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Sophie Lagal – Camille


Sorrow by Auguste Rodin was produced by the lost-wax bronze casting method 389260328.jpg

sculpture: A Rodin    – Maryhill museum of Art

 

Camille

 

Tu m’aimes, mon bel amant,

Ma fragile écorce,

                            qui t’implore.

Mon coeur orageux

                            qui te dévore.

Ma joie de t’aimer,

                            encore.

 

A la soie blanche,

je me suis endormie.

A tes caresses savantes,

je me suis abandonnée.

Voluptueuse.

Promesse d’une terre d’exil.

                             Orpheline.

 

Mon bel amant,

Reviendras-tu me lécher de tes étreintes.

Moi, douce colombe blessée

Aux ailes éperdues.

Reviendras-tu me sculpter aux nuits d’été,

déchirant le ciel de nos baisers,

                              défendus

 

 

Mon beau, mon rêve,

J’avalerai ma rage

au ventre dur.

Je t’attendrai,

au marbre, vaincue.

Je sèmerai les fleurs sur le chemin

pour que tu reviennes, brûler l’or de mes mains.

——–

Sophie Lagal, 8 Mars-13 Mars 2013

 


Jacques Borel – la trace


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LA TRACE

 

À qui veux-tu parler ?

Les trottoirs sont déserts,

Un petit soleil mort

Ou le crachat d’hier

Se sèche sur le mur.

O veine de mica,

Tesson, mucus, paupière,

Trace d’une lueur

Absorbée par la pierre,

Ne t’éteins pas encore,

Reste d’un geste humain

Ou souvenir du jour,

Illumine ce peu

D’espace consolable

Où ma vie comme un poing

Serre ses derniers rêves  .

 

extrait de  « sur les murs du temps »


Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Fouad El Etr – Si elle pense


 

Edvard Munch. Femme allongée. Crayon et aquarelle sur paier:

peinture  Edward Munch  –  femme  allongée   aquarelle

 

Si elle pense je l’entends
Si elle bouge mon cœur bat
Si elle rêve j’apparais

Si je bois elle s’enivre
Quand elle est là j’ai soif
Et faim et je suis ivre


Georges Bataille – Il n’est rien que je rêve


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peinture – Tom Wesselman:  » For Sedfre »

 

Douceur de l’eau
rage du vent

éclat de rire de l’étoile
matinée de beau soleil

il n’est rien que je ne rêve
il n’est rien que je ne crie

plus loin que les larmes la mort
plus haut que le fond du ciel

dans l’espace de tes seins


E. E. Cummings – dans le miroir


in the mirror I see a frail

man

dreaming

dreams

dreams in the mirror

e.e. cummings in a mirror

dans le miroir je vois un homme fragile

qui rêve

des rêves

Des rêves dans le miroir

 


Ismaël – la page de Tunis


 »

photo John Finnan

photo John Finnan

la page de Tunis « est extraite  d’une  parution de la revue sic du collectif Dixit

Je n’ai d’autre chevelure, à tresser d’azur. Que celle de la nuit. Tombant, opaque, et malléable, sur le jasmin du mur. Son image. Le miroir n’est pas un miroir. S’il consent à la forme. Et la nuit, n’est pas nuit. Si elle ne tombe, que sur sa propre image. La mort est perpétuelle. Tresser la nuit. Briser le miroir. Ce n’est que faire trembler l’invisible. Ce n’est que chatouiller l’arbre, lorsque le désir du fruit cueille la faim. Déraciner la perpétuation,
en lieu et place, laisser l’inconnu germer. Le seul travail de la terre, qui vaille la peine d’oublier l’horizon.
Je n’ai aucun devoir de mémoire, sauf celui du rêve. Sauf le devoir de verser au sommeil, à boire, à se désaltérer, du nuage. Les nuits sont faites du même rêve exactement de la même manière, que les mers sont faites de la même eau. Le rêve du jour n’est pas un rêve, c’est la négation du rêve.
Peut-être la mémoire du rêve, est-elle le sommeil de l’altérité.
Peut-être que c’est le sommeil qui se meut dans le rêve, non le contraire.
(Démonstration) le v(i)oleur ne veut plus de moi. Un corps (en dé)coule, une inclinaison. Il (dé)laisse ma personne vidée de tout bruit, sur cette pente, ailleurs.(Réponse)Je suis ailleurs
Peut-être que les inconnus que nous croisons en rêve ne sont-ils pas imaginaires, mais qu’ils se sont perdus dans notre sommeil. Ou bien peut-être que c’est nous, qui nous sommes perdus dans leur sommeil, à eux. Peut-être qu’eux aussi nous prennent pour des personnages imaginaires.
Peut-être que l’homme qui a cherché toute sa vie, la femme qu’il a aimée en rêve, savait-il, lui, qu’elle était endormie, comme lui, qu’elle s’était éveillée, aussi. Peut-être espérait-il qu’elle le chercherait, aussi. Et qu’ils finiraient, par se perdre, l’un dans l’éclat, de l’autre.
Peut-être le rêve est-il l’au-delà, du feu.
Je n’ai pas d’étoiles, à éplucher. Elle ne m’a laissé, qu’une ombre, inhabitable, dans la bouche.
Un samedi à minuit et dix minutes.


Natha Boucheré – le Rêve Mutant


 

photo: lézard volant ( draco volans )

 

le Rêve Mutant

 

Protéger, porter le rêve, sans le questionner,
Garder intacts sa fibre et son tissage,
Le voile posé comme un reflet,
Est l’opercule,
Est la transpiration immobile de son mouvement de tresse,
L’attente d’une musique sacrée….

Le ressac des vagues rythme le profond va et vient de la récurrence de nos cycles,
Le nid se creuse, devient refuge
Puis devient coquillage sous l’assaut des marées ;
Son chant est une transcription de tout ce que le silence englobe,
Du respiré des choses
Dont nous avons voulu déflorer les mystères tandis que nous étions en train de perdre l’écoute viscérale…
Pourtant nous en avons gardé la trame, le grain, l’effleurement de la première spirale,
Elle feule, effiloche ses particules le long de nos parois….
Tapisse de son feutré toutes nos absences, nos bulles de mémoires reptiliennes

Approche,
Le murmure est là, il clapote ses vagues sous-jacentes
Internes, souterraines
Source pure
Source froide et si profonde,
De nos mystères autant que de nos fissures

Signer avec le pulsatile de nos marées intérieures…
Maintenir ce va et vient giratoire de fleur sauvage
Translation et contre sens, tous les vents emportés dans un cercle imparfait
Puisque en son cœur le centre sait s’absoudre de toute direction,
Son écho est un courant, un bouquet éclaté d’éclairs luminescents

Et enfin, l’âme se dilate, et,
Distendue, innervée à outrance
Dépose la signature,
Une éraflure, tracée à la pointe de la griffe,
Désossée par cet instant fragile… très vite, une gageure….

Pourtant, le grenat de la sève des hommes,
Quand la perle s’arrondit sur la pulpe de son index
Est un rubis brut,
Un joyau opiacé

L’œil du dragon me regarde….
La pupille arquée

…Je ne sais plus quand le rêve est venu me dire sa prophétie,
J’ai retiré l’opercule et j’ai plongé dans la vision de mes yeux fermés sur son méandre souterrain,

J’ai gouté le salé de mon sang,
Sa soudaine fraîcheur
Née de tous les jaillissements versés par les grands soleils bleus,
Les étoiles multiples,
Le lait du ciel,

J’ai eu le mal de mer, le mal de terre, le mal de vie,
Un besoin intense de me régurgiter dans le feu vorace.
Je sais que seuls l’eau vive, l’œuf du ventre
Et le cendré des dunes sous la lune
Sauront calmer ce déversé déferlement.

Je suis sortie de ma reptation,
J’ai mangé une poignée de sable roux,
Quelques reflets d’argent,
Deux nuages ocellés
Et j’ai regardé au-delà des trois montagnes vomies par les brumes,
Dans cette heure qui n’existe que dans la naissance de la première bulle
Celle qui se pose sur le seuil de la parole,
Percée par le souffle innocent de l’enfant nouveau né,
Et j’ai vu

Plus un mot n’est à dire quand tes ailes se déploient…
Et quand le rêve m’a bue,
Je n’étais déjà plus que son vol assouvi.

 

Illustration: Giger  (  se référant à l'île des morts  d'Arnold Böcklin )

Illustration: Giger ( se référant à l’île des morts d’Arnold Böcklin )

 


Giacomo Leopardi – Le songe


art: F Rops

–         art: Félicien  Rops

 

* LE SONGE – *

C’était le matin, et à travers les volets fermés, par le balcon, le soleil glissait sa première blancheur dans ma chambre sombre, quand, au moment où le sommeil plus léger et plus doux voile les paupières, se dressa à mon côté et me regarda en face le fantôme de celle qui, la première, m’enseigna l’amour, et puis me laissa dans les larmes.

Elle ne me paraissait pas morte, mais triste, et telle que se montrent à nous les malheureux.

Elle approcha sa main de mon front et me dit avec un soupir :
Vis-tu, et gardes-tu quelque souvenir de moi?
— D’où viens-tu et comment es-tu venue, ô chère beauté? répondis-je.
Combien, ah ! combien je t’ai pleurée et te pleure encore ! Je ne croyais pas que tu dusses jamais le savoir, et cela rendait ma douleur plus inconsolable.

Mais vas-tu me quitter une seconde fois?
J’en ai grand’peur.

Maintenant, dis-moi, qu’advint-il ?

Es-tu bien celle d’autrefois?
Et qu’est-ce qui te consume intérieurement? •

— L’oubli embarrasse tes pensées et le sommeil les rend confuses, dit-elle.

Je suis morte, et il y a plusieurs lunes que tu m’as vue pour la dernière fois. »

— A, ces mots, une douleur immense m’oppressa jusqu’au fond de la poitrine.
Elle poursuivit : « Je me suis éteinte dans la fleur des années, alors que la vie est la plus douce, et avant l’âge où le cœur s’assure de la vanité de toute espérance humaine.
Le mortel qui souffre ne doit vivre que peu de temps pour en arriver à désirer celle qui le délivre de tout chagrin ;

mais l’approche de la mort est affreuse pour ceux qui sont jeunes, et c’est une cruelle destinée que celle de l’espérance qui va s’éteindre sous terre.

Il est inutile de savoir ce que la nature cache aux inexpérimentés de la vie,
Qui sait?

Ne voyons-nous pas souvent, en été, tomber les étoiles?

Il y a tant d’étoiles que c’est une petite perte si l’une ou l’autre vient à tomber, alors qu’il en reste des milliers.

Mais il n’y a que cette lune, au firmament, et personne ne l’a jamais vue tomber, si ce n’est en rêve.
(1819)


Patrick Berta-Forgas – Tournée mondiale n° 4


HC002444

La guerre

comme un film en trois démissions

à l’écran sombre du mensonge

: ce pire, des forces …

Il arrivera

de nouveaux mots

pour refaire le calque

de la communion perdue

de la vérité.

Les illusions resserrent le rêve !

Il va pleuvoir

ici et là …

L’alarme du monde

dans la prière

d’une terre lissée

de discours …

La guerre, partout,

en sujet de vie !

Toute la mort

en bordures de fleurs …

Ce printemps

de souvenir,

de mémoire

quand s’aveuglent

les yeux et les coeurs

aux images arrêtées

de la folie.

P BF – mars   2011


Sylvie Durbec – On part de loin


montage perso – juin 2013
montage perso - juin 2013

photo- montage perso

on part de loin
pour arriver à peu de mots
dressés sur la table en guise d’inventaire :
neige fleur viaduc arrosoir
pierre qui sourit chien chat
pays lointain des jardiniers
épaule jeune fille un rat la route
et de ces archipels bâtis sur le sable
on a fait des murs
où inscrire ce qui disparaît
(…)
où habiter avec neige et vent

du recueil   » Ici rêve ailleurs »

  • texte  auquel j’ai  répondu à ma façon avec:

.

Ce n’était pas la peine,
de longer les années,
de lire tous ces livres,
d’exercer cette mémoire,
à en perdre le goût du jour,
et la caresse du vent du large,
pour                   ( dira-t-on )
écrire deux ou trois strophes
avec           si peu de mots .

On en oublie les récits,
les grands succès de librairie,
placés en tête de gondole,
pour se contenter
de quelques lignes,
>      qui se jouent
de l’épaisseur des pages,
et dialoguent dans les marges,
et même entre les mots.

Juste ce qu’il faut,
pour que résonnent
les archipels du silence,
la lente croissance des plantes,
la lumière posée sur un mur,
l’ombre de l’absente,
le coeur qui s’aventure
si l’on que l’on fait sienne
l’écriture du poème …

RC – fev 2016


François Corvol – mythologie 5


auteur non identifié

auteur non identifié

 

 

 

 

 

J’ai rêvé tant de vies dont tu n’as pas idée
je les ai toutes vécues je les ai toutes senties
j’en porte la trace et le bruit, les nuits
ne suffisent pas pour me remémorer
nul besoin de vivre dépareillé
de vivre loin d’oublier je les retiens
comme d’autres une cage dans la main
J’en ai rêvé tant dont tu n’as pas idée
et parmi toutes ces vies une seule
une seule m’est inconnue
celle-là qui te contient
elle n’est plus mon rêve mais le tien
celle-là même où tu remues


Vision nocturne – ( RC )


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peinture  H Füssli-

 

 

Le sommeil a ses reflets,
Le miroir en effet,
De l’armoire à glace,
Située en face
Me regarde dormir,
Et si je ne peux  décrire,

La traversée des secrets,
Et les rêves de craie,
Se dessinent à grands traits,
Racines -pièges, sorties des forêts
Et l’invasion des limaces,
Ne tenant plus en place.

C’est à mon réveil,
Seulement, que le soleil,
Repousse les ombres,
–  Que la nuit encombre…

 

… Quand  elle  revient ,        elle  se penche,
Et au-dessus de moi,   de ses formes blanches,
Sitôt la lumière éteinte,
Je retrouve  l’étreinte
Des femmes sorties des nénufars,
Aux longs membres blafards…

Les pensées tanguent, parallèles,
Eléphants aux pattes grêles,
Aux parcours du dormeur,
Sous les draps, sa tiédeur…
Ou, au contraire, prisonniers de la glace
Les yeux ternis des rapaces

Le balancier régulateur,
Défiant la pesée des heures,
Où se joue le complot,
Extrait du tableau.
>   Il n’y a plus de trêve,
Si l’absence s’empare du rêve.

RC  – 13 septembre  2013


Un état poétique – ( RC )… écho à Cesare Pavese


photo:           extraite des   « temps Modernes  »   C Chaplin

Dès l’instant où l’auteur tourne sa tête,

Diverge le quotidien, dans ce qu’il a de commun,

Et répétitif,

Des occupations « terrestres »….

Le regard change de place.

La pensée ricoche sur d’autres,

( celles des autres aussi )

Et remplace la normalité, par une envolée

–  Plus belle – je ne saurai le dire-

Mais davantage libérée,

( si libérée est le terme),

des occupations de la vie,

Pour laisser place

Aux émotions,            dites

En métaphores,

Enracinées à la fois

Dans la vie et le rêve,

Une manière d’être.

( un état poétique),

Comme on dirait « un état fébrile »

Qu’il lui faut traverser.

De sa plume – seule ? –

En tout cas par l’esprit,

Ouvert à des éclairages,

Qui lui sont encore , inconnus.

 

RC- septembre 2013

—-

en écho à ce qu’écrivait C Pavese:

16 avril 1940

Il doit être important qu’un jeune homme toujours occupé à étudier, à tourner des pages, à se tirer les yeux, ait fait sa grande poésie sur les moments où il allait sur le balcon, sous le bosquet, sur la colline ou dans un champ tout vert. (Silvia latini, Vie solitaire, Souvenirs) La poésie naît non de l’our life’s work, de la normalité de nos occupations mais des instants où nous levons la tête et où nous découvrons avec stupeur la vie. (La normalité, elle aussi, devient poésie quand elle se fait contemplation, c’est-à-dire quand elle cesse d’être normalité et devient prodige.)

On comprend par là pourquoi l’adolescence est grande matière à poésie. Elle nous apparaît à nous — hommes — comme un instant où nous n’avions pas encore baissé la tête sur nos occupations.

20 février

La poésie est non un sens mais un état, non une compréhension mais un être.

extrait du « Métier de vivre « 

 


Claude Esteban – Récit


image - collage perso

                image – collage perso

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Récit

Voilà que je reprends tout
par le début comme
s’il me fallait une fois de plus
traverser le silence
et c’est d’abord beaucoup
de bruit dans la tête
sans doute les restes d’un vieux rêve
que je ne parviens pas
à séparer de moi et c’est encore
la menace d’un cri toujours
plus loin sur la route et les pierres
(…)


La mort à distance, chez © Gallimard 2007,


Esther Tellermann – pour sérier l’absence


Christophe Gonnet - land-art

Christophe Gonnet – land-art

 

Je le fis
neige hospitalière
craquelures
jardins lavés
d’Europe
reste d’un chant ancien.
Je le fis
association de l’air
sillon qui n’ensevelit

dépose dans sa force.

Là j’ai croisé
Les eaux musicales.
Brumes enveloppaient   nos promenades
Nous étions
rameurs    nous
promenions l’archet
sur les mondes creux
devenus plus légers
nous maintenions le rêve
nous nous fîmes
pluie
pour sérier l’absence.

 

Esther Tellermann

 


Luis Mizon – Caresse-moi de tes doigts


Caresse-moi de tes doigts

Toi qui récoltes les algues

Approche tes mains

Je veux respirer ton rêve

(Poèmes d’eau et de lumière)


Yahia Lababidi – A quoi rêvent les animaux ?


peinture:     Franz Marc  -  renards  1913-14

peinture: Franz Marc –  agneau 1913-14

A quoi  rêvent les animaux   ?

Est-ce qu’ils rêvent de vies passées et de rêves non vécus
indiciblement humains ou incroyablement bestiaux ?

Ont-ils du mal à attraper dans leur sommeil
ce qui est trop glissant pour les doigts de la journée ?

Est-ce que leurs subtiles allusions nocturnes peuvent éclairer leurs heures sans rêves ?

Sont-ils hantés par les spectres de regret
visitent-ils leurs morts dans une somnolente gratitude ?

Ou sont-ils revisités par leurs crimes
transcrits en hiéroglyphes alléchants ?

Ont-ils retracé les grandes lignes de leurs blessures
ou le rêve d’une mutation, à la place ?

Ont-ils tiré sur des noeuds obstinés
de désirs inassimilables et de disputes contrariées ?

Y at-il de l’émoi, des bouleversements, ou de la rébellion
qu’ils éprouvent contre leur personne ou leur destin ?

Sont-ils libérés de forces et faiblesses particulières
au cheval, au cerf, à l’oiseau, à la chèvre, au serpent, à l’agneau ou au lion ?

Sont-ils jamais ni animaux, ni humains
mais créature et être ?

Ont-ils des moments sacrés de compréhension de leur entité dans leur essence même ?

Est-ce se rendent compte,d’une existence plus complète
soulagée du fardeau de la veille ?

Est-ce qu’ils soupçonnent, avec les poètes, que tout ce que nous voyons ou en a la ressemblance n’est qu’un rêve dans un rêve ?

Ou est-ce simplement une petite mort
un petit goût de néant,  qui se rassemble dans leur bouche ?

————-

peinture: Franz Marc  -  singe  1912

peinture: Franz Marc – singe        1912

What do animals dream?

Do they dream of past lives and unlived dreams

unspeakably human or unimaginably bestial?

Do they struggle to catch in their slumber

what is too slippery for the fingers of day?

Are there subtle nocturnal intimations

to illuminate their undreaming hours?

Are they haunted by specters of regret

do they visit their dead in drowsy gratitude?

Or are they revisited by their crimes

transcribed in tantalizing hieroglyphs?

Do they retrace the outline of their wounds

or dream of transformation, instead?

Do they tug at obstinate knots

of inassimilable longings and thwarted strivings?

Are there agitations, upheavals, or mutinies

against their perceived selves or fate?

Are they free of strengths and weaknesses peculiar

to horse, deer, bird, goat, snake, lamb or lion?

Are they ever neither animal nor human

but creature and Being?

Do they have holy moments of understanding

in the very essence of their entity?

Do they experience their existence more fully

relieved of the burden of wakefulness?

Do they suspect, with poets, that all we see or seem

is but a dream within a dream?

Or is it merely a small dying

a little taste of nothingness that gathers in their mouths?

peinture: Franz Marc:  le  rêve  1912

peinture: Franz Marc:            le rêve         1912

Yahia Lababidi is the author of a collection of aphorisms, Signposts to Elsewhere (Jane Street Press) selected for ‘Books of the Year, 2008′ by The Independent (UK) and the critically-acclaimed essay collection, Trial by Ink: From Nietzsche to Belly Dancing. His latest work is the new poetry collection, Fever Dreams.

texte traduit par mes soins…

on peut trouver  bien d’autres  textes intéressants  en langue anglaise, et parfois la langue  d’origine,  sur le site the thepoetry


Marie-Claire Bancquart – Absence


     3753922655_476de2a7d5_oAbsence

volume: Martin Puryear

 

 

Un sourd qui essaierait de toucher la musique

S’interrogeant

Avec ses doigts

Sur la courbe des notes

L’absence coeur déteint

La table même a l’air fragile

Dans les rêves vient une horloge

Qui broute du brouillard                                                          

Inhabitable

Le corps où dépareille

Un sang que l’on croyait jumeau d’un autre

On aimerait tuer l’espace.

 


Paul Vincensini – le rêve


photo- Benoît Pype:          provenance

Le Rêve
Au bout du chemin
Une feuille verte
Rêvait à un lapin
Les rêves ça nourrit parfois
Mais pas toujours ceux qui rêvent.

« Archives du vent », 1980

——

U sonniu
In fini à u chjassu
Una cascia verda
Sunniaia à un cunnigliu
I sonnianurriscini di i volti
Ma micca sempri quiddi chi sunnieghjani

 

Au sukjet de Benôit Pype, Frédérique de Gravelaine,  nous précise, dans  son article, que ses « Géographies transitoires » découpent des plans de ville dans des feuilles de plantes. Poétique transcription de territoires imaginaires, éphémères et bousculés par le temps, qui y fabrique des reliefs inattendus.

 

 


Château les rêves , alphabets de pierre ( RC )


Chateau de St Julien du Tournel – Lozere,           photo Sinopis 2008,via Picasa

Un château de rêve

Suspendu dans la brume

Navigue lentement

Lourd volatile au milieu des aigles

Alphabet de pierres

Assoiffées de l’onde

Les cristaux du poème.

Les peintures de Magritte

Chimériques

Echappées des rocs

Issues de l’esprit

Comme vagabondent

De l’âme et du monde

Mots en fantaisie.

Château des esprits

Vaisseau des écrits

Traversent les obstacles

Annulent les distances

Comme les ailes frôlent

De leurs plumes,            paroles,

Et les tours rondes   des songes.

peinture: René Magritte: le château des Pyrénnées

peinture: René Magritte: le château des Pyrénnées

Comment créer vraiment

Ce qui n’est pas encore

Et lui donner corps ?

Corps à penser, corps à rire,

Coeur à corps et à cris…

Même si c’est murmures

Aux furies du vent…

Château des écrits

D’édifices fragiles,

Cristaux de papier,

Traversent aussi le temps,

Espaces et nations,

Vertiges et vestiges,

Siècles et révolutions.

Une vue de l’esprit ?

Aux déserts,      mirages,

Qui persistent     et signent

En ouvrant paupières,

Même en coeur  de nuit noire,

….Au trente-sixième dessous,

Le rêve n’est pas dissous.

RC – 29 mai 2013

L’expression  « Alphabet de pierres »  est issue  d’un des poèmes  de Henri-Etienne Dayssol, auteur  de « Voxpoesi »,- plus exactement  l’expression « alphabets des pierres », nous rappelle-t-il… et qui anime le site poétique – du même nom…


Le rêve efface la logique ( RC )


peinture  Giorgio de Chirico

peinture    Giorgio de Chirico

Les trains  n’arrivent pas à l’heure
Au rebrousse-sommeil du dormeur
Ce sont les images  élastiques
Qui proposent leur ombre gratuite

Piquetées  d’étoiles folles,
Emballées, sans  frein, en course-poursuite
Au-dessus  des boules de pins-parasol
Flottant à quelque distance de la terre

Ouvrent leur grande bouche et leurs dents en or
A avaler le ciel et ses grands mystères
Le jour qui dépasse et dort encore
Je regarde mon rêve, et reste coi.

Ainsi, dans ma tête se multiplient les fleurs.
Question.
Pourquoi, la rose est-elle sans pourquoi ?
Allons vite chercher médecins et docteurs

Même au repos, les pensées font des bulles,
N’obéissant pas aux mathématiques,
Ni à aucun calcul
Le rêve  efface la logique.

RC –  27 mars 2013

 

 


Luis Cernuda – langue étrangère


photo:   F’kir Eldercake

 

 

LANGUE ETRANGERE.. (.Extrait )

« Il ne disait mot
Il approchait solitaire d’un corps qui interrogeait
Ignorant que le désir est une interrogation
Dont la réponse n’existe pas,
Une feuille dont la branche n’existe pas,
Un monde dont le ciel n’existe pas.

L’angoisse se fraye un passage entre les os
Remonte par les veines
Et vient éclore dans la peau,
Jaillissement de rêves faits chair
Interrogeant à nouveau les nuages.

Un frôlement qui passe,
Un regard fugace entre les ombres,
Suffisent pour que le corps s’ouvre en deux
Avide de recevoir en lui-même
Un autre corps qui rêve ;
Demi et demi, songe et songe, chair et chair,
Egales en forme, en amour, en désir.

Même si ce n’est qu’un espoir
Car le désir est une question dont nul ne sait la réponse. »

 

 

Luis Cernuda.

 

 


Astrid Waliszek – Tu dors ?


Tu dors ?

Les mots ricochent et se perdent dans la nuit
– Tu dors ? elle dit, puis se lève
chercher l’écho d’un sourire sous la pluie
se souvenir d’un petit bout de rêve
Imagine – cette fin serait un début
On dirait qu’on ne s’est pas connus
Entre hier et demain elle est nue
Ne sait pas, ne sait plus
C’est encore loin, demain ?
L’aujourd’hui tremble dans ses mains
A retenir ce qui n’est déjà plus
Les souliers à la main, elle s’enfuit
Court rejoindre un autre lit.
Une autre ombre est là, muette – Tu dors ?

Astrid Waliszek ©

© Chapala Dmitry
on peut retrouver les beaux textes  de Astrid Waliszek, sur le blog « les égarés »,  dont la visite est fortement conseillée…

Michel Hubert – Hypothèse de craie –



Plus au sud du rêve
ah pas qu’un soleil plus au sud du rêve :
certes
rien n’est si simple
aussi simple
que la géométrie bleue
d’un ciel andalou
c’est d’Arcos a Ronda pourtant

dans la Serrania

que l’homme sculpté

dans les troncs d’oliviers

se tord en ombre

des mille scolioses du sud

 

– extrait de  « hypothèse de craie »  – captif de l’homme