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Moins que des natures mortes – ( RC )


peinture: portrait W L von Nassau

peinture:              Michiel van Mierevelt,        portrait de W L   von Nassau-Dillenburg

Un jour,     – que je m’aventurais
A visiter les salles des musées,
Suivant les galeries des portraits,
Les enfilades de parquets cirés,

Princes et généraux,
Ducs et cardinaux,
Chacun en habits d’époque,
Qui                     de sa toque,

Qui       de son manteau de renard,
Ou                        de son pourpoint,
Toisant l’assistance d’un regard,
Pour la postérité – avec dédain…

Pourtant        l’histoire oscille,
Au rythme des années,
….       Ce sont des objets futiles,
Que l’on a conservés.

C’est une                         triste cohorte,
Figée derrière son vernis
Ce sont moins que des natures mortes,
Leur vie s’est évanouie…

… – Et recroquevillée…
Ils ne représentent plus rien,
Ils ont été oubliés,
( on a perdu le lien )

Un peu comme ces papillons,
Du musée d’histoire naturelle,
Faisant partie de la collection,
– couleurs ,        élégance des ailes      –

Epinglés sur leur support ,
Avec dessous un nom latin ,
Ce n’est que celui d’un mort…
En habits de satin   .

Les natures mortes, elles,
 » Still living » , in english,
D’où la lumière ruisselle,
Associent aux fruits, une fraîche miche.

Au bal des coquilles vides,
Les musées fourmillent,
De portraits insipides,
De vieilles familles,

Il fallait          orner les demeures,
Attester de l’origine,              de la lignée,
La comtesse          et sa belle-soeur,
Leurs descendants,                 tous alignés,

Sous les perruques poudrées …
Le peintre ayant posé une lumière,
Subtilement             cendrée …
Maintenant avalée par la poussière.

portraits au château de Bussy-Rabutin

Ces familles    satisfaites ,
A l’attitude altière,
En habits             de fête,
Ruban             à la boutonnière

Chapeaux de plume    , ou armures…
–     Les couches de peinture jaunie,
Enfermées        sous cadres et dorures,
Sont maintenant ternies.

Des symboles de pouvoir,
Ces objets désuets,
Ne sauraient nous émouvoir….

– Ils sont maintenant muets   .

RC – février 2014

peinture: Willem Claesz    1648

peinture:        Willem Claesz                    1648


Les pensées qui tanguent ( RC )


art: Brice Marden, montagne froide - 1991. huile sur toile

art:          Brice Marden, montagne froide – 1991.   huile sur toile

Les pensées qui tanguent s’entremêlent de rêves;
Ce que tu écris, – les échos de sève –
Portées de musique et les mots défilent
en constructions fragiles,
tendues en liens de dentelles,
comme deux plantes s’emmêlent…

Je ne sais distinguer de qui se débride,
De tes fièvres rouges ou paroles limpides,
Des mots jetés et paroles farouches…
A chaque arbre, ses racines,  sa souche…
Les plantes en symbiose sont en voisinage,
Et cohabitent sans se faire ombrage.

L’une , de l’autre ose aller plus loin
Vers la lumière, c’est donc un besoin
Toujours renouvelé
De la parole descellée,
A partager la soie et le satin,
Pour les draps étendus de beaux lendemains.

en dialogue avec Phedrienne
Le ruban de tes pensées m’obsède,
Déroulant ses volutes de neurones entêtants,
Passant, galonné de dentelles,
Ou crocheté de fièvres rouges,
Où flamboie la connectique
De tes contradictions majeures…..
J’y surnage, brassant de mes idées farouches
Ton alternatif courant,
Tanguant de satin en soie saumonée,
De coton dur en voile satiné,
Craignant de déchirer au tranchant de mes synapses
L’organza trouble de tes chimères osées…
Le ruban de tes pensées m’enlace,
Noue de ses ligatures serrées,
Un bout de mon cœur oppressé,
Liane mes caprices débridés,
Et dans cet entrelacement sauvage,
Douceur et rudesse mêlées,
Se tisse un dialogue endiablé !

voir  son   « Ruban »…

 

 


Franck Venaille – Les vagues de la lagune


painture: Ed Manet:: Venise bleue

 

Les vagues de la lagune
J’avance vers davantage de lumière
Les barques désormais
Sont vides
Elles ont accosté pleines de rires et chansons
Qui ne sont pas pour moi
Qui ne sont pas pour nous
Qui avons notre propre répertoire à crêpe noir ou satin rouge
Mais c’est la vie ordinaire qui exige, comment dire ? autre chose, de moins !
de plus !
J’avance
Ce que j’entends c’est le fracas de rames
Mêlé aux cloches catholiquement triomphantes
Ô comme nous sommes civilisés !
Nous qui avons pourtant tout à apprendre des vagues et de la régularité avec la quelle
elles viennent se
heurter au quai
Il me faut maintenant passer le pont
Atteindre la ruelle où sèche le linge
Ce lieu où le linge sèche

Frank Venaille

 

peinture: John Singer Sargent Venise par temps gris


Anna Akhmatova – Les fleurs du rendez-vous manqué


peinture: autoportrait de Modersohn-Becker, avec une branche de camélias 1907

 
Autour  du  cou  un  fin  rosaire,
Des mains  cachées  dans un manchon,
Des yeux distraits et  sans  colère
Qui  jamais plus ne pleureront.

Un visage  qui  semble  pâle,
A cause  du  satin  lilas;
Jusqu’aux  sourcils mêmes, s’étale
Ma  frange  qui  ne boucle pas  .

La  démarche est  lente, incertaine ,
Et  n’a rien  du  vol  d’un  oiseau,
Comme  si le parquet  de chêne
Etait  sous mes pieds un radeau.

La  bouche  entrouverte  et  chagrine,
Je  suis  tout  près  de  suffoquer,
Et  frissonnent  sur ma poitrine
Les  fleurs   du  rendez-vous  manqué.

(1921)


Frank Venaille – Les vagues de la lagune


 

photo Ian Ong

 

 

 

Les vagues de la lagune
J’avance vers davantage de lumière
Les barques désormais
Sont vides
Elles ont accosté pleines de rires et chansons
Qui ne sont pas pour moi
Qui ne sont pas pour nous
Qui avons notre propre répertoire à crêpe noir ou satin rouge
Mais c’est la vie ordinaire qui exige, comment dire ? autre chose, de moins !
de plus !
J’avance
Ce que j’entends c’est le fracas de rames
Mêlé aux cloches catholiquement triomphantes
Ô comme nous sommes civilisés !
Nous qui avons pourtant tout à apprendre des vagues et de la régularité avec la quelle
elles viennent se
heurter au quai
Il me faut maintenant passer le pont
Atteindre la ruelle où sèche le linge
Ce lieu où le linge sèche

Frank Venaille