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Linda Maria Baros – La maison en lames de rasoir (extrait) –


Safet Zec – Chemise –

 

Si le linteau de la porte te tranche la tête,
c’est mauvais signe

Je suis née dans la gamelle de la neuvième décennie,
au temps où la maison n’était qu’un mur.
Je viens vers vous du pays des aveugles.
Il y a longtemps, mon œil gauche a coulé
sur les boutons de ma chemise.
Ça fait sept ans que je marche, mon œil droit
dans ma paume droite.
Chez nous, les borgnes faisaient la loi.
Moi, j’ai quitté le pays de l’enfance,
où je pleurais cachée dans le débarras,
sous le lavabo.

Mais j’ai oublié ces histoires qui polissaient
naguère la fausse monnaie de mon délire.
Je ne vous dis qu’une chose : j’y suis arrivée, me voilà.

 

 

La clé fumait dans la porte

Défaire le nœud de la porte n’est pas chose facile.
Faire bouger, même avec un mot,
son bras raide de balance, ses frontières,
remuer le sel qui a poussé à l’entour,
entre les dalles,
comme des pigeons qui s’élèvent
des anciennes tourbières.

(Oh, ça se comprend,
ce sont les pigeons noueux des murs,
tournés à l’envers comme des gants, immobiles.)

Devant la porte, tu dois trouver la tranquillité.
(La petite clé qui pend autour du cou
et que les enfants ont l’habitude de perdre si souvent;
la petite clé à l’aide de laquelle
tu les faisais revenir à la maison.)

Reprendre haleine. Entendre claquer
à l’horizon le bec mécanique de la nuit.

Et te souvenir du loquet cassé. Des marches
qui disaient jadis du bien de toi.
De la clé qui fumait dans la porte.

 

LA MAISON EN LAMES DE RASOIR
CHEYNE ÉDITEUR
 
http://www.lindamariabaros.fr/poemes_de_Linda_Maria_Baros.html  

 


Susanne Derève – Supplique à Madeleine –


Festival Voix vives de Méditerranée – Sète 2021

                                                                           En écoutant Valeriu Stancu * … 

 

 

Une langue inconnue me parle de la mort

des fleurs  et de l’attente

 

Le vent se tait dans les bougainvillées

 

J’écoute sans  comprendre

la voix qui roule son timbre de rocaille

franchit les lèvres et sonne clair

à l’ombre du clocher

 

me dit que la poésie est  musique

chant

sous l’aisselle douce des pierres

sous l’aile du vautour

 

contrechant , 

mauve pénombre   pâleur

des  porcelaines où flétrissent les roses 

dans la fade obscurité des chambres

 

pauvre vie qui s’étiole

et qu’égrènent les mots, tendre supplique  

 à Madeleine        

 

 

* Valériu Stancu :
Né le 27 août 1950, à Iassy (Roumanie), Valeriu Stancu est écrivain, journaliste, éditeur et traducteur.
Traduit en plus de vingt langues, il est l’un des auteurs roumains contemporains les plus lus. De nombreux prix littéraires accompagnent son cheminement littéraire.
Ses recueils de poésie les plus récents : Miroirs du sommeil (Éd.L’arbre à paroles, Amay, Belgique, 2010); Autorretrato con maldición (Mantis Editores, Guadalajara, Mexico, 2013) ; Clameurs du vent (Éd.Ecrits des forges, Québec, 2015) ; Nella porpora dell’ombra (Casa Editrice EdiLet Roma, Italia, 2018) ; Im Purpur des Schattens, Gedichtsammlung (Dionysos Verlag, Boppard, Germania,traductions Christian W. Schenk, 2020) ; Ballade de mon ami le bourreau (Editions Maïa, Paris, France, avec une préface de Sylvestre Clancier, président de l’Académie Mallarmé, 2020) ; Krivovjerje za anonimnog Borgesa (Litteris, Zagreb, Croatia, 2020).

 

 
 
 
 

Valeriu Stancu – Dans le violet de l’ombre –


Hans-Hartung-T-1964-R8-12

.

Seul un cri a été
emprisonné dans les épines

juste un pas,
la blessure d’un seul pas
vers l’abîme de mon propre être

juste un reflet
enveloppé dans le violet de l’ombre

seulement une âme
pour la souffrance

juste la charge d’un vol
pour l’aiguille des minutes de l’aile

juste un verset
que je n’ai pas encore écrit

un seul mort
un seul mort….

.

. Festival international de poésie de Medellin 2021

Valeriu Stancu est  né à Iasi, en Roumanie, le 27 août 1950. Il est poète, conteur, essayiste, traducteur, journaliste et enseignant. Diplômé de l’Université Alexandru Ioan Cuza, il s’est spécialisé en Littérature à la Faculté des Arts. Il est membre de l’Union des écrivains et traducteurs et de la Société des journalistes en Roumanie. Depuis 1997, il est directeur de la maison d’édition Crónica et rédacteur en chef de la revue littéraire du même nom. Son travail a été traduit dans une vingtaine de langues et a remporté de nombreux prix importants.