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Antonella Anedda – octobre, nuit


octobre, nuit

Accepte ce silence : le mot tassé dans le noir de la gorge comme une bête raidie,

comme le sanglier empaillé qui lors des orages d’octobre resplendissait dans le sous-sol.

Livide et tressé de paille, le cœur sec, sans fumée, et
pourtant contre l’éclair qui clouait la porte, chaque fois à l’endroit exact où la mort avait débuté : le vain recul, le corps ardent, le coup de pied du chasseur sur son flanc.

Ferme les yeux. Pense : lièvre, et renard et loup, appelle les bêtes qui chassées courent en rase campagne et se trouvent dans la fronde de la mort
ou du sommeil épuisées dans la tanière où seul celui qui est poursuivi connaît véritablement la nuit, véritablement le souffle.

Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
—–

ottobre, notte

Accetta questo silenzio: la parola stretta nel buio della gola come una bestia irrigidita, come il cinghiale imbalsamato che nei temporali di ottobre scintillava in cantina.
Livido e intrecciato di paglia, il cuore secco, senza fumo, eppure contro il fulmine che inchiodava la porta, ogni volta nel punto esatto in cui era iniziato la morte: l’inutile indietreggiare, il corpo ardente, il calcio del cacciatore sul suo fianco.

Chiudi gli occhi. Pensa: lepre, e volpe e lupo, chiama le bestie che cacciate corrono sulla terra rasa e sono nella fionda del morire o dell’addormentarsi sfinite nella tana dove solo chi è inseguito conosce davvero la notte, davvero il respiro.

Extrait de: Notti di pace occidentale [Notturni]
Roma: Donzelli, 1999

Aimé Césaire – Cahier d’un retour au pays natal


Cahier d’un retour au pays natal,

 

 

photo perso - marchands de légumes au Burkina Faso

 

 

(texte:  Éd. Présence Africaine)

 
Trésor, comptons :
la folie qui se souvient
la folie qui hurle
la folie qui voit
la folie qui se déchaîne
Et vous savez le reste
Que 2 et 2 font 5
que la forêt miaule
que l’arbre tire les marrons du feu
que le ciel se lisse la barbe
et caetera et caetera…
Qui et quels nous sommes ? Admirable question !
À force de regarder les arbres je suis devenu arbre et mes longs pieds d’arbre
ont creusé dans le sol de larges sacs à venin de hautes villes d’ossements
à force de penser au Congo
je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves
où le fouet claque comme un grand étendard
l’étendard du prophète
où l’eau fait
likouala-likouala
où l’éclair de la colère lance sa hache verdâtre et force les sangliers de la
putréfaction dans la belle orée violente des narines.
Au bout du petit matin le soleil qui toussote et crache ses poumons

 

Aimé Césaire,