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Articles tagués “Salvador Dali

Georges Castera – Accent circonflexe sur le A –


Salvador Dali – Figura de perfil

.

Je sortais quelquefois de la blessure
ouverte de la mer
telle la dernière minute de ton regard
vers les paroles invisibles
qu’on ne peut toucher du doigt
matière tambourinante des rêves
dont les notes sont de grandes cages
d’oiseaux
où toutes nos mémoires
sont sur la plus haute tige

dans le silence mal ponctué
la première porte qui s’ouvre
c’est ton corps
embué dans sa déclivité interminable.

.

Georges Castera ( Haïti 1936-2020 )

L’encre est ma demeure 

Actes Sud


Jean-Pierre Siméon – L’avalanche des larmes (extrait)


Salvador Dali – Alice au Pays des Merveilles –

 

mais il y a le pas de ceux qu’on aime

dont on sent

exactement quel poids de souffrance pèse

dans le talon

il y a leur poitrine où nous allongeons

notre sommeil

qui se soulève comme les grandes feuilles

sous la brise

là où nous entendons l’oiseau

déchirer ses ailes

.

il y a notre amour qui est un rythme

entre la terre sa terreur et le ciel

car notre coeur est une branche

qui a soif

et qui cherche son fruit par le soleil

et par la pluie

cependant à mesure que la douceur du fruit

s’engendre

une mort transparente monte

dans la sève

.

l’amour serait le vide qu’une clarté

emplit

et l’emplissant terriblement

elle l’agrandit

qui ne sait que l’amour est vaste

et la solitude infinie ?

la poésie commence

où l’amour cogne au vide

là où tout manque se rue l’avalanche silencieuse

des larmes

.

elles ne sont pas ces larmes

larmes de paupière

et le poème n’est pas une élégie

d’eau et de sel

larmes pour elles sans doute

n’est qu’un nom de théâtre

elles sourdent en nous

d’une immortelle absence

comme ce rien pesant qu’exsudent les murs

dans la nuit

.

c’est en chérissant si fort

une main étrangère

et après la main la volonté qui la fait l’épousée

de l’âme

qu’on devient l’obligé malheureux

de la joie

une joie tourmentée chaque jour

à repousser sa mort

une joie au combat sous la ruée silencieuse

des larmes

 

Traité des sentiments contraires
CHEYNE Editeur 

Courbes – (Susanne Derève) –


Salvador Dali – Lune et oiseau

 

 

Le mot aussi rond qu’une bouche

naquit pour dire l’amour,

et le premier son fut amour,

rondeur de la lèvre charnue,

œil limpide,

prunelle palpitante où chutaient tour à tour

la lune pleine,  le globe incandescent

du jour

Fille, fils , enfantement  

et l’œuf diaphane  de l’oiseau                                         

sur l’arête du monde  où le tenait ma main ,                                  

ombrageuse prunelle, qui taisait l’effusion                                  

des couleurs  au seuil clair du matin,

la courbe douce du fruit  sur la branche ,

sa pure circonférence

d’or et de feu – orange , chair étoilée  du pitaya  –                                                       

Le mot disait la joue charnue de l’ange

et le lait blanc des femmes , poitrines rondes ,

hanches grenues ,

disait tout ce qui fut  et  serait  

que j’ai tu

de peur de m’en saisir ou de le profaner                              

 L’aurai-je assez  vécu   pour le nommer ?

 

 

 


Hirondelle – Susanne Derève


l'hirondelle immobile Salvador Dali

  l’hirondelle immobile – Salvador Dali

 

 

 

Hirondelle

Ton exil est-il ici

ou là-bas

 

Ton exil est-il chez moi

et le mien  privé d’ailes

 

Hirondelle

 

 

 


René Depestre – La machine Singer


machine à coudre

Salvador Dali – Machine à coudre avec parapluies

 

 

Une machine Singer dans un foyer nègre

Arabe, indien, malais, chinois, annamite

Ou dans n’importe quelle maison sans boussole du

tiers-monde

C’était le dieu lare qui raccommodait

Les mauvais jours de notre enfance.

Sous nos toits son aiguille tendait

Des pièges fantastiques à la faim.

Son aiguille défiait la soif.

La machine Singer domptait des tigres.

La machine Singer charmait des serpents.

Elle bravait paludismes et cyclones

Et cousait des feuilles à notre nudité.

La machine Singer ne tombait pas du ciel

Elle avait quelque part un père,

Une mère, des tantes, des oncles

Et avant même d’avoir des dents pour mordre

Elle savait se frayer un chemin de lionne.

La machine Singer n’était pas toujours

Une machine à coudre attelée jour et nuit

A la tendresse d’une fée sous-développée.

Parfois c’était une bête féroce

Qui se cabrait avec des griffes

Et qui écumait de rage

Et inondait la maison de fumée

Et  la maison restait sans rythme ni mesure

La maison ne tournait plus autour du soleil !

Et  les meubles prenaient la fuite

Et  les tables surtout les tables

Qui se sentaient très seules

Au milieu du désert de notre faim

Retournaient à leur enfance de la forêt

Et  ces jours-là nous savions que Singer

Est  un mot tombé d’un dictionnaire de proie

Qui nous attendait parfois derrière les portes

une hache à la main !

 

 

Minerai noir

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