des couleurs qui s’irisent  

Il y a un port vêtu de grandes coques noires   et de probité candide 

Il y a un port et ses navires au tranchant de la brosse dans les bouteilles d’encre des porte-conteneurs  

Il y a ce paysage sans cesse visité dont il ne faut pas faire une montagne mais lumières de pourpre d’or et de mystère,  

sur cette toile présente où toute réalité se dissout et nous invite à Renaissances !

Jean-Jacques Dorio


Que faire des idées qui encombrent ? ( RC )


peinture :       Paul Klee – maisons  rouges  et amaryllis    – Tunis  1914

Que faire des idées qui encombrent  ?

Et venir en tableau blanc…

Où tout est à inventer.

A construire  le réel au souffle  de la couleur,

Ce qui n’est pas  tout à fait la réalité,

Puisque je l’ai inventée…

L’innomable a suivi  :

On peut saisir et toucher de la main

Ce qui n’existait pas , un instant avant

Des calligraphies jetées sur le papier

A la douceur des peaux de marbre,

Creusées dans le bloc brut de carrière

Que faire des images qui encombrent ?

Avec le tableau vierge ?

C’est ré-inventer le langage  d’origine

Et le chercher là où personne ne l’a entendu

La réalité inventée

Celle des tableaux  de Klee

Celle d’un intérieur enfoui quelque part

Et soudain se donne à voir

———– sans jouer au miroir…

 

Tout est fiction peut-être

Et, qui ouvre la fenêtre

Met au jour l’esprit de l’enfance,

S’aventure sans méfiance .

.. Si c’est musique ,      – des accords inouïs…

Pour les artistes , aucun mot ne traduit

L’invisible devenu visible,  et si oui,

Résumer que le peintre  a jouï,

Rejetant dans les  étoiles

Et la culture et les idées bancales.

C’est une  fiction, peut-être,

En nous portant, pourtant, elle nous fait renaître..

Et s’il est question d’écrire,

Je laisse les mots advenir

Avancer, reculer,  avancer,

—–  et enfin nous bousculer..

RC  –   St Louis  –     25 février  2013 —

 


Dis-moi, de l’existence … ( RC )


photo perso:  coq "de garde", chez un guérisseur .  Burkina Faso dec 2011

photo perso: coq « de garde », chez un guérisseur .    Burkina Faso          dec 2011

Dis moi, de l’existence, la réalité.
Hors de nous , pays habités,
L’écharpe de l’horizon, ceinte de brume
Continue, mer , océan, écumes

La poignée de mondes,  qui restreint
Que tire d’ailes, les atteint
Et que les vies  pressent
Sous le soleil ardent, paressent..

Si la sphère habitée est transparence
Où faut-il que mon regard  s’élance ?
Vois -tu de l’autre côté de la terre
Les chemins et routes de poussière ?

Les grandes étendues et la course
des étoiles… disparue la Grande Ourse
L’au delà d’une vision, sans pourtant qu’elle ne se voile
Un quart de cercle, porté vers l’australe.

Vois, la planète , d’un autre costume
Autres peuples, autres  coutumes
Les nôtres, en pays lointain n’ont plus cours
Aujourd’hui est un autre jour

Qu’une aube nouvelle  fusionne
les espaces  d’une  vie, et résonne
en nous, autant les vaisseaux  s’enchevêtrent
Et bat, au coeur, le sang de notre être

Il se voit circuler d’autre façon, étourdi
Sans forcer l’envers, sans  interdit…
Le continent des ailleurs, ailleurs improbables,
Modèle le visage des hommes — en  terre  arable.

RC  – 8 janvier 2013

 


Pierre Bergounioux ( sur Proust)


dessin: création personnelle: carnet de croquis, projet de peinture

 

“C’est qu’il se pourrait que je n’y parvienne pas, que les choses obscures, les ombres se refusent à venir au jour, que la vie échappe irrémédiablement aux prises de la compréhension rétrospective

comme elle s’est dérobée, dans l’instant, à la conscience.

Les seuls moments accomplis sont ceux qui ont trouvé, au-delà d’eux-mêmes,

l’explication qu’ils peuvent (doivent) recevoir, sur le papier.

Proust dit quelque chose d’approchant. La seule réalité est celle que nous avons pensée.” p335 – des carnets  de notes  de Pierre Bergounioux, 1991-2000),   voir  source.

—- Proust étant une  fréquente  source d’inspiration  (  et à propos d’inspiration… un souffle, justement)…

Pierre Silvain, écrivait  le côté de Balbec

voir ausssi sur Proust ,  ma publication sur écrits et cris ( 1er blog), en me rappelant  des « plaisirs  et les jours »

( il s’avère  que ces  deux  auteurs, dont j’ai lu beaucoup d’ouvrages, font partie  de mes auteurs  « phare »… tous deux ont été publiés aux  magnifiques  éditions Verdier. )

peinture: détail de panneau central, au Muusée Metropolitan de N York