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Nathalie Lauro – Noël noir


 

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image- montage perso

Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?
Je n’ai rien vu
Ni entendu,
Des rires et des joies de la rue,
Du repas familial de fête,
Ainsi que toutes les paillettes.
Paillettes aussi dans mes cheveux,
Mais surtout sur ma robe noire,
C’était pour faire semblant d’ croire,
Pour cacher tout autour de moi,
Ma réalité calcinée.
Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?
Tout y était, rien ne manquait,
Ni ton absence,
Ni ton indifférence…
Le silence absolu,
C’est pour ça que j’ai bu.
Une potiche scintillante,
Sophistiquée comme une reine,
Juste un peu trop inanimée.
Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?


Françoise Ascal – 1


ZhouChen, fleur de pêcher XVIè siècle

 

 

1

Au loin la rivière roule d’obscures promesses.

Le sapin tutélaire veille,
ancêtre tenace gardant sous son aile les âmes innombrables des lapins d’autrefois, bouquet d’âmes innocentes ayant connu l’effroi sous la lame agile en ce lieu précis, misérables créatures liées aux misérables paysans, les unes et les autres aujourd’hui confondues dans l’absence, dans la radiation de tout ce ce qui fut, une fois, une unique fois présence, atomes de chair pareillement broyés sous la meule qui jamais ne crisse, jamais ne grince, terreau de misère faisant croître le sapin haut et ferme, à l’ombre duquel j’écris ce jour, traversée d’une calme joie — légère puisque sans fondement, sans raisons, sans réponses. Sans consolation.

Là -haut, le vent souffle.
Là-haut, un busard trace de grands cercles dans le bleu du ciel avant de rejoindre son poste de guet , au sommet d’un frêne.
Sous la terre et le grès rose, sous les étangs , les bouleaux, les bruyères, les anciens n’en finissent pas de se décomposer.

Le vent tourmente la peau des vivants,
attise les signes.

Au vif de l’été la plante du pied s’impatiente.