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Marina Tsvetaiëva – combien de tristesse noire gronde sous mes cheveux clairs


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Si vous saviez, passants, attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien,

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon cœur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez savoir

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.
Koktebel, 17 mai 1913

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Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches


Carles Duarte – l’abîme


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L’Abîme

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

 

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Colette Fournier – Je te regarde


Pierre Bonnard, 1867-1947, Coin de salle à manger au Cannet, c. 1932, Musée nat.jpg

peinture:    P Bonnard        Coin de salle à manger au Cannet,  1932  ( détail)  Musée d’Orsay

 

 

Je te  regarde, penchée à la fenêtre de ton cœur.

Ma main posée sur ton épaule, sans attente ni peur.

Ma maison à tous les vents de la déraison, demeure,

Une île haut perchée sur le toit des mondes.

Je te regarde, et collée aux battements de ta vie,

Je ne questionne rien, de rien ne te supplie.

Chacun de tes regards est le début d’un monde ;

A peine faut-il y croire, que déjà, il succombe…

Je te regarde, oublieuse de mon propre reflet,

J’écoute ton histoire qui, lentement, défait

La chronique des temps perdus à ne rien comprendre.

La vie, éternel Big-bang, de sang et de feu, se refait.

Je te regarde, et jouant à pleines notes dans le vent,

Une musique forte, inconnue et  plein chant,

Couvre de ses arpèges tes silences intimes,

Je te regarde et je t’écoute, passante de ton âme,

La solitude, au fond, n’est que le reflet des oublis…

 

 


Michel Leiris – La néréide de la mer rouge


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Le soleil qui se lève chaque matin à l’est
et plonge tous les soirs à l’ouest
sous le drap bien tiré de l’horizon
poursuit son destin circulaire
cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets
d’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre
par l’ombre d’une main qui singe la puissance

D’occident en orient un voyageur marchait serrant
de très près l’équateur et remontant en sens inverse la trajectoire solaire

Ses regards agrippés aux forêts peignaient
leurs sombres chevelures et ses mains balancées
selon le mouvement de ses pieds caressaient
les lueurs à rebrousse-poils comme s’il avait entrepris
de forcer le cours de son destin d’heure en heure
et de jour en jour en le prenant à contre-sens

De lieu en lieu la nuit oisive le suivait

Au bruit de ses pensées il la faisait danser
ainsi que font les montreurs d’ours et quand la bête lasse
se couchait hissée sur la boule du monde
c’était l’aurore qui se montra nudité fine étincelante et blanche

 

 

-Michel LEIRIS «           La néréide de la mer rouge (Gallimard)

 


Andreas Altmann – visite


 

photographe  non identifié..

photographe non identifié..

La mémoire, quand elle renonce
à un souvenir l’un après l’autre,
devient aveugle à ses propres paroles.
Dans des pièces vides, en tâtonnant
le mur, qui te saisit les mains,
au-dessus des portes que tu n’ouvres pas,
tu avances vers la fenêtre.  Des regards,sombres
ou clairs, cèdent la place aux yeux.
A partir de bruits, la voix se façonne
qui ne franchira pas le seuil du
silence.  Encore une fois tu marches,
sans toucher le sol, à travers la maison.
la lumière a découpé des ombres
pour lesquelles, ici, il n’y a aucune explication.
Tu grattes profondément  les extrémités de tes doigts
quelqu’un te suit, les bras
croisés, avec ce regard en biais.  tu demandes
à rester plus longtemps.  devant le porche,
une auto attend. Son moteur démarre.

besuch

das gedächtnis, wenn es eine
nach der anderen erinnerung aufgibt,
erblindet an seinen worten.
in leeren räumen tastest du dich
an der wand, die deine hände ergreift,
über türen, die du nicht öffnest,
ans fenster. blicke, die dunkel
die hell sind, weichen den augen.
an geräuschen formt sich die stimme,
die nicht über das schweigen hinaus
kommt. noch einmal gehst du
mit bodenlosen schritten durchs haus.
licht hat schatten herausgeschnitten,
für die es hier keinen grund gibt.
du kratzt an den rändern die finger auf.
jemand folgt dir verschränkt
mit den armen, dem blick. du bittest,
noch länger zu bleiben. vor dem tor
wartet das auto. der motor springt an.

Andreas Altmann
© Rimbaud Verlag

 

 


Une image, sur le papier glacé – ( RC )


montage Antonio Chiesa – photomosaïque faite à partir de couvertures du magazine Vanity Fair

Sur les affiches qui la miment,
Il y a de l’image, fabriquée :
La soif de la mondanité,

Ce qui fait la modernité :
une chevelure platine,
Un symbole, reflet de rayons d’or …

Elle se donne aux regards,
Comme on donne en pâture aux fauves,
Celle que l’on sacrifie, aux enjeux de pouvoir .

Colportant cet aspect ,
Larmes dissimulées
Derrière l’artifice,

Fard en avant,
Sous la cruauté ses sun-lights.
Ils font du modèle la proie,

Et ne la lâchent pas  :
Un statut qui se paie,
Avec la soumission  —  ;

Il faut souffrir pour être belle   – dit-on –
Et se conformer,
à ce qu’on attend d’elle :

La pose et le regard,
gomme, sur l’autel de la célébrité,
toute personnalité…

si on confond l’être,
avec l’image imprimée,
à plat, sur le papier glacé.

RC- avr 2015

( en liaison avec le texte  de PP Pasolini  » Marylin », qui m’a servi de point de départ )


Tu n’as pas parcouru l’arc de tes rêves ( RC )


modillon sculpté - Eglise d'Aulnay ( Saintonge )  XIIè siècle

modillon sculpté – Eglise d’Aulnay ( Saintonge ) XIIè siècle











































Non, tu n'as  pas  parcouru 
L'arc de tes  rêves  
De tes paupières entr'ouvertes
Et la nuit, était peut-être le jour
Où se dessinait le pont des regards.
Tu ne l'as pas parcouru,
Puisque le rêve n'en était pas,
Et que,  voulait se dire
A travers l'écriture  du cœur
Qui n'est pas  d'encre bleue,
L'écho de ton âme,
Attachée  à son sourire,
Et l'ombre de ses pas.
Mais la matière même,
Et l'éclat du regard,
L'odeur de sa peau,
Dont  tu t'es  vêtue,
A  imaginer  confondre tes lignes
Avec celles de sa vie,
Comme l'histoire  peut se dessiner,
Et cristalliser rêves  en réalité.

RC  -  6 juillet   2013
-

en relation avec  "my Dream"  de Colette Fournier

Figures rougies du musée de cire ( RC )


Kate & William au musée Mme Tussaud de New York

Kate & William  au musée Mme  Tussaud, transformé  par mes soins...

Kate & William au musée Mme Tussaud,                                transformé par mes soins…

Les figures  rougies
Du musée de cire
En habits  d’époque
Transpirent de drame

Comme des bougies
Portées de souvenirs
Et de soliloques
Ramollies aux flammes

Les regards humides
Des célébrités
Aux sourires figés
En bal costumé

N’échangent que du vide
Pour l’éternité,
— Présence obligée,
….  salons enfumés.

Ministres et présidents,
Gouvernants du monde
Côtoient tous, en vrac,
Stars et gens  d’église…

Ramollissent lentement
Aussi bien ils fondent,
Se retrouvent en flaques
Sur la moquette  grise.

RC  –  27  décembre  2012


la dame à la baguette (RC )


gravure-collage: Max Ernst

Il y a toujours

Sur les billets de banque

Des portraits de héros

Sauveurs des nations,

Des princes et des savants

Et quelques faits marquants

Partagés en histoire ,

Légendes  du pays.

Et pourquoi pas bientôt

De super- héros

Ceux des bandes dessinées

Les Mandrakes  et hommes araignée

Qui nous serviraient

De papier monnaie…

Il y a quelquefois

Dans les livres  d’images

Des dames en corsage

Qui mènent à la baguette

Des pensées sauvages

Pas celles qui sont en pot…

Des belles plantes

Le regard pas sage

Le masque coquillage

Au milieu des cascades

Qui vous portent des regards

Légèrement entr’ouverts

A vous inviter

A découper les pages

RC –  2 octobre 2012


Jean Daive – ombres


image:– montage perso

 

Franchis cheveux, nuques, regards. Franchis cerveau comme astre de l’esprit habité.

Le long d’une eau vertébrale, je glissai traversé d’ombres.

 

Jean Daive

in  » 1, 2 de la série non aperçue «


Guillevic – Elégie


peinture: Georges Braque ;  femme de dos                 1907

 

 

 

 

 

 

Élégie

Je t’ai cherchée

Dans tous les regards

Et dans l’absence des regards,
Dans toutes les robes, dans le vent,

Dans toutes les eux qui se sont gardées,

Dans le frôlement des mains,
Dans les couleurs des couchants,

Dans les mêmes violettes,

Dans les ombres sous les hêtres,
Dans mes moments qui ne servaient à rien,

Dans le temps possédé,

Dans l’horreur d’être là,
Dans l’espoir toujours

Que rien n’est sans toi,
Dans la terre qui monte

Pour le baiser définitif,
Dans un tremblement

Où ce n’est pas vrai que tu n’y es pas.

Guillevic              (« Sphère » – éditions Gallimard, 1963)

 

 


Fernand Verhesen – Altéré d’herbe


peinture: Nicolas de Staël

Altéré d’herbe


Altéré d’herbe aux épargnes du large, je renais voilier sur les bords d’aucun monde.
Solitude dans le matin dortoir des immensités.
Espace où se fonde l’errance, et de quelques îles  rêvées se lève un vain désir d’ambre. Lourde patience de l’eau qu’effleure une étoile de sel.
Route des eaux due aux  origines, retour de ce qui fut un jour
. Toute l’ombre de la  terre n’est que léger envol d’écume.
L’oreille veille solidaire  d’un écho.

Seul, le silence à haute voix de la mer se mêle au passage du vent.
La nudité sans rives.
De lointains regards  parcourent en moi la plus longue lumière.

Fernand VERHESEN       « Franchir la nuit »
(Le Cormier)


Eugène Durif, – L’étreinte, le temps 01


Eugène Durif, plus connu pour  sa production de dramaturge,  est aussi l’auteur  de ce texte poétique  que je décompose  en plusieurs parties

 

 

 

 

Le chemin descendait suivant la voie ferrée,

le jardin n’avait pas de limites,

caténaires à fond perdu.

Cela sous le regard,

images abandonnées,

bleu-nuit dans l’absence.

Etait-ce toi près de cette bâtisse

et l’haleine de l’ aube sur tes lèvres,

des caresses échangées furtives


Federico Garcia-Lorca – Désir


Rien que ton coeur brûlant,
Rien d’autre.

Mon paradis: un champ
Sans rossignols
Ni lyres,
Avec une fontaine
Et un filet d’eau vive.

Pas de vent qui éperonne
Les frondaisons
Ni d’étoile qui veuille
Se faire feuille.

image: montage perso: éléphant sous la table aux chardons

Un jour immense
Y serait
Le ver luisant
D’un autre jour
Dans un champ de
Regards brisés.

Lumineux repos
Où tous nos baisers,
Grains de beauté sonores
De l’écho,
Iraient là-bas éclore.

Et ton coeur brûlant,
Rien d’autre.

(Federico Garcia Lorca)