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Gema Gorga – Le livre des procès-verbaux – ( 39 )


image graphique numérique  création perso

                          image graphique numérique       – création perso

 

39.

L’inertie est une étrange propriété de la matière. Quand tu pars, par exemple, l’air conserve la chaleur du corps pendant un moment, tout comme le sable conserve pendant la nuit la tiédeur triste du soleil. Quand tu pars, pour prendre le même exemple, mes mains conservent le souvenir de la caresse quoiqu’il n’y ait plus de peau à caresser, simplement le squelette du souvenir qui se décompose dans le vide de l’escalier. Quand tu pars tu laisses encore un toi invisible attaché aux plus petites choses : peut-être un cheveu sur la taie d’oreiller, un regard enfoui dans les bretelles du désir, une trace de salive aux commissures du divan, une molécule de tendresse dans le bac à douche. Ce n’est pas difficile de te trouver : l’amour me sert de loupe.
La inèrcia és una estranya propietat de la matèria. Quan marxes,
per exemple, l’aire conserva l’escalfor del teu cos durant una
estona, així com la sorra guarda tota la nit la tebior trista del sol.
Quan marxes, per continuar amb el mateix exemple, les meves
mans persisteixen en la carícia, malgrat que ja no hi ha pell per
acariciar, només la carcanada del record descomponent-se al buit
de l’escala. Quan marxes, deixes enrere un tu invisible adherit a
les coses més petites: potser un cabell a la coixinera, una mirada
que s’ha entortolligat amb els tirants del desig, una crosteta de
saliva a les comissures del sofà, una molècula de tendresa al plat
de la dutxa. No és difícil trobar-te: l’amor em fa de lupa.

Murièle Modely – ma langue pauvre


Carved Yugito (900-600 B.C.) Middle Preclassic, Olmec. Gulf coast, Veracruz, Mexico:

Tête de pierre  Yugito (900-600 av J.C.)  Olmeque –         sculpture pré-colombienne

 

peut-être que ma langue pauvre finira
comme une peau d’orange
sous un buffet normand
ou un buffet sans nom
ces meubles remplaçables de lieux interchangeables
que l’on fait durer
où l’on peut oublier
toutes ces langues pauvres
dépiautées
dépecées
qui ne disent plus rien
qui ne leur parlent pas
un objet
et rien d’autre
figé
sans valeur
peut-être que ma langue pauvre langue finira dans ta bouche sous le flux de salive par encore palpiter

 


Arthur Haulot – Dérives du sang


art antique :sculpture   grecque

art antique :sculpture grecque

 

DERIVES DU SANG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Je suis, dit l’homme, comme un volcan en marche
J’ai dans mon ventre le feu grondant de la terre
Mes jambes ont la force du basalte et du granit
Dans mes veines rougeoient les futurs incendies
Avec le cri des hibiscus perchés aux plis de mes oreilles
Des forêts se déploient de mes épaules à mes reins
Mes bras ont la lente puissance du fleuve qui coule en deçà des monts
et mes yeux sont perçants comme l’éclair d’orage
Ma poitrine s’élève et s’abaisse avec le vent
Avec les nuages du matin, avec le battement d’ailes des aigles au départ
J’ai des milliers de truites dans le sang de mes veines
et des appels d’oiseaux parcourent sans arrêt les branches de mes mains
Mais c’est au creux le plus profond de mon épaule mâle
là où se nouent les racines de l’être et de la mort
que brûle l’intransigeant désir de ton corps de femme
C’est de là que jaillit
avec la force délectable irraisonnée des catastrophes
cette lave d’amour dont j’inonde ton cœur
ce feu liquide à ravager ta chair
pour qu’éclate la fulgurante floraison de ta salive
où roulent des millions d’étoiles.


Michel Onfray – La tentation de Démocrite


photo: Stanko Abadzic

La tentation de Démocrite

       Photo Stanko Abadzic

 

Je veux retrouver le goût des mûres des chemins de mon enfance

Écraser des fraises dans ma bouche

Avaler le jus des framboises et le sentir descendre chaud dans ma gorge

Respirer la fleur de sureau

Mâcher le brin d’herbe

Mettre le bouton-d’or sous le menton d’une femme en robe d’été

Lui apprendre à faire des poupées avec des coquelicots

Manger des groseilles

S’arracher la peau aux épines des  groseilles à maquereau

Cueillir des noisettes

Croquer dans le ventre d’une pomme

Augmenter ma salive avec son jus

Devenir moi-même pomme puis pommier

M’allonger dans l’herbe

Voir le ciel derrière la danse des brins

Cligner des yeux et les fermer à cause de la clarté du soleil

M’endormir le dos épousant la terre de mon destin.

Michel Onfray, La recours aux forêts, Traité des consolations

Un petit voyage  sur le blog d’où j’ai  déniché  ce texte..  mais  sans  doute peut-on le trouver ailleurs,  par  contre  l’association avec les  photos choisies sur ce blog, est un régal pour les yeux,  c’est pour cette raison que je vous le recommande.


Vertiges – de fileuse de lune


photo : H Cartier-Bresson Arbres en Brie

A voir  sur le blog   ( de fileuse de lune) 

Vertiges

éclaboussures

traversées

J’habite ces parages

de peu de densité

où l’éclair d’un regard

chavire l’horizon

Membranes soulevées

sur le dos des fleuves

s’éparpillent en rémiges

en consonnes

brunes et vigoureuses

Se déversent les langues

dans une amphore

se délecte le ciel

d’être à nouveau

en crue

Pour apprivoiser les pinèdes

en maraude

les forêts de silex

il faut tailler son nom

dans le tronc le plus vieux,

habiter son élan

Dans les prairies de l’Homme

je sais un abreuvoir

où se rassemblent troupeaux

de hautes sèves

clameurs de laines

blanches et bouclées

J’y porte l’épaisseur

de mes murs

la lourdeur de mon sang.

Une odeur de suint

ocre et tenace

rassure les ancêtres

Claquante

comme une étreinte

la parole éperonne

les flancs fumants

de ce matin tout neuf

Tourbillon

ivresse pure

je virevolte, à cru,

sur des phrases de sel

m’accouple à leur écorce

et hurle

source vive !

J’ouvre,

dans ma poitrine,

des fenêtres

aux giboulées de grives,

de raisins et d’étoiles,

aux rafales d’ardoises,

aux foules écervelées

des déserts, des pierres

et des jardins

Là, dans cet espace

consenti à l’incandescence,

la bruine déploie

mon feuillage

gâche sa salive

à ma résine

Sur mes berges

calleuses

faseyent quelques saules

Guetter l’exubérance

étirer les limites

de son sang

de sa peau

pour être ampleur

luxuriance

et faire tomber de soi

jusqu’à la moindre

ténèbre

Et puis

se rencogner

dans l’angle juste

de la légèreté,

retrouver sa foulée

d’osier souple et de vent