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Des rivières si profondes – ( RC ) – haïku


Image associée

Les rivières si profondes,
tes yeux transparents,
la lune s’y reflète .


Fleur recluse – ( RC )


Cim  Chanac      10.JPG

photo perso –   Chanac

 

 

C’est comme un coeur
qui garde sa couleur
encore quelque temps :
il parle doucement
de ses quelques printemps
vécus bien avant .
–         C’est une fleur à l’abri de l’air,
qui, par quelque mystère
        jamais ne fane,
mais ses teintes diaphanes
à defaut de mourir,
finissent toujours par pâlir .

Détachée de la terre ,
elle est prisonnière
d’une gangue en plastique,
un procédé bien pratique
pour que la fleur
donne l’illusion de fraîcheur .
–     C’est comme un coeur
qui cache sa douleur ,
et sa mémoire,
dans un bocal de laboratoire,
( une sorte de symbole
conservé dans le formol ) .

Une fleur de souvenir ,
l’évocation d’un soupir :
celui de la dépouille
devant laquelle on s’agenouille :
les larmes que l’on a versées,
au milieu des pots renversés .
        C’est comme s’il était interdit
à la fleur,       d’être flétrie :
elle,       immobilisée ,
figée, muséifiée,
( églantine sans épines,
au milieu de la résine ) .

A son tour de vieillir :
         elle va lentement dépérir :
le plastique fendille, craque
ou devient opaque :
         les vieux pétales
cachés derrière un voile
entament leur retrait :
d’un pâle reflet
où les couleurs se diffusent :
       la rose recluse
se ferait virtuelle :
–    elle en contredit l’éternel –


RC – nov 2017


Bordée par la nuit – ( RC )


Image associée

peinture:  Arthur Dove « moon & see II »

 

L’œil blanc est sans expression,
et dissémine un clair distant ,
qui ne rappelle pas les ombres .

L’univers est bordé par la nuit .
On ne sait pas s’il s’éveillera
dans le balbutiement des étoiles .

Les entrecroisements des branches
se courbent dans une silhouette
les confondant avec celles d’autres arbres .

La lune pointe parfois entre les nuages,
aiguisant le regard des oiseaux nocturnes.
Ils se répondent de colline en colline.

Jusqu’à ce qu’elle descende
contre toute attente
prélever sur la terre

un peu d’atmosphère
un reflet dans le lac,
qu’elle emporte aussitôt

avec des meutes de fleurs noires,
avant de s’effacer
comme si elle n’avait jamais existé .


RC – janv 2018


L’oubli de la pesanteur des choses – ( RC )


photo issue du blog « rencontres improbables.blogspot.fr  »

 

 

La barque fait oublier la pesanteur des choses,
elle, et son reflet,             passante paisible ,
glissent sur le miroir de l’onde
sans la rayer ou la fendre.
>    Elle est en suspension .

Seul le passage furtif de poissons
montre que l’air est habité en-dessous .
Avec les heures,          s’échappe aussi la bulle de la lune .
Elle suit tranquillement une courbe que l’on ne voit pas .
et ne crève pas à la surface,
                                           maintenue par le poids de la nuit.

 

RC     –     juill -2017


Imaginons les Ménines – ( RC )


Velasquez   - Las Meninas     det  gauche.jpgPeinture: D Velasquez –  las Meninas  –  partie gauche

 

C’est une salle assez obscure,
qui sert d’atelier ;
en tout cas, on n’identifie pas
la source de lumière,

ni ce que le peintre esquisse,
puisqu’il est de face.
De la toile,          juste le chassis,
de dos, posée sur un lourd chevalet.

Autour de lui, gravitent ses modèles,
assemblés comme pour la parade .
L’infante Marie- Thérèse ,
en robe bouffante .

Elle est entourée de ses serviteurs
aussi en habits d’époque
dans un ballet immobile.
Le chien allongé ne semble pas concerné.

Ils nous font face,
étonnés de notre regard,
entrant             comme par effraction,
alors qu’au même moment,

une échappée se dessine,
un personnage ouvre une porte,
et franchit quelques marches,
au fond de la salle…,

Parallèlement à cette ouverture,
si on observe bien,
        un léger reflet,
renvoie , avec le miroir,

l’image du couple royal,
          comme si la vision que l’on a
          de cette scène était celle,
captée par leurs yeux.

L’artiste poursuit son travail .
Il est masqué en partie
par la peinture,
et rajoute un détail.

C’est peut-être nous,
qu’il inclut dans la scène,
traversant les siècles
pour y entrer de plein pied !

De celle-ci, on ne saura jamais rien,
              car il faudrait un autre miroir,
               pour jouer la mise en abîme…
…..  et Vélasquez             ne l’a pas encore peint…

RC – mai 2017


Wislawa Szymborska – Avec le vin


Kohn demeure un leader prééminent de Figuratif Impressionnisme qui cherche à saisir la complexité ainsi que la simplicité et la franchise de la forme humaine.:

peinture  André  Cohn

 

D’un regard il amplifia ma beauté

et je la pris pour mienne.

Heureuse j’avalais une étoile.

Je lui permis de m’inventer

à l’image du reflet

dans ses yeux . Je danse, danse

dans les secousses de mes subites ailes.

Table est table. Vin est vin

dans le verre, qui est verre

restant dressé sur la table,

Je suis illusoire,

incroyablement illusoire

imaginée jusqu’au sang.

Je lui parle de ce qu’il veut : de fourmis

mourant d’amour

sous la constellation de pissenlits.

Je jure qu’une rose blanche,

arrosée par le vin, chante.

Je ris, je penche la tête,

avec précaution, comme si je vérifiais

une invention. Je danse, danse

dans une peau étonnée, dans les bras qui me créent

Eve de la côte, Venus des écumes,

Minerve de la tête de Jupiter,

étaient plus réelles.

Quand il me regarde,

Je cherche mon reflet sur le mur.

Et je vois seulement

un clou, duquel on a enlevé son tableau.


Des pas mènent à la source – ( RC )


Florac  source  pêcher    01.JPG

Photo perso  –  source  du pêcher  – Florac

 

 

Des pas d’oiseaux dans la boue,
eux qui mènent à la source,
dont on perçoit le murmure
contournant les rochers.
Mais d’où vient-elle,     cette eau,
sinon du secret de la montagne obscure,
des vallons habillés de mousse,
du souffle du temps,
– une résurgence mystérieuse.
où s’étire le liquide  ?
et c’est le miroir facétieux des neiges
dissoutes par le printemps :
une langue muette qui se délie
et s’infiltre dans toutes les failles,
pour s’unir à d’autres langues, bruire
comme un oiseau nouveau né,
grossir son cours
s’élargir, chanter, puis rugir
à mesure que se dessinent les pentes.
Elles n’en retiennent, une fois apaisées,
que le reflet des arbres pensifs,
les nuages qui se mirent,
dans leur substance même
courant et nourrissant le sol.


RC – nov 2016


Yves Prié – Obsidienne


Klavdij SLUBAN 9  9.jpg

photo: Klavdij SLUBAN ( rencontres  d’Arles  2011 )

 

Pour  saluer Caillois  et Guillevic          (  extrait )

 
Attendre la mort
et sa dureté minérale
Nous ne traverserons pas
Notre vie se brise là
L’obsidienne en détourne le reflet


Arseni Tarkovski – Stalker


Afficher l'image d'origineStalker  ( photo extraite du célèbre film du même  nom d’ Andrei Tarkovski – son fils)

—-

Comment ne pas aimer tes yeux
Et leur reflet étincelant,
Quand tu les lèves, malicieux,
Et traces un cercle miroitant
Tel un éclair venu des cieux…

Mais il est d’autres souvenirs,
Encore plus beaux : des yeux lassés.
Des baisers fous, l’âme en délire.
Et à travers les cils baissés
La flamme confuse du désir.

Arséni Tarkovski
A. Tarkovski. « Le Miroir ».


Le vent me dépasse d’une courte tête – ( RC )


Tzaneen_le feu gazouillait  20.jpg                    Image – montage   perso

Ainsi court le vent :
Ce n’est pas encore la tempête.
Il me dépasse d’une courte tête,
Que je marche doucement
Ou en courant.

J’ai peur de mon ombre
Celle-ci m’encombre
Et passe devant.
C’est un peu comme l’oiseau
Effrayé par son reflet .
Le poète ouvre son carnet
Aurait-il peur des mots
Dès que se présente une idée  ?:
Il se dépêche de les écrire,
Il craint de les voir s’évanouir
Il va les emprisonner .

Mais ceux-ci toujours chantent :
et disent la pluie salée,
la douceur de la peau effleurée .
Ils sont en attente .
Sous la main qui tremble
ils vont ressurgir,
crier ou bien rire :
vois comme ils s’assemblent
au moindre prétexte
un mariage illégitime,
associant des rimes
tout au long d’un texte.

On dirait qu’ils s’arrangent
pour vivre leur propre vie,
sans demander mon avis ,
quand la main me démange .
Ils débordent de l’esprit ;
je ne fais rien pour les contenir ;
juste les écrire
sans que je les aie appris.
Quelqu’un parle par ma main :
c’est une sorte de phénomène,
par lequel je me promène :
Je n’en connais pas le chemin.


RC – juill 2016

 

Tzaneen_le feu gazouillait  21.jpg

                  Image – montage   perso


Ni son double, ni le tien – ( RC )


 

peinture: S Dali:  les  métamorphoses  de Narcisse    1937

peinture: S Dali: les métamorphoses de Narcisse 1937

 

Ce que le visage doit au reflet,

Le champ ouvert de la lumière,

Répercuté    sur l’étrangeté du monde,

Le ciel découpé en lamelles,

Comme s’il se gonflait de l’ absence ;

                Un écartèlement .

 

Je le percevrai peut-être,

Au sein de la caresse de l’eau :

>            Narcisse se penchant,

Devine son image,

Aperçue,             ondulée au fil du courant ,

Mais qui délaisse brindilles ,  et feuilles.

 

Ce n’est ni son double,

Ni le tien.

D’ailleurs                         quand il se retourne,

La vision ne s’accompagne    d’aucune présence.

( Ou bien juste la solitude ) .

Mais celle-ci  est transparente.

 

RC – mai  2015


Au bord de l’image – ( RC )


peinture  Tammy Zebruck-

 

 

Je suis resté là,          au bord du miroir,

Prêt à y allonger le pas,

Pour,             comme Alice,

Passer à travers,

Si,              sur le  lac,

La pellicule de glace     casse,

Et qu’ainsi je me retrouve,

Happé              par les nuages,

Et    dans la flaque,

–        L’onde replie ce qu’elle boit,

Dans l’autre sens …

 

Car on sait,

Que l’eau se fait un plaisir,

D’inverser le cours de la logique,

Enfin,         celle que l’on croit posséder.

Et je suis resté             là,

En équilibre,

Les pieds devant l’image,

Un monde qui n’existait

Plus         que par son reflet,

Et son illusion,

Doutant même          de son existence,

Juste sous la surface,

Des choses.

 

 

RC – avril 2014

 

 

Et avec bien entendu,        sur ce thème, les célèbres « nymphéas » de C Monet


Renée Vivien – Lucidité


gravure: Masereel:  série: histoires sans paroles

                                     gravure: Masereel:      série:           histoires sans paroles

 

L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche !

_    (Études et préludes, 1901)


Thomas Duranteau – Ne pas savoir


peinture: G de Chirico  l'attente  d'Ariane

peinture: G de Chirico l’attente d’Ariane

 

Ne pas savoir
qui du puits
qui de la tour
est le reflet de l’autre.

 

 

 


Jeanne Michaud – la statue


Statue of a Mourner in Calvary

Statue of a Mourner in Calvary

Je me sens retrouvé dans le silence, Il me fait vivre, me rend triste,

Oh, vous savez que je suis un rêveur C’est pourquoi je peux continuer.

Je suis un écran bleu vaporeux,

Je laisse mon esprit au vent ….

Je tiens à tirer profit du silence,

Me réveiller le brouillard dans ma tête,

Nager dans la gris de mon cœur,

Voir la pluie sur les églises.

Je suis un écran gris vaporeux,….

Je voudrais être une statue,

Dormir dans le marbre profond,

Sentir les rayons de la lune,

Sur ma peau gelée …

Je suis né sans lumière,

Je reçois mon reflet de la lune ….

The Statue

I feel find in the silence It gives me life, makes me sad,

Oh, you know that I am a dreamer That’s why I can go on.

I am a filmy blue screen,

I leave my spirit to the wind….

I like to profit in the silence,

Awake the mist in my head,

Swimming in the grey of my heart,

See the rain on churches.

I am a filmy grey screen,

I leave my spirit to the clouds….

I’d like to be a statue,

Sleeping in deep marble,

Feel the beams of the moon,

On my frozen skin…

I was born without light,

I get my reflexion from the moon….


Vois comme le soir s’éteint – ( RC )


photo: Michael~Ashley Carver                                   photo:          Michael~Ashley Carver

Regarde, la lumière orange,

Se coucher sur le lac,

Que les rides d’une brise, dérangent,

Ou cette feuille tombée sur la flaque…

Regarde comme les pierres s’envolent,

Détachées du filet

Elles ne sont plus attachées au sol,

Que par leur reflet.

Regarde, comme il rebondit,

Le petit soleil tenace

Bientôt englouti

Dans les eaux lasses

Regarde, comme les nuages filent,

Et moussent une écume d’or,

Au dessus des îles,

En géantes fleurs.

Vois comme le soir s’éteint,

Il se dissout sans bruit,

Pour préparer demain.

De l’autre côté ,  c’est bientôt la nuit.

RC – 26 septembre 2013


Reflet du toi à moi ( RC )


Il y a bien encore, une ombre furtive ,

Puis cet homme, vu à contrejour,

Au quai voisin passait alors la rame de métro,

Il ne l’a pas prise, et reste debout

Devant les sièges vides

Aux couleurs acides.

–    A sa tenue, je me suis dit

  • je pourrais être lui –

Et dans le même temps,

Il a hoché la tête,

Et s’est sans doute dit

  • qu’il pourrait être moi .

Nous aurions pu échanger quelques mots,

Chacun sur son quai,

Les rails au milieu,

Et même intervertir

Ce qui se voit :

Habits , chaussures, lunettes,

Mais aussi ce que nous portons en nous,

La part la plus secrète

Notre identité,

Ne se limitant pas aux papiers.

 

Il aurait pu être moi,

Peut-être l’a-t-il été,

Quelques instants.

Mais sur chacun des quais,

La rame s’est arrêtée,

En un lent chuintement,

Nous sommes rentrés dans les wagons,

Dans un même mouvement,

Sans nous quitter des yeux.

Avant que les rames ne s’ébranlent,

Chacune,

Dans une direction opposée,

Et cet autre moi-même,

– Peut-être était-ce,

Seulement mon reflet ?

 

>          Il y a des chances,

…Qu’il se pose la même question.

RC-  23 août 2013

 


Sabine Vadeleux – Etre le miroir de l’autre


Säb –

photo: Bruce Davidson. Chicago – 1963

Regarde encore et encore

Est-ce ton reflet sous cette lune ?

Ma main se lève lentement, doucement

Chaque mouvement reproduit à l’identique

Comme Une.

 

Ce que j’aimerais c’est connaître ton intérieur

Ton être vrai et véridique

Miroir de mon âme, je lâche les armes

Comme une hérétique.

 

Les grains de sable s’envolent emportés

Par le vent…

Les temps s’échappe toujours

Tu sais… difficile d’arrêter à temps

 

Rien ne peut enrayer sa course

Effrénée soufflée à la craie de nos incertitudes

Et de nos désirs secrets.

 

Pourtant une plongée dans ton iris

Me réveille

En sursaut, tel un serpent surpris par l’eau

Nagé par mont et par vaux … être le miroir

De l’autre…

 

Une essence une intensité intimement nouée,

Une confusion des sens dans un souffle inné.

Une intension où les corps et feux se dilue peu à peu

Et se répand poète.

 

Les grains continuent et glissent toujours

Escalades d’émotions qui ne s’attardent

Et surgissent.

 

Mais quelle hypocrisie de l’histoire

Que ces espèces de lignes qui nous tissent

Le visage.

 

Regarde encore et encore dis-moi tout… parle-moi de cette statue

Est-ce toi ? est-ce moi ?

Est-ce mon émoi ?

 

Que d’être le miroir de l’autre

Ou les deux confondus.

dessin:            MC Escher

et beaucoup  d’autres  textes  d’auteurs,  visibles  sur les Carnets de Poésie  de GuessWho


Marcel Bealu – Qui chuchote et parle dans le vent


art - Arman  -  crédit Suisse  -  Lyon

art – Arman –                      Société Suisse – Lyon

 

 

 

Qui chuchote et parle dans le vent
Qui s’agite et court dans la nuit ?
N’était-il qu’un reflet
Ce timide pinceau de lumière,
Ce ruissellement infinitésimal
Que la vague déjà efface ?

 

Marcel Bealu

montage perso  d'après photo

montage perso d’après photo

 

 

 

 

 

 

 

 


Le temps a du sursis – ( RC )


photo perso: nénufars  du lac Tendrela - Burkina Faso, région de banfora

photo perso:                nénufars du lac Tengrela –             Burkina Faso, région de Banfora

Le temps a du sursis
C’est lui qui m’a surpris.
Je suis venu te lire
Avant que les pages ne se déchirent.

A me glisser sous l’écharpe
De tes lignes, j’attrape,
Un morceau de coeur en mots
Dont je me fais proche écho.

En redoublant d’efforts
… Autres horizons, autres décors
Pour Bd’ s et phylactères
Partager semblables repères

Aux parfums de fête
Qui t’ont tourné la tête
Que dire de l’intime ?
D’une vie qui s’anime…

J’entrecroise mes lignes
Aux tiennes,   nouvelles rimes.
Réconciliées aux lendemains
J’entrecroise les doigts des mains.

Et partage le reflet
mouvant des fées
Dans un lac au repos
Ondulant, sans crapauds

Au silence limpide
D’étendue liquide
Parfums, phrases d’amour
De tous tes mots autour.

RC  –   janvier 2012,     modifié  15 janvier 2013


Blockhaus en front de plage ( RC )


hotel Adghir          Alger-        Bordj El Kiffan,

Blockhaus en front de plage

Immeuble de béton sur sept étages

Posé comme un cube prétentieux

Frontière de quartiers miséreux…

 

L’ailleurs reste surtout un peut-être

La mer ne se voit, qu’avec un reflet de fenêtre

d’en face,   ….  carré dans la façade grise

Du grand hôtel, où le temps s’éternise

 

Je peux toujours compter les plaques de marbre

Ou chercher au loin les arbres

Une prison dorée reste une prison,

Et la vue ne s’échappe pas  sur l’horizon

 

RC   – 23 décembre 2012    –   Alger


Lamelles immobiles ( RC )


Claude Monet Cathédrale Rouen

Claude Monet Cathédrale Rouen

Immobile  dans l’image,

Epinglé dans le ciel,

Au théâtre des objets,

L’oiseau n’est pas réel…

Dessin de son passage,

Une portion de trajet,

Le bout  d’une ligne,

Un instant de grâce,

Et peut-être le signe,

Le reflet dans une flaque

D’un ange qui passe

Et qu’à peine on remarque…

———–

Voyageurs en émotion lente

Le passager du jour

Succède à celui

D’une lourde obscurité

Et s’étonne encore

Que les choses en sommeil

Se révèlent au lendemain,

Cousines, ou bien semblables

A la même place

Et jouent à la permanence,

Même si l’atmosphère, leur peint des habits

De brume et de lumière.

Il y a des instants fugitifs

Qui modifient les  contours,

Ajoutent des touches de couleur

Et désignent autrement

– La cathédrale de Rouen – que l’on croyait connaître

Quand  s’élancent, immobiles

Les dentelles  gothiques

A travers les siècles .

Mais, même plus modestes

Les images les plus offertes,

Qu’on voit sur les présentoirs,

Se trouvent reproduites

Presque à l’identique

Sur les cartes postales.

Les vues générales,

Prises du promontoire

En couleurs ou en gris pâle,

Sont des moments d’histoire .

Le décompte des heures,

Les transformations ( et petites différences)

A identifier  – au jeu des sept erreurs-

D’un village de Provence …

En prenant la photo

Le passager du jour

Prélève, une fraction de seconde

Une infime portion du temps,

Et un peu de lumière

Comme une prise de sang

Aspirant le visible du monde,

Une piqûre  éphémère,

Où se précipite, hâtif

Le paysage, en périmètre limité

A l’intérieur de l’objectif,

… un instant d’éternité.

RC –   13 novembre 2012

– texte auquel j’ai trouvé un écho,  dans le blog  de « le vent qui souffle »

Interfaces

La photographie n’était que le reflet arbitraire d’un instant arraché à la fosse béante du temps, et ne livrerait pas d’autre secret que cette fixité étrange et ce témoignage troublant d’une vie abolie mais qui avait existé. Ce n’était qu’une trace, aussi bouleversante que les empreintes de mains retrouvées dans les grottes préhistoriques. Elle continuerait pourtant, avec déraison,

parce que cette vie retournée au néant continuait de l’émouvoir, à scruter la profondeur de ce regard, à suivre le mouvement de ces lèvres qui essaient avec peine d’esquisser un sourire, à interroger ce front trop grand sous les cheveux relevés, à examiner cette broche dorée qui rehausse le corsage sombre, à s’émerveiller devant le col de dentelle fine fabriqué par des mains délicates.

Sa mémoire avait conservé des milliers d’images plus récentes, en mouvement comme dans un film. Ces images-là, douloureuses, s’enfonçaient peu à peu dans les couches inférieures de la conscience, accompagnées d’une sorte de sentinelle chargée de les veiller, de les protéger contre l’oubli définitif, mais aussi et peut-être surtout d’empêcher la souffrance d’une remontée à l’air libre…

Une sorte de filtre magique ne laissait passer que les formes simplifiées ou mythiques du souvenir. Il n’était pas impossible de croire que ces formes pourraient revivre de la même façon que les vestiges d’une civilisation disparue, avec le recul et la passion des archéologues, la passion préservant l’émotion, le recul faisant barrage à la douleur. Il devenait possible également de croire que ces empreintes de vie laissées par une morte rétabliraient un passage avec elle, la « encore vivante ».

Et tous ces signes, il fallait désormais les déchiffrer, les décrypter, les interpréter comme des indices sur son propre destin, contenu dans la forme ronde de ce petit miroir de poche, cruellement figé et glacé côté pile, insaisissable comme l’eau courante, imprévisible, inquiétant, effrayant comme un torrent dévastateur, côté face.


Tout et son contraire s’assemblent (RC )


peinture: détail de Ch Camoin:         Le jour ni l’heure: Minaret à Tanger,             musée de Grenoble

Un peu de lumière sur les  choses
Que les années  nous  déposent
C’est  toujours, en effet
Des dialogues, avec l’ombre, le reflet
Qui prend alors  toute sa place
Lorsque les jours  s’amassent
Et prennent  pour l’hier
Le tout et son contraire
Si Yin et Yang ne se ressemblent
Ils sont faits pour vivre ensemble…

RC  –  1er juillet  2012

 

photo           Srivinas – miroir brisé


Si l’envers était endroit ( RC )


aquatic world ou Russell Blackwood

Si l’envers était endroit

Et le sommeil liquide, le reflet du monde, et celui des plus proches, les sombres forêts moussues, en sentinelles.

Et les algues, au milieu de la matière glauque d’un en-dessus de ciel…
La mémoire porterait le souvenir d’un monde terrestre,
Quelque part, comme en réminiscences.

Plus de pesanteur terrestre pour ta chevelure, que seuls les courants mouleraient de leurs doigts.
Plus de pesanteur pour ta robe,  en cloche  comme une méduse habitée de toi.

Plus de distance de paroles, même la bouche ouverte, où viendrait parfois s’interposer, l’ombre d’une carpe.
L’ange de l’étang ne montrera pas ses larmes, puisque mêlées aux ondulations des tiges têtues des nénufars.aux parapluies étalés au regard d’un autre monde, collé à la lumière.

Seules les grenouilles  en traduiraient l’existence, et , dans leur prophétie, nous diraient les  sources, et les orages.
Silence cependant des eaux  étales, juste piquetées, en surface, de temps en temps  par des points de pluie, ces seules notes de musique d’un piano mouvant, accompagné  d’éclairs furtifs…

Et nous serions  dressés, à l’horizontale, ou tête bêche,
-peu importe – , à la pliure du monde,  la vie  traversière….

RC  –  23 juin 2012


Miguel Veyrat – Je me laisserai porter par ton souffle


installation: James Turrell

Je me laisserai porter par ton souffle,
si léger qu’il me conduira
—sans but,
au-dessus des vallées qui précèdent
les bois où tu portes le regard.
Toi, tu vas plus loin que là où
je vois, mais tu me laisses seul
pour que je monte jusqu’à l’abîme.
J’oblique. Je bois ton souffle.
Je me voile la face refusant de voir
le premier reflet
qui m’attend là-bas et qu’à jamais
j’emporterai dans le verre
de mes yeux. Je tomberai donc
vers le haut, en tournoyant
muet et aveugle, transparent.