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Articles tagués “René Chabrière

Charles Dobzynski- D’abord d’un arbre


René Chabrière – (base de fromager)
Je suis né juif 
en coup de vent.

Des broussailles s’écartaient 
pour me voir paraître.

Je ne laissais pas de traces 
sur la neige.

En ce temps-là
il n’y avait pas d’étoiles
le ciel était un ventre creux.

Je suis né en apnée 
dans le sommeil du monde.

Des arbres me montraient leur paume 
déjà trouée par la foudre.

Je suis né d’un arbre 
puis d’une feuille 
puis d’une nervure.

De plus en plus minuscule 
j’avais tendance à m’éclipser
infirme dans l’infime.

Mon nom tintait déjà 
comme une clarine 
au cou des chèvres.

Je n’avais pas de langue 
je coulais de source 
j’ourlais ma clairière.



Je est un Juif, roman

nrf Poésie/Gallimard


Charles Dobzynski – Un cheval juif –


René Chabrière – Le cheval jaune (dessin aquarellé) –
Un cheval juif 
ça n’existe pas 
pourtant j’en ai vu un.

Tête noire et crinière blanche 
qui ne s’était pas enfui 
d’une écurie de Chagall.

Cheval aveugle qui pleurait
paupières lourdes
de toutes les larmes du monde.

Hirsute échappé soudain du visible 
peut-être de la Bible 
ou d’une énigme du Zohar.

Il avait fléchi son allure
oublié son galop
et ne portait pour cavalier 
qu’un maigre halo de lune.

Il ressemblait au portrait 
d’un aïeul désolé 
incarcéré dans les fissures

de son image.

Tressaillement des naseaux 
et sous sa robe tremblante 
une douleur insatiable.

La douleur qui est l’azote 
des âmes tombées 
d’un trou de l’ozone.

Le cheval ne se cabrait pas 
face au destin déserté 
il flairait les lointains.

Il humait dans l’herbe rêveuse 
une rosée millénaire 
l’histoire volée en éclats.

Le cheval traverse la nuit 
sans la voir et puis il entre 
dans le jour à son insu

comme on entre dans un miroir.


Je l’enfourchais parfois 
sa tendresse me soulevait 
je le tenais par le mors.

Il me tenait par la mort. 


Je est un Juif, roman

nrf Poésie/ Gallimard


Lionel Ray – Ni rides ni raison –


Peinture René Chabrière

 

       Ni rides ni raison . c’est la foudre aux yeux bleus
       qui éclaire les seuils.

       fragile est son secret : ce nœud léger du souffle
       ces traces de naissance nouvelle ce cri brisé. –

       nous serrons contre nous une cage pareille
       à la fumée – distance qui déchire.

       et nous marchons dans son obscur empire
       vers cette vitre innommable, notre voisine sèche.

       ainsi nous habitons le mouvement des jours :
       l’ombre dans l’ombre va, envol de nul oiseau.

 

Poésie 84
Janvier Février 1984
Revue dirigée par Pierre SEGHERS

 


Les pépins de la pomme – (Susanne Derève)


René Chabrière – Quartier de pomme (Aquarelle)

.

Tu manges les pépins de la pomme

et moi   je les enterre

.

.

avec la poule qui picore

l’agneau de lait

le sabot du cheval

.

.

l’héliotrope et l’éphémère

le rayon de la ruche

le chant des cathédrales

.

.

Je n’emporte  dans ma musette

que ce rêve de toi

que je sème à tous vents  

.

.

un morceau de nid d’hirondelle

et l’œil affolé du faon

ce frisson de feu sous l’échine

sa course fauve à travers champs

.


De poésie et d’eau fraiche – (Susanne Derève)


René Chabrière – Encre et acylique

.

De poésie  d’eau fraiche

et d’une tache sur le mur peinte

aux couleurs du jour

–  de rouge automne –

on vivait

là où le soleil nous débusquait parfois

au coin d’une table de bois

oublieux des heures

mariant les rimes

soudain pressés  de nous frotter

à la douce chaleur de midi,

à sa  tiède  torpeur sur la peau

et de les remettre à plus tard

de se faire chantre de la nuit

car le soleil  griot du jour

se passait bien des mots

.


F-J Temple – Haute plage


René Chabrière – Centaure
                                                    à Richard Aldington

Ombres des vieux soleils couchés

ainsi vont les chevaux sur les rivages

comme des âmes dans la nuit.

.

Tel est le souvenir effacé par les vagues

où le phare debout veille au désert du vent.

.

En ce temps-là familier des centaures

seule une voix parlait dans le palus :

le dieu-butor aux étoiles rêvait

sur un empire aux couronnes de sel.

.

Nous voici désormais condamnés aux mirages

à l’herbe amère des anciens jours.

.

Pâle une lune morte se souvient.

.

.

Foghorn

Editions Grasset


Ce que n’ont pas vu les oiseaux …SD+RC


Entre tilleul et cerisier,
J’ouvre une parenthèse:
mains, peau, émois, éveil, ….

Quelques éclats de soleil
nous caressent à notre insu.

Ce que les oiseaux ont vu,
je ne le dirai pas…

Dirai-je ce qu’ils n’ont pas vu :
la valse tendre de nos doigts
dans l’ombre du feuillage,
les étoffes froissées,

dansant,
ton corps léger , flottant dans l’air,
sous la lumière complice,
baignant le couvert de petites parcelles d’or
que tu n’as pas saisies.

C’est qu’ils n’ont pas surpris
la douce chanson du désir…

L’été s’est installé
dans un soupir…

SD-RC août 2020


Caballero – Susanne Derève


 

fona ona & fd barq -- vert

  René Chabrière – photomontage

 

 

 

 

Te souviens-tu ?

 

En cette  fin d’après-midi d’été

De  l’air brûlant comme une lame

Et sous le cintre des platanes  

Cernée par un muret de pierre                                

La fontaine de marbre usé      

Plaça Constitucio

A Soller             

En Juillet

 

Te souviens-tu ?

 

A l’angle de la Plaça Constitucio

A Soller

En juillet

Les rails du vieux tramway

Filaient droit vers le ciel

Coincés entre les murs chaulés

Les jardins et les  treilles

Et les haies de lauriers.

 

Tombaient déjà sur nous les voiles roses

Du crépuscule

Mais ils filaient tout droit

Vers les derniers arpents du jour

Alors que la nuit nous talonnait déjà                          

Filaient droit vers le ciel

D’un  bleu vert sidéral

Filaient devant  la nuit.

 

Alors  j’ai aperçu le caballero

Chevauchant l’ombre promise.

Je l’ai vu caracolant sur son étalon noir

Une fleur de sang étoilant sa chemise.

 

Là-haut, la gitane aux yeux verts,

Cœur de velours et de cendre

Se penchait au balcon de fer.

 

De sa robe luisait la moire.

Sous  la mantille de dentelle

Sa prunelle de jaspe vert                               

Brillait d’amour pour le rebelle .      

                 

Sous la lune piaffaient les chevaux

Impatients de ravir la belle

Eprise du caballero.

 

Te souviens-tu ?

 

De la Plaça Constitucio

A Soller

En Juillet

Et des rails du vieux tramway

Qui filaient  droit vers le ciel  ?

 

 

 

Mais bien sur

Tu ne l’as pas vu

Tu n’as pas vu le caballero,

Et tu ne l’as pas vue

La gitane aux yeux verts

Tu ne les a pas vus

Caballero.

 

 

 


L’enfer est un jardin de roses – Susanne Derève


 

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   Les roses du Styx René Chabrière   (ce que disent les images )

 

 

 

L’enfer est un jardin de roses aux confins de l’hiver

dont le parfum flétrit entre des portes closes

 

et le regard  s’il ose s’étendre vers la mer

n’y  croise  que les berges obscures des rivières

où le  Cerbère monte la garde

 

L’enfer est un jardin de roses aux épines amères

dont la robe s’étiole aux franges  du désert

 

et  les Parques une à une cueillent les roses noires

pour y fleurir l’enfer

 

 

Toutes Les roses du Styx  de  René,  fleuries,  fanées, en noir

ou en couleur sont à découvrir dans  ce que disent les images 

 

 

 

 

 

 

 


Jean-Claude Pirotte – leçons de solfège


touneur de page

  René Chabrière – Tourneur de pages

 

 

nous avons connu la province

         les volets clos les sourds

appels du soir les parlers lourds

         et les portes qui grincent

 

on croit que ça dure toujours

         cette chanson qui pince

un peu le cœur écho si mince

         et presque sans retour

 

or cette voix comme une neige

au bord tremblant des nuits

c’était celle du doux ennui

       des leçons de solfège

 

 

Veilleurs 

Ajoie

Poésie/ Gallimard