voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “Robert Piccamiglio

Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )


Robert Piccamiglio – Je rentre au cabaret


 

Packgause

 

Yuri Laptev

 


Je rentre au cabaret
mater des vieux travestis
qui crient comme des singes
échappés d’une cuisine

Je croise en sortant
un gros bébé
qui a dans la tête
une caisse enregistreuse
noire et vide
la combinaison est compliquée

Ensuite je me retrouve
sur le trottoir
en train de chercher
à quatre pattes
mon laisser-passer
pour rentrer chez moi

J’ai la tête comme un bunker
quand dedans
ça se met à tirer
de tous les côtés
à la fois

Enfin je me relève
me coince dans la bouche
une cigarette parfumée
et importée de Thaïlande
je vois alors le ciel
qui avance et qui vole
plus vite

que les supersoniques
et puis la cigarette
s’éteint très vite
le matin rentre vite fait
son dentier dans sa bouche

Je descends dans ma tête
le store métallique
je ne fais pas de bruit
ce n ‘est pas plus compliqué
que ça.

 

( Poème affiche )


Robert Piccamiglio – la petite forêt à crédit


Résultat de recherche d'images pour "pissarro route louveciennes"peinture:    Camille Pissarro ;        la route de Louveciennes         1871

 

j’avais acheté

une forêt entière

à crédit

une petite forêt

avec seulement un seul chemin

pour la traverser

je croyais

que les arbres

ça parlait mieux

que les hommes

parce que moi

je n’avais personne

à qui parler

je me suis appuyé

contre eux

en posant ma tête

contre leurs troncs

rien

pas un seul de ces arbres

ne répondait

entre eux

ils devaient bien se parler

se dire des trucs

d’hommes ou d’arbres

avec moi

rien ne sortait

Alors j’ai acheté

une tronçonneuse

j’ai coupé tous les arbres

barré le chemin

regardé le ciel

une dernière fois

et j’ai posé la lame

contre ma gorge

 

extrait   de  « le jour, la nuit, ou le  contraire »

ed Jacques Bremond


Robert Piccamiglio – Epervier


JJ Audubon

JJ Audubon

 

Epervier

Je me jette depuis le sommet
d’une montagne
habillé d’un costard blanc
trop grand pour moi
je me transforme
en épervier.
Je me mets alors à voler
haut fier et libre
et je balance
quelques ‘ clins d’œil
aux avions supersoniques
qui traversent le ciel
sans jamais se retourner.
La nuit aussi je vole
je visite en coupant
par le milieu des nuages
lourds épais et gris
des horizons endormis
pendant que d’autres s’éveillent
je tourne tout autour
de la terre et du ciel
je fais comme si maintenant
j’étais devenu immortel
comme l’Ange silencieux
appuyé contre le mur.
Plus besoin de dormir
plus besoin de manger non plus
encore moins de rêver
juste regarder mes ailes
s’ouvrir se fermer
se déployer dans le sens
contraire du vent
de la pluie des saisons
et de la mort.

extrait  du « baiser de la Toussaint »         ed Jacques Bremond

 

 

 

JJ Audubon

 


Refaire ses premiers pas ( RC )


peinture; Francesco del Cossa - Triomphe de  Vénus  - détail

peinture;        Francesco del Cossa –     Triomphe de Vénus –      détail

Avec l’impression de ne plus savoir rien faire.
Etat stationnaire.
J’ai dans l’esprit, les bruits et saveurs de la rue.
Et la nuit des fourmis, trottent menu.

Je voisine  la nuit et la fatigue,
et les fantômes du matin, qui se liguent,
Ou combattent mon existence.
Le doute de soi , avancer avec méfiance,

Et se posent, et les jours  s’engluent….
Il est toujours un inconnu
Qui chante le même  refrain
En me demandant le chemin,

En équilibre sur le hasard
Parfois à la sortie du bar.
Se hasarder dans le monde
Funambule des ères vagabondes

Fil à couper  les largeurs
S’étirer au fil des heures;
…..Ce qu’il faut de vouloir …
Pour franchir,   l’obscurité du couloir  !

Les équivalences des saisons
Qu’on lit encore, sans comparaisons;
Si encore, tout est étal
…Que l’on poivre ou on sale

A sentir la différence
Je dirais  –         convalescence,
Et refaire ses premiers pas
Sur un chemin étroit —–

S’il faut quitter               le chant des ruines
Distinguer            son reflet dans une vitrine,
Je suis sans doute        sous influence
Celle même , d’une naissance…

Au seuil de nouvelles portes,
Ces autres sensations, qui se heurtent
Et ces nouveaux premiers pas,
– …  Me rapprochent peu à peu de toi

RC-  26 janvier 2013

en relation avec un extrait de  « on a affaire à l’existence » …  de Robert Piccamiglio, dont on sait,

par mes articles précédents, notamment les extraits de « Midlands », mon attachement.

8/ Plein d’images

Je laisse venir plein d’images dans ma tête. La petite vitrine du cerveau est toujours bien propre. Nettoyée chaque matin au lever et le soir au coucher. Parfois tour de même, il faut bien l’avouer malgré la transparence, c’est difficile de voir à travers la petite vitrine. Toujours la pluie. Toujours novembre qui file des coups de balai répétés sur le paysage tout en équinoxes et qui fabrique tranquille des équivalences et des saisons. Le ciel est un voisin souriant ainsi que la tête en délicatesse avec la nuit et la fatigue. Dormir les yeux ouverts pour laisser entrer quelques rêves qui font la part belle au hasard que je n’arrête pas de transformer en destin. Encore à me dire que tout est déjà écrit par avance et qu’on ne fait que suivre le mouvement des jours, bons ou mauvais. Les images s’impriment dans la tête. Mécanique compliquée et évidente tout à la fois. Comme pour les femmes qu’on quitte et celles que plus tard on aime pour ce qu’elles portent gracieusement dans. leurs ventres et dans leurs yeux dénudés où la beauté s’aventure.


Robert Piccamiglio – Midlands – 06 – Plus tard ( 02 )


peinture:                Valerio Adami:            La nuit étoilée

 

 

 

 

 

L’argile du cœur broyé par l’indifférence. La peur. La haine.

Aux pieds des frénésies du pouvoir toujours en marche.

Ce pouvoir je l’ai senti

sur les scènes du monde entier.

Je n’étais alors ni le troupeau

ni l’infime sillon. ni le berger anonyme.

J’étais comme cette terre riche de feu. Fusion éternelle. Longue course vers l’infini.

J’étais le ciel heurtant les saisons. L’amant.

La maîtresse habillée de gestes vifs. Insoumise.

J’étais ce fils

que je n’ai pas connu.

Ce Cavalier maintenant égaré.

J’étais cette tille que je n’ai pas eu. Cette Reine oubliée. Cette Fée d’éternité.

Le pouvoir je l’ai senti comme la rivière charriant le sang.

Puis le fleuve emportant les cadavres d’où venait le sang.

Je restais immobile.

Triomphant.

A l’image de ces volatiles

qui Jamais ne se posent.

Qu’importe la saison. .

L’odeur de l’herbe ou de la pluie.

Jamais ils ne suspendent leur vol.

Même les blés accueillant. Ou l’arbre tendant ses bras aux douceurs zénithales ne leur font refermer leurs ailes.

Midlands  est publié  aux  éditions Jacques  Bremond,              qui utilisent  très souvent  du papier  recyclé  « artisanal »….


L’art et notre conscience, au musée (RC)


installation; Joseph Kosuth | Critique | Du phénomène de la bibiothèque | Paris 3e

 

 

L’art au musée

 

Puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît , et sur l’art ,et,en dévotion.

Avec le sublime, avec le précieux,  avec l’unique…

Nous sommes toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un peu de culture.

Et cette  culture  qu’on additionne  contre nous-même,  contre la nôtre, contre celle de tous les jours.

Celle  qu’on ne voit pas, car justement en dehors de l’enceinte sacrée…

On naît domestique et soumis à la dévotion officielle, et si on n’y prend pas garde on meurt pareil, en ayant négligé le vivant autour de nous.

Qui porte autant de valeur,       ——–  parce que vivant, ———  justement.

 

librement inspiré  du texte  de Robert Piccamiglio, cité plus  bas  « dévotion »  extrait  de  « on a affaire  à l’existence »  ( Robert Piccamiglio  , qui a fait l’objet de plusieurs parutions  de ma part, notamment « Midlands »   voir  par  exemple  l’« épisode  3 », )

et qui figure aussi  dans   « A la Dérive »-  voir  le blog  très renseigné  de Anne-Françoise  ‘ de seuil en seuil’

 

—   (  à noter  que  l’image  de l’installation de J Kosuth choisie  ( critique  du phénomène  de la bibliothèque ) , relatée par cet article  de 2006,

reprend presque parallèlement les gestes  de Marcel Duchamp, ( les  ready-made )

sauf  que celui-ci  critiquait l’institution du musée,  un siècle plus tôt )…  (Cherchez la nouveauté  avec les  conceptuels)…

RC- le 3 mars 2012

 

—-

Dévotion

 

de dévotion puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît en dévotion. Avec Dieu, avec les hommes,

femmes et les musées. Toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un petit pardon. La dévotion d’une guerre qu’on mène contre nous-mêmes, ça coûte cher. C’est calibré dans nos têtes. On naît domestique et si on n’y prend pas garde on meurt pareil.

 


Robert Piccamiglio – Midlands 05 Plus tard


photographie - Marc Riboud

 

PLUS TARD

Plus tard dans le tumulte glacé
de cette nuit je me suis souvenu de l’exaltation
infinie qui grondait en moi.

Elle venait se perdre
comme autant de germes hautes et fragiles
autour d’une cité faite d’incroyables
et féroces remparts.
Le pouvoir.

Comme une rivière bondissante charriant le sang.
Plus tard dans la nuit
j’ai revu le fleuve charriant les morts
d’où venait le sang.

Avec le ciel au-dessus l’amant rompu. Avec la terre en bas maîtresse incandescente. douloureuse, attentive.

Le monde n’étant lui-même que soumis à la dérision grandissante du pouvoir.

A la rivière d’abord puis au fleuve tout entier.
L’homme ne devenant qu’un infime sillon tracé par d’autres avant lui. Stupéfait.

Le pouvoir triomphant toujours. Perçant chaque fois un peu plus la faiblesse de l’argile entourant le cœur engouffré dans le cœur de l’homme.

Le troupeau suivant le troupeau le berger, étrange inconnu.

Nous marchons ainsi jusqu’à l’épuisement

Parcourant autant de vies que de morsures.

Avec pour nous accompagner nous le troupeau puis la machine cet animal creusant son trou protégeant son territoire.

 

 

 

 

en accompagnement, cette  belle photo de Marc Riboud, qui est sans  doute  l’un des photo-journalisme que je vénère le plus.


Robert Piccamiglio – roman japonais


photographie : Steven Cook

 

 

 

Un autre  des  « poème-affiche » de l’écrivain et dramaturge Robert Piccamiglio

—————

Elle se baigne
avec dans les mains
un roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel

Et quand sa tête
est sous la surface de l’eau
le roman japonais la suit
et s’inquiète de savoir
quand elle va remonter
pour continuer à caresser
ses pages

Ensuite le roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel
lui passe sa sortie de bain
et essaye au passage
de toucher une partie
de son corps très blanc

Alors la jeune femme
une fois de plus déchire
une page de son roman japonais
qui s’en va rejoindre
dans la poubelle sous le lavabo
une de ses serviettes hygiéniques
parfumée à l’encre de chine
bleu comme le ciel

 

 

— à découvrir  aussi  ( lire ou relire), les  extraits  précédents  de  « Midlands »  et Smith & Wesson:


Robert Piccamiglio – Smith & Wesson


peinture-serigraphie: Andy Warhol – Dracula

Je viens de me faire deux meurtres

au Smith et Wesson calibre 35

Trois balles chacun dans la tête

de la cervelle plein les murs

des petits os plein le parquet

 

Ensuite je prends les corps

je les enveloppe dans le tapis

j’attache le tout

avec la ficelle qui sert à tirer

les rideaux du salon

J’oublie pas non plus d’effacer

mes empreintes

de tirer la chasse d’eau

du cabinet de toilette

après avoir essuyé le parquet

avec des serviettes en papier

 

Ensuite je redescends les escaliers

les deux meurtres

c’était au deuxième

que çà se passait

Je repasse devant la loge de la concierge

je lui décroche un vache de sourire

en soulevant mon chapeau

 

Arrivé à ce stade de l’histoire

je me dis que moi aussi

pourquoi pas dans le fond

n’écrirai-je pas des romans

policiers pour faire du fric

et rouler dans de chouettes

bagnoles décapotables

avec sur le siège de gauche

une poule super vison de chez Cardin

négligemment posé sur l’épaule

 

Alors je reprends tout

comme Chase au début

je viens de me faire deux meurtres

au Smith et Wesson calibre 35

de la cervelle partout

des morceaux d’os pareil

éparpillés sur le parquet


Robert Piccamglio – Midlands – 04


 

photo - Lozere en hiver

 

 

 

 

 

Et que les cruautés

se figent à jamais de glace

sur le bord des berges

où courent ces prairies d’eau

et de fines herbes qu’il nous faudra

encore fouler de nos pas.

 

Non ! Pas l’échec.

Mais l’espérance il le faut

avant que ne vienne la douce torpeur

du matin.

 

Chassant ainsi les étoiles de la nuit

d’abord nautiques.

Puis triste poussière

au milieu des coïncidences

faisant renaître la vie

a l’orée des marées

et des crépuscules.

 

Photo: Andy Goldsworthy - refuge d'art ( Chapelle Ste Madeleine), environs de Digne ( 04)


Robert Piccamiglio – Midlands – 03


En poursuivant le partage  d’extraits  du livre du poète Robert Piccamiglio,  et le souffle  de son récit épopée…  ( noter  que, comme  moi, R Piccamiglio – le savoyard -, apprécie  l’esprit particulier  des récits de Richard Brautigan,,  dont j’ai publié  il y a une  semaine  un extrait…

RP, dont  j’ai  déja publié  des textes   ici...   et     LA

 

 

 

Puissant, fier,  Indestructible.

Tranchant à même l’absurde de la vie

et de la terre qui s’étonne de nous

 

Puis s’étale d’elle-même

dans les saisons

garnissant l’impitoyable silence.

 

Mais  que reste-t-il à raconter

Et surtout à qui ?

 

Même ces murs je les sens  si faibles

accrochés désespérément à la triste couleur du papier.

D’une terre sans racine,

D’une branche innombrable, Multiple, sans écorce.

 

D’une  écorce sans nourriture

pour se fixer au tronc moelleux de l’arbre

A  notre image

Puisque nous nous ressemblons L’arbre,l’écorce, l’homme

Partageant toutes ces paroles oubliées.

 

Avec cet argile si faible

entourant le coeur.

 

Comme la tristesse du papier

entoure les murs assoupis de la chambre

_ Ouvre-moi tes bras !

 

Dis-moi je t’en prie quelle histoire

de vie ou de mort , s ‘il me reste à raconter.

Et que tous les échecs passés ne soient plus que triomphe au seuil de l’impitoyable course.

 

Une nuit. !   Une seule nuit d’espérance

 

NB: R Piccamiglio est l’auteurs de nombreux  récits, poèmes, romans, pièces  de théâtre…

Midlands,  dont sont  extraits les textes  présentés,  est publié  par les  éditions Jacques  Bremond ( à Remoulins,  Gard)


Robert Piccamiglio – Midlands – 02


peinture: D Velasquez - Mercure & Argus - détail droit.

Mais je n’aime pas les adieux. Et nous avions si peu de choses à nous dire.-

— Dis-moi ! ‘ Est-ce si loin? Combien de temps déjà?

Combien de temps pour oublier? Combien de naissances à venir qui font tinter ces écorces et ces sirènes attachées à la vie ?

Nu d’abord. Puis habillé.

Puis nu à nouveau.

Comme jamais nous l’avons été.

Alors que me reste-t-il à regarder ?

A surprendre dans cette cruelle litanie  »

sans fin qu’est l’oubli.

—— Combien de temps dis-moi ! —

Qui pourrait répondre à l’oubli ? Les murs ? Le plafond ? Le lavabo ? Cette eau qui a tant lavé ?

L’oubli !

Et moi-même n’ai-je pas tant oublié ?

L’ombre des arbres qui tendent leurs bras vers le soleil.

Les maigreurs du printemps. La pluie tiède de l’été.

Le ciel raisonnable au bord de l’hiver anatomique.

L’oubli !

Mais quelle-porte a été ouverte franchie puis refermée ?

Avec ce cœur solitaire qui nous donne à penser

que l’on pourra encore aimer et être aimé à nouveau d’espérance

.

Triomphant ainsi de l’absurde

et de cette solitude insolente que nous portons sur nous

comme un habit de cérémonie.

L’oubli !

Avant que la terre dont nous venons ne reprenne ce qu’elle a donné.

 

——

une bibliographie ?  celle  de Robert Piccamiglio..   voir  cette page...

 


Robert Piccamiglio – Midlands – 01


J’apprécie beaucoup les textes  de Robert Piccamiglio;  Poète, il est aussi l’auteur  de romans  et pièces  de théâtre…

Son grand  récit  « Midlands », fait écho  – hommage, à son père, mineur…

en voici un court extrait…   (  j’ai fait attention à respecter  les  retours de ligne).

peinture: Tentation de St Antoine - Jerome Bosch

 

———

Le matin quand je suis parti

Peggy dormait encore.

Ou faisait-elle seulement semblant ?

Mais quelle importance !

elle avait su se montrer si aimante

malgré la tristesse de ses yeux.

Avant de quitter la chambre une main sur la poignée’ de la porte j’ai fait un signe amical aux poissons multicolores enfermés dans l’aquarium.

Toujours en mouvement. Nageant silencieusement. Sans but.

Mais pourquoi dans le fond faudrait-il toujours chercher un but?

De Denvers nous avions filé dès le lendemain vers le Texas. Houston.. La ville près du désert.

De la fenêtre de l’hôtel je l’apercevais au loin. Charnel. Immobile. Mystérieux.

Avec ces dunes déployées

comme des ailes battant d’une mesure millénaire les promesses de l’horizon.

J’ai fermé les yeux

et j’ai pensé à des épaules dénudées

de femmes.

Ces femmes que nous avons cru aimer.

Ou était-ce nous-mêmes que nous cherchions

à aimer un peu plus à travers elles ?

Le matin la fille est sortie la première de la chambre. Je devais dormir. Ou je faisais seulement semblant