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Des rivières si profondes – ( RC ) – haïku


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Les rivières si profondes,
tes yeux transparents,
la lune s’y reflète .


Frédéric Clément – la légende


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monument aux morts de Bergues (59)

 

 

C’est un mas solitaire au fond d’un val oublié

Sur un chemin de pierre qui court au long des pans de rochers

On dit que des rivières essaient encore de chanter

Dessous les tapis de lierre. On dit : « Le temps a dû s’arrêter

Un jour de misère

Que tonnaient, tonnaient, tonnaient les canons de guerre »

On dit

Qu’à l’ombre un peu légère que fait encore un laurier

Au creux d’un lit de bruyère, une fille alla s’allonger

On dit que vint l’hiver sans qu’elle ait pu détourner

Les yeux du chemin de pierre que de la neige allait effacer

On dit d’elle encore

Qu’aux nuits de pleine lune elle s’en revient des morts

Saluez les ailes élimées du vent qui se mêle à nos champs

 

Sally est revenue chez les vivants souffler la chandelle aux amants

Saluez les ailes élimées du vent mais fermez l’oreille à son chant

Sally est revenue, Sally est le vent qui tourne et tourne et tourne et…

 

On dit qu’un célibataire natif du bourg d’à côté

S’en vient les nuits de lumière dans le bel habit d’un officier

Le nez levé en l’air, la main posée sur l’épée

Qu’avait dû porter son père, ou bien le père de son père, qui sait ?

Au temps de misère

Où tonnaient, tonnaient, tonnaient les canons de guerre

On dit

Qu’à l’ombre un peu légère que fait encore le laurier

On en vit deux cents naguère… Mais l’amour n’est plus ce qu’il était

Moi qui n’ai, pauvre erre, pas plus d’épi que d’épée

Je vais au mas des mystères dès que mon cœur est triste à pleurer

Et je sais alors

Qu’aux nuits de pleine lune elle s’en revient des morts

Saluez les ailes élimées du vent qui se mêle à nos champs

 

Sally est revenue chez les vivants souffler la chandelle aux amants

Saluez les ailes élimées du vent mais fermez l’oreille à son chant

Sally est revenue, Sally est le vent qui tourne et tourne et tourne et…

 

C’est un mas solitaire au fond d’un val oublié

Sur un chemin de pierre qui court au long des pans de rochers

On dit que des rivières essaient encore de chanter

Dessous les tapis de lierre.

On dit :

« Le temps a dû s’arrêter… »


Des nuages avalant des montagnes – ( RC )


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C’est une soif,
immense,          inextinguible,
Elle ferait se vider les lacs ,
assécher les rivières,
si tu étais ce géant,
décrit dans tant de légendes .

Mais      il y a plus fort que toi :
on peut voir couramment
des nuages
avaler des montagnes .

 

RC –   mars 2018


Gertrud Kolmar – Blason de Beckhum


Ficheiro:Blason La Rivière-de-Corps.svg

Dans le rouge trois rivières d‘argent coulant à l’oblique

Allongée je dormais,
Cuite dans une pâte moite de terre ourse,
Profondément, si bien.
Des rubans de racines ornementaient ma nuque.

Allongée je songeais.
À ma bouche s’effritait la croûte brune.
Arriva un homme.
Il entoura ma pierre de lianes d’aristoloche.

L’aristoloche à siphons
Je la regardais depuis des paupières scellées.
Elle appelait vers moi
Agitant feuille douce : je ne pouvais répondre.

Je gisais dans le pain,
Et ceux qu’il nourrissait vinrent pour me manger ;
Car j’étais morte,
Cela m’apparut, longtemps je l’avais oublié.

Ma paire d’yeux :
Deux moignons de bougies consumées friables.
Ma souple chevelure :
Mixture de boue et fouillis de plantes marécageuses.

Lumière du langage :
La souris fouisseuse place son nid dans ma gorge.
Je ne la dérange pas. –
Une coulée blanche scintille depuis mon âme,

Elle plonge se ruant
Pour arroser la fleur verte de la tombe
Et se divise en trois
Pour irriguer de grands royaumes rouges.

La triple rivière s’enfonce.
Je suinte laminée chuchotante, disparaissant.
Mes restes sont bus
par une merlette et par l’aristoloche.

Source : Gertrud Kolmar : Preußische Wappen, Berlin 1934. Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.

 

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Des étoiles miniatures – ( RC )


Et la nuit s’étend partout,
sur les collines, les rivières,
les forêts et les déserts.

Je m’étends sur le sol.
Les herbes devant moi
oscillent dans la fraîcheur du matin,
à peine visibles dans le ciel de velours noir.
Il y a toujours des astres qui scintillent
et dansent dans leur feu d’artifice.

Elles semblent soudain si proches,
qu’on pourrait les croire à portée de main.
D’ailleurs en voila qui zigzaguent,

dans une trajectoire imprévue
et clignotent en dansant .
Ce sont des lucioles,
comme des étoiles miniatures,
dont la lumière se dissout peu à peu
avec l’arrivée de l’aube.


RC – mai 2017


Ara Babaian – Les visages apparaissent dans la nuit comme des prières


peinture: Isabelle Levenez

              peinture: Isabelle Levenez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les visages apparaissent dans la nuit comme des prières,
avec des hymnes gravés sur leur front,
et comme les rivières l’ont fait,  la terre l’a fait,
ce siècle est de les noyer,
les plier dans des pages non lues de l’histoire.
Avril est rempli de sons du printemps
et la voix des duduks sur le sable.
Je ne peux pas enterrer le passé tranquille,
Ainsi, chaque année j’écris au printemps,
lorsque le sang saigne des fleurs.

Ara Babaian: [Faces appear at night like prayers]

Click to hear the audio clip of Faces appear at night like prayers

read by Lola Koundakjian.

Faces appear at night like prayers,
with hymns etched upon their foreheads,
and as rivers did, as land did,
this century is drowning them,
folding them into history’s unread pages.
April is full of the sounds of spring
and the voice of duduks on the sand.
I can’t bury the quieted past,
so every year I write in spring,
when blood bleeds from flowers.

 

du site de la poésie  arménienne,           traduction perso.

 

 


Ara Babaian – des visages apparaissent dans la nuit comme une prière


poésie  arménienne: Ara Babaian:  dont  j’ai  légèrement modifié  la traduction pour mieux l’adapter  – selon moi –  au sens

Cliquer pour écouter le clip audio de visages apparaissent dans la nuit comme une prière lue par Lola Koundakjian.

peinture  Ake Göransson

peinture Ake Göransson

 

 

La nuit des visages viennent

aux apparences de prières
avec des hymnes à leur front
et comme, les rivières, avant,
comme la terre,
notre siècle
les noie, les insère aux pages
d’histoire qu’on ne lit jamais
Avril résonne de printemps
du son des flutes sur la grève
je ne peux pas enterrer
le passé qu’on a fait taire
alors j’écris chaque printemps
lorsque les fleurs
perdent leur sang
Ara Babaian
traduit par Sylvie M. Miller

 

 


Cycle des gouttes recommencées ( RC )


photo    confluent Rhône & Saône  du site

A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé

Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,

En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin

Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,

Enracinés d’un apparent immobile,

Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées

Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.

 

On remet de couvert,         pour des années dansées,

A l’égard de temps,     pour nous,        recommencés.

Mais en se posant un peu,         la tête sur les épaules,

Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…

La Saône a conservé sa couleur olive,

Et le Rhône le bleu-vert ,                  au long cours,

Lorsqu’ils se rencontrent en noces             liquides.

 

Rien ne semble changé,   les enfants jouent toujours au parc

Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,

Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant

Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle

A l’ombre des saules…

On aurait pourtant pensé,       filmée en accéléré,

Que l’éternité se déroulait,          recommencée,

 

Comme deux gouttes d’eau,                       dit-on

Poursuivant leur cycle

Au delà des saisons.

 

 

RC    – 5 mars  2013


Le Petit Prince, et la musique du monde ( RC )


 

C’est, extrait du livre de l’enfance,

Le Petit Prince, qui met le pied

Sur une frêle planète,

 

On y entend, si on écoute, une brise

Qui chante dans les arbres, la vie

loin de avions qui passent

 

 Et la caresse chaude des jours de l’été.

Le Petit Prince progresse, il ne lui faut pas longtemps

Pour faire le tour de la terre, et passer le gué

 

Des îles aux continents, sans se mouiller les pieds.

Il s’interroge avec insistance, sur la forme des montagnes,

Le silence blanc des déserts, l’aventure des rivières

 

La succession des villes, et des maisons jouets

Sagement alignées, le long des routes,

Et les supermarchés,sont une grande attraction.

 

S’il veut dessiner des moutons, demander son chemin,

Il n’obtient pas de réponse, car on ne le comprend pas,

Déjà les hommes ne se comprennent pas d’une région à une autre

 

Et se barricadent chez eux, derrière des frontières,

Mais au-delà des murs on entend de la musique

Qui passe sans rien dire

 

Comme le vol des colombes

Sur la frêle planète

On entend, si on l’écoute,

 

Tout de l’amour, et des langages, sans paroles.

Elle ne disait rien, et finit par tout nous dire.

RC- 18 octobre 2012


Francis Dannemark – Autrement dit, l’amour


peinture nature morte hollandais du XVIIè siècle-  fruits et champignons   -Wydeveld

 

 

Autrement dit, l’amour
pour F.

Il y a,
il y a des jours de raisins doux, de pommes d’or,
de quoi faire taire notre vieille soif.
Et l’eau qui court, torrents, rivières,
court sous la peau, enrobe nos cœurs, calme nos doigts.
Rien ne manque, rien n’est mieux,
et quand la nuit vient, elle affiche pour nous deux
un jeu complet d’étoiles.

Il y a des jours de fruits amers,
quand les pépins écrasés
nous blessent un peu la langue,
nous font former des mots moins beaux.

Il y a des jours de courte paille
où trois fois l’on tire la plus courte.
Les enfants sont un peu trop loin
pour qu’on entende leurs rires
et le chien qui murmure des rêves moroses
semble ne plus nous reconnaître.

Il y a des jours où tu m’aimes,
des jours où tu m’aimes bien.

Ainsi nous avançons, nous souvenant
et oubliant, marée haute, marée plate,
que le bonheur est un mélange

et que jamais il ne ressemble
ni tout à fait à ce que nous croyons
ni à lui-même,

 


A la mer retirée (RC)


A la mer retirée…

 

Comme si on avait tiré un drap de dessous

La mer s’est retirée à regrets des plateaux

 

Basculé petit à petit, sans faire de remous

En laissant des îles comme des grumeaux

 

L’eau qui portait sa patience

La grande patience d’un ressac renouvelé

 

L’eau nourricière des bancs de poissons denses

A glissé sur le dos d’un pays soulevé

 

A  laissé exsangue les plateaux dénudés

A la chaleur  d’août, sans couverts, la poussière

 

La caillasse , la bourbe des abandonnés

Et  le sinueux des premières rivières

 

Je vois aussi les stupides bancs de sable

Que ne marque plus la plage et ses parasols

 

Mais le sel incandescent sans terre arable

La rectitude  d’un horizon sans heurts ni sol

 

En parcours géographique  si c’est  d’Aral

La mer, ou plutôt son souvenir rétréci

 

 

 

 

Les carcasses penchées des bateaux de métal

Disent  qu’il y a plus d’ailleurs  qu’ici

 

Le vent les tourmente et les habite

La rouille multiplie son cancer

 

De ces bâtiments en fort gîte

Qu’ ont connu l’eau avant le désert

 

Les embruns, les mouettes et les orages

Les vagues porteuses, et les algues

 

Mais aujourd’hui sont en paysage

Aussi incongrues  que des chouettes

 

Au milieu d’un repas  d’anniversaire.

Ces anciens navires en partie désossés

 

Marquent en sinistre l’avancée somnifère

D’une léthargie gluante aux ailes affaissées

 

Aux  herbes vénéneuses,          qui s’insèrent

D’un péril sournois                    nous envahit

 

Même ,     de ces forteresses et châteaux de fer

L’image  d’une vie qui file et trahit.

 

Causse de Sauveterre, -- vers le col de Montmirat   --- Lozère  -- photo personnelle

Ce texte  créé le 25 octobre 2011  ,  est en quelque  sorte une prolongation du « heurt des ombres fait silence », écrit 5 mois plus tôt….

puisque , des grands plateaux calcaires,  du Larzac au Sauveterre,  c’est  bien de çà dont il s’agit,  d’une mer qui a tout laissé  « en plan »

 

voir aussi « feuilleter le recueil des causses » ( mai 2013)

 

Photo personnelle;  Causse de Sauveterre,  vers Montmirat  ( Lozère)