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Jacques Ancet – la brûlure


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La Brûlure – – extrait

C’est dis-tu ce qu’on appelle le présent
ce qui toujours nous suit toujours nous précède
on voudrait dire cette chose sans corps
mais qui fume des corps
et ils flottent tournent comme des feuilles
qui un instant s’enflamment
brûlent puis s’éteignent et d’autres leur succèdent
dans l’immobile jaillir que nul ne voit
puisqu’il est dans nos yeux nos bouches nos gestes
qui le font être ce mouvement d’eau vive
lui donnent cette existence qu’il n’a pas
alors d’un bouquet d’éclairs naît la lumière
d’une grappe d’éclats la lenteur du jour
les images où nous croyons toucher la vie
la forme rassurante de chaque chose
ton visage et mon visage qui s’approchent
confondent dans la même ombre leur profil
tout ce qui dure le temps d’un bref regard
on l’habite peut-être une main se pose
on entend une phrase voilà la neige
ferme la porte et déjà on ne sait plus
quand ni où puisque cela n’a pas d’histoire
il y a seulement la même stupeur derrière la vitre
une blancheur sans mots
les pas qui se perdent sous le réverbère
sur le seuil la déchirure de l’espace
et la voix qui répète voilà la neige
et tout le paysage qui nous regarde
c’est tout cela qu’on voudrait dire
ce rien où toujours tout ne cesse de commencer
alors je dis je sais que c’est une image
tu me brûles
parce que c’est comme du feu entre nous
même si vraiment rien ne brûle
si c’est plutôt parfois comme la fraîcheur
avec ton rire d’un éclat d’eau
le clair de ton visage qui vient
et c’est encore ce qui nous recommence
nous fait remonter la pente du désastre
encore la vie au milieu de la mort
la pierre se délite le tronc pourrit
le corps se décompose et l’air reste seul en silence
comme pour veiller l’absence
et pourtant on marche au-devant du matin
comme si on ne devait jamais mourir
puisqu’on est là
les mouettes crient le froid fume
sur les lèvres les doigts touchent le métal d’une clé
la forme humide d’une rampe
comme si oui c’était la première fois
tu me brûles
il y a dans le petit jour
venue d’une porte entrouverte
une odeur de café frais
j’avance dans la lumière à ta rencontre
je traverse une rue
son fracas à cinq heures pour te rejoindre
j’ai toutes les raisons de désespérer
mais tu es là tu souris
bonjour dis-tu.

 

Jacques Ancet,       La brûlure (Lettres Vives, 2002)


Parcours nocturne sans lune ( RC )


 

Si, d’une nuit  sans lune,

Tu descends à pas de loup,

L’escalier de bois,

Dont tu sais chaque marche,

Comme autant de pièges,

Celles qui gémissent,

Ou dont les têtes de clous se rebellent,

D’autres qui jointoient mal…

 

Cette étape franchie, c’est le couloir  qu’encombre,

La découpe dans le sombre,

De la vieille armoire,

Encore un peu plus noire,

Et, suspendus à côté,

L’amas des habits d’hiver,

Comme autant de dépouilles,

Sur leur crochet de fer,

.. Présences enveloppées du passé,

Echarpes et manteaux entassés.

 

C’est à droite la cuisine,

Son carrelage froid,

La coupe de mandarine,

Sur la table en bois,

Attendant sans bruit,

A côté de quelques livres,

La fin de la nuit.

 

Vois-tu les fleurs de givre,

Eclairées par derrière,

De la présence immobile,

Du seul réverbère ?

——-  Il est minuit pile..

photo         Lionel Feininger

RC –  27 juin 2013


On n’invente plus la pluie (c)- ( RC )


photo perso : Klaipeda,       Lithuanie        2011

 

 

On n’invente plus la pluie,
Les gouttes d’eau se ressemblent,
Et lentement arrosent
Les propriétés privées.

Sous un ciel de suie,
Les orages se rassemblent,
Et désignent, moroses,
Les quartiers, lessivés.

Les avenues droites
Sous leurs réverbères
Courant vers le ventre
D’un corps allongé

Vers une vie étroite,
Buildings, coeur de pierre,
La banlieue ,autour du centre
Dans les ombres , plongée…


Loyan, Dorian Ferret – Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement


du dossier de la photographie européenne: auteur non identifié

Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement

 

De la  section cyclades-cyclamen  de Loyan

 

 

Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement sous la blancheur de la nuit extérieure

je ne sais plus lire les étoiles

des lumières avancent clignotantes dans un ciel vers lequel on n’érige plus d’observatoire et où tous les amas seraient nommés

j’ai perdu l’être primordial sous le jaune des réverbères et de leur végétation

je ne serai plus jamais ces tronçons et lignes, fortune de terre

rien n’est jamais lié à toi

« Mes mains, je les imagine me pendant à la branche d’un arbre, après m’être enfoncé dans un bois »

voilà où m’a conduit l’énergie froide de la re-naissance

 

 

 

 

22 novembre 2004

 

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