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Cheminement contradictoire – ( RC )


Sorry Giotto is a new LED lighting collection by Italian brand Catellani & Smith. The name refers to the legendary perfect freehand circle drawn by Italian painter Giotto di Bondone in the 14th century. The modern circular objects in question are made from hand painted copper and LED, projecting relaxing warm light on the vertical surface. The collection includes a wall and a floor versions, the latter of which has already scored the ‘Best Floor Light’ award at the Wallpaper Design Awards ...:

 C’est devenu une habitude :
Je supporte mon corps
Apparemment sans effort .
Ses poumons  s’ouvrent  à l’air  extérieur,
Le cœur  est  toujours en lieu sûr,
Et se manifeste par une pulsation,
d’ une évidence, portant à l’oublier.

Le chemin est tout tracé pour le sang :
Il suit son cycle, sans qu’on ait à ouvrir la mécanique,
Ni qu’on la remonte  avec un ressort .
Les muscles  sont  en place,
se contactent  quand  on le leur  demande,

Mais il y a toujours un fossé,
où le corps, dans  sa familiarité ;
voisine l’esprit,
sans intention de lui nuire :
Un décalage au monde,
comme  si la langue  que je pratique,
n’était pas celle des autres .

Un cercle invisible  difficile à franchir,
occupé par les gestes  quotidiens,
âme prisonnière de son destin,
côtoyant les démons intérieurs
qu’elle  souhaite pourtant combattre.

Et où en trouver  l’énergie,
si tous se nourrissent du même  sang,
de l’air que je respire et des mêmes pensées ?
De leur bavardage  continuel,
ils conduisent mes pas :
d’une démarche  qui se veut  assurée,  
dans des intentions contradictoires .

Je connais leur  dialecte,
mais je n’ai pas, pour les comprendre,
la version complète,
chacun empiétant sur l’autre
en une oscillation perpétuelle  .


RC –  sept 2015


Francis Ponge – les plaisirs de la porte


LES PLAISIRS DE LA PORTE

 

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illustration : Kirill Chelushkin

Les rois ne touchent pas aux portes.
Ils ne connaissent pas ce bonheur : pousser devant soi avec douceur ou rudesse
l’un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place,
— tenir dans ses bras une porte.
… Le bonheur d’empoigner au ventre par son nœud de porcelaine
l’un de ces hauts obstacles
d’une pièce ; ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue,
l’œil s’ouvre et le corps tout entier s’accommode à son nouvel appartement.
D’une main amicale il la retient encore, avant de la repousser décidément et s’enclore,
— ce dont le déclic du ressort puissant mais bien huilé agréablement l’assure.

 
Francis PONGE    « Le Parti-pris des Choses >   (Gallimard, 1942)


Oiseau mécanique – ( RC )


 


On dit que tu as tout ce que tu veux
Et un oiseau mécanique merveilleux,
Aux ailes incrustées d’émeraude,
Chante à la place d’un vrai.

Ton oiseau est de couleur verte,
Il est au centre de tes richesses,
Tu ne regardes qu’elles;
Et ne me vois pas.

Tu es fasciné par son chant
Par les reflets des cristaux,
Toutes ces choses précieuses,
Dont l’abondance te cache l’univers.

> Le monde tel qu’il est
Est bien loin de toi;
Tu ne m’entends pas,
Mais seulement le chant de cet oiseau.

Dès que tu ouvres la boîte,
Inscrustée d’ivoire et de nacres
Que tu tournes la clef,
Attendant son tour de piste .

Mais un jour le ressort casse,
La belle mécanique se dérègle,
Le précieux automate reste figé,
Désormais inutile et grotesque.

Tu découvres soudain,
Qu’un vrai rossignol,
Se balance sur une branche,
Face à ta fenêtre.

Libre d’aller et venir,
Il attendait ton réveil,
Et que ton regard se pose sur la nature,
Où les ors et vermeils ne sont pas nécessaires.

On dit que tu as tout ce que tu veux,
Mais les biens matériels ,
Finissent par te masquer la vie.
Ouvre donc la fenêtre.

Il y a un ailleurs,
Qui s’étend loin autour
De ton château.
Tu m’y verras peut-être, maintenant.

Il suffit d’ouvrir ses yeux,
Et ses oreilles, aux rossignols,
Un coeur ouvert aussi
Au reste du monde.

– Librement inspiré du conte  » le rossignol et l’empereur » ( Andersen),
et de la chanson des « Fab Four »:  » And your bird can sing ».

 

 

RC- mai  2014