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Salah Al Hamdani – Lanceur de cailloux


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À force d’espérer te revoir je vais reconquérir ton aube
Je vais ramasser les dattes gorgées de balles
et la main pleine

ne sacrifier à ta lumière

Aux nuits de l’exil
je vais jeter un pont de regrets sur le fleuve
et ensemencer les clos  .


Salah Al Hamdani – Sagesse sur le coeur


 

 

 

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Premier pas .
lorsque les souvenirs se dissipent dans l’absurdité de l’éloignement,
et que les saisons d’autrefois n’ont rien dire…     pas d’affolement
c’est le cœur qui prendra en charge de souffler l’âme
de la vie du passé le plus reculé.

Deuxième pas
Quand on ne trouve plus l’amour en imagination
il faut laisser le cœur imposer à l’esprit sa conduite.


Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


Image associée

Avant l’Euphrate    il y avait un horizon
qui guidait le nomade
une larme au-dessus d’une dune
une averse sur les falaises
une grêle d’enfance
une lumière qui inondait l’argile

L’Euphrate est ma mère
et je le reconnais comme on enjambe son matin
pour un tatouage de soleil
sur un palmier
dans une vieille cour.


Salah Al Hamdani – Rencontre


 

peinture: P Picasso: Fernande à la mantille noire, 1905-06

 

Le corps de la lune
Bondit à cette heure
encore une fois
par-dessus la tempête des guerres passées
et scande mon regret de ne plus revoir ton châle
suspendu aux années de l’exil

Ton châle mère…
Mère… regarde-moi !

 

( extrait de « Bagdad mon amour » )


Salah Al Hamdani – Centré


 

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À genoux
Oui
à genoux dans la cruauté calme du jour
et cette absurdité sans limite
Marche, marche pauvre type
jusqu’à l’extrémité de l’ombre
et rejoins tes rêves
ensevelis sous la lenteur ridicule de leurs nuits

Laisse tes souvenirs à la traîne
l’éblouissement d’un quai désert
et au-delà
emprunte la courbe de ton exil

La gloire du couchant est là
sans écho
esseulée sur le lit de l’étranger
comme un appel de la falaise  .

 

 

( extrait du recueil  –   « Rebâtir les jours «   : ed Br Doucey )


Salah Al Hamdani – Rêve fossoyeur


photo d’actualités – Syrie provenance – le télégramme.com

 

Aux victimes du tyran en Syrie

 

Un coucher de soleil froid

sur le seuil d’un jour vibrant

le ciel ensanglanté

comme un nuage épais qui s’effrite à l’infini

et la crainte de mon propre destin

Devenir un arbre

ma tête à la renverse

et l’horizon des hommes là-bas

La lumière dans mon crâne comme un souffle

accent sur mon visage

Je me suis enfin échappé

et le rien ballotte au bord de mon matin

morceau de lune

Dans ma cellule étroite

chaque nuit

l’Euphrate me rend visite

Il y glisse délibérément

un écho de l’enfance

Sa voix pénètre le bruit de l’eau profonde

comme une lamentation

ainsi que l’innocence du jour orphelin

et ce frisson sublime

Je suis un détenu pour moi-même

mémoire dans cette cellule

Soudain je déplie ma voix

et une lourde obscurité

de gorge fracturée

emplie de mots coagulés

perle de ma bouche

Entre l’éveil et les sacrifiés de la Syrie

le silence des lâches et les saisons abasourdies

saisissent mon cœur

Leurs coups pleuvent sur mon visage

je les vois en rêve

Ils laissent des traces de sang le long de mon matin

et des chevaux coupés au jarret

peints sur la face du jour

Je suis un accusé

ligoté dans l’arène de ce monde

face à des questions sans lendemain

Et voici mon exil

Il reçoit votre révolte

Et le ciel

un témoin

suspendu au-dessus de ma tête

creuse loin dans le temps

Je crains la panique de l’âge

ainsi que l’humiliation de la rivière

le mystère

et l’ailleurs qui meurt au pied du mur

J’étais dans le sommeil. Je voyais les veines de vos morts toucher mon visage, ma poitrine, mon dos, mes jambes et mes bras. Alors, calmement, j’ai compté ces vaisseaux qui pénètrent la peau et la pensée, et vont s’écraser finalement contre un rêve

Rêve fossoyeur

odeur d’herbe fraîche autour de mes sueurs froides

épine d’un souvenir informe

dans une obscurité polie

Ne faut-il pas se réveiller en sursaut

pour ôter l’épée du corps du sacrifiés ?

 

 

Poème publié dans l’anthologie permanente de la revue « Les Cahiers du Sens 2012«  (page 103)

cf   » ce qu’il reste  de lumière »

 

 

 


Salah Al Hamdani – Seul le vieux tapis fleurissait le sol


image: montage perso

 

 

Seul le vieux tapis fleurissait le sol

La maison avait changé d’adresse
ma photo avait changé de place
la table avait été pliée derrière la porte
la chaise de mon père, aussi,
seul le vieux tapis fleurissait le sol

 

Je t’ai trouvée enfin
dans un jardin nu
avec ton grand châle noir
l’esprit en dérive
enfilée dans tes prières
l’âge cousu sur le visage

J’ai cru serrer un palmier agonisant
Puis dans mes bras,
j’ai reconnu ma mère.

 

 

 

Salah Al Hamdani – ( Irak)

2004 (« Poèmes de Bagdad »,)