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Samira Negrouche – Illusion


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Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

( extrait de L’heure injuste )


Il ne pleut plus sur Nantes – ( RC )


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photo Nouvel Obs

 

 

Il ne pleut pas sur Nantes aujourd’hui .
   La ville a encore son teint blafard,
à peine sortie de la nuit,
et j’écoute Gaspard
( de la nuit ).

Il ne pleut pas en amour,
après un lent détour.
Des pas perdus à la gare,
s’égarent et s’emmêlent ,
[— les notes d’ « Ondine » de Maurice Ravel  ].

Ta lettre a dû croiser la mienne,
Je regarde les néons à travers les persiennes,
Il y a         ces notes fluides sur le piano,
… non…      pas de pluie nous dit la météo
          ( pour demain c’est plus incertain ).

J’ai traversé la lumière blanche ,
pensé à la dame en noir,
            Barbara en robe du soir ,
Vingt-cinq rue de la Grange au Loup
les habits du dimanche,

En amour,       on ne dit plus toujours,
L’aigle noir surveillait mon retour,
mais je suis venu trop tard :
       le jardin de pierres,
m’attendait, solitaire …

Les dernières notes de Ravel,
avaient un goût de sel .
        Il ne pleut plus sur Nantes .
Je n’y étais jamais venu :
( un parfait inconnu

dans une ville étrangère ) ,
Nantes,       je ne sais qu’y faire
Avant de revenir à la gare,
Témoin de naufrage ,
——– un tout dernier rivage

Avant l’amer.


RC – sept 2017


Mike Stern – la marche du danseur


spectacle de Lucinda Childs

 

 

La marche du danseur
J’adore voir un danseur marcher
sur une surface ordinaire
hors scène et hors service
Gracieux même quand il pousse un caddy
le corps spontanément
devient si détendu si léger
que la pesante loi de gravité
semble n’être qu’une rumeur
La terre tourne sous les pieds du danseur
La lune et autres satellites
ajustent leurs orbites
Tout cherche sa place de nuit
Le danseur, de retour chez lui,
coupe des tomates en tranches et fait frire des oignons
debout dans la cuisine
comme un héron faisant une pause entre le rivage
et le soleil couchant.

 


Pentti Holappa – depuis le rivage


 

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Depuis le rivage
Semant ses bienfaits un nuage vole puis un aigle,     messager.
Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage et la fin de l’aigle
et le dernier cri sont une suffisante genèse.
Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,
et les lumières de l’Ouest
ne recouvrent pas l’homme qui regarde.
Seul jusqu’au destin du rivage résonne
le chant de ceux qui s’en vont :
Adieu, étranger aux visages enfouis.

( Le fils de la terre 1953)


Christian Hubin – L’auréole veuve


vue  bord fra  arch -0662.JPG

De l’horizon arrive la division en perles, l’intelligence inhumée.

L’auréole veuve, le glas dans la base opaque du soleil.
A ceux que son rivage éveille, l’eau de la nuit rappelle que rien n’est achevé.
Au bord de la mer, elle-même face à elle, à sa fin réfléchie.
Qu’est-ce qui revient avec les vagues ?
Qu’avons-nous fait pour à ce point avoir oublié, n’être plus ?
Bulles blanches qui s’envolent de la roche tabulaire.
L’éponge de l’air, les stries dans la lumière totalisante.


A pertes de vues – ( RC )


010309_0775_0028_nsls.jpg

– Qui connaît le milieu
d’une mer ? : elle se referme sur mes yeux,

>           Je n’en situe pas le centre,
ni ce qui les hante…
bien étanches à des sensations…
autres que celle du glissement de l’eau..
C’est peut-être que ceux-ci deviennent poissons,
et se cachent comme ils peuvent sous les flots,
en fuyant mon visage,
( comme si j’écrivais :  fuyant le rivage… )
La peau en serait la surface,
Elle se ramollit et s’efface,

On n’en saisit plus          les bords
Les yeux fuient bien plus au nord :
On voit bien qu’ils plongent
à mesure que les jours s’allongent,
et le regard se fait plus flou,
en échappant aux remous,
et aux mouvements de l’onde :
>         on dirait qu’ils fondent

ils se dissolvent dans le liquide
en délaissant les rides
accrochées aux paupières :
il y a de moins en moins de lumière
quand on s’écarte du soleil :
>       C’est la porte du sommeil :
Plus rien ne les anime,
au plus profond de l’abîme:

l’eau ruisselle et glisse,
mais sur une face,         désormais lisse :
il n’est pas sûr qu’ils émergent de l’océan :
désormais perdus dans le néant:
Il n’y a plus d’ailleurs
que pour le regard intérieur
comme s’il s’en était allé
dans une immensité d’eau salée…

C’est ainsi que du lointain se dilue
ce que l’on imagine  » à pertes de vues « .

RC – fev 2016


Samira Negrouche – Illusion


sculpture          Manuel Neri        -Palm Springs Museum

 

 

 

 

Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

(L’heure injuste page 86)

 


Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012


Else Lasker-Schüler – Toi seul


dessin perso - 2000

 

 

 

 

TOI SEUL
Dans sa ceinture de nuages, Le ciel porte le croissant de lune.
Sous l’image en faucille ,  Je veux reposer dans ta main.
Toujours il me faut suivre la tempête, Je suis mer sans rivage.
Mais depuis que tu quêtes mes coquillages Mon coeur scintille.
Il repose tout au fond de moi, Ensorcelé.
Peut-être mon amour est-il le monde
Il bat
Et ne cherche que toi seul –
Comment donc t’appeler ,

 
NUR DICH
Der Himmel trägt im Wolkengürtel Den gebogenen Mond.
Unter dem Sichelbild Will ich in deiner Hand ruhn.
Immer muss ich wie der Sturm will, Bin ein Meer ohne Strand.
Aber seit du meine Muscheln suchst, Leuchtet mein Herz.
Das liegt auf meinem Grund Verzaubert.
Vielleicht ist mein Herz die Welt,
Pocht –
Und sucht nur noch dich –
Wie soll ich dich rufen ?

 


Cesare Pavese – Paysage VIII


Cesare Pavese – Paysage VIII

 

Les souvenirs commencent vers le soir

sous l’haleine du vent à dresser leur visage

et à écouter la voix du fleuve.

 

Dans le noir

l’eau ressemble aux mortes années.

 

Dans le silence obscur un murmure s’élève

où passent des voix et des rires lointains ;

 

Bruissement qu’accompagne une vaine couleur

de soleil, de rivages et de regards limpides.

 

Un été de voix. Chaque visage enferme

pareil à un fruit mûr une saveur passée.

 

photo personnelle, givre breton, 2008

Les regards qui émergent conservent un goût d’herbes

et de choses imprégnées de soleil sur la plage

le soir.

Ils conservent une haleine marine.

Comme une mer nocturne est cette ombre incertaine

de fièvres et de frissons anciens, que le ciel frôle à peine ;

chaque soir, elle revient.

 

Les voix mortes

ressemblent à cette mer se brisant en ressacs.