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Voix de livres – ( RC )


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Un ton de voix qui traverse les pages,
maintenant,         enfoui parmi d’autres .
Tous ne dialoguent pas ensemble,
mais il y a des échos qui transportent loin,

et la mémoire accorde quelque chose,
à la façon d’une saveur épicée,
à ces livres fermés depuis longtemps,
et que peut-être je ne lirai plus.

ou alors, si je les parcours
ce sera avec l’espoir de retrouver
les tournures des phrases
telles que ressenties avant.

Selon la couverture ,
on se rappelle plus ou moins
la couleur des mots
qui s’associaient à ce qui était conté .

Ils sont comme les statues d’un parc
attendant le visiteur.
Des années plus tard,
de la mousse aura envahi le visage,

elles auront été déplacées,
           on les pensait plus grandes,
car vues avec un autre regard
que celui d’aujourd’hui.

Les livres sont pressés
dans plusieurs cartons,
et la chair de leur voix,
palpite encore quelque part .

Ce ne sont pas des objets comme les autres,
ils contiennent un peu de moi,
       c’est peut-être pour ça
       que je ne les ouvre pas.

 


RC – août 2017


Paul Valery – Bouche


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dessin Lalaluce  (deviantArt)

Le corps veut que nous mangions, et il nous a bâti ce théâtre succulent de la bouche
tout éclairé de papilles et de houpettes pour la saveur. Il suspend au-dessus d’elles
comme le lustre de ce temple du goût, les profondeurs humides et avides des narines.
Espace buccal. Une des inventions les plus curieuses de la chose vivante.
Habitation de la langue. Règne de réflexes et de durées diverses.
Régions gustatives discontinues. Machines composées.
Il y a des fontaines et des meubles.
Et le fond de ce gouffre avec ses trappes assez traîtresses, ses instantanés, sa nervosité critique.
Seuil et actes — cette fourrure irritée, la Tempête de la Toux.
C’est une entrée d’enfer des Anciens. Si on décrivait cet antre introductif de matière,
sans prononcer de noms directs, quel fantastique récit !
Et enfin le Parler… Ce phénomène énorme là-dedans, avec tremblements, roulements,
explosions, déformations vibrantes…

PAUL VALERY « Mélange » (N.R.F.)


Saveurs de la terre – ( RC )


Quelle  danse  en bouche
Celle  du vent,
Sur les orges ,les blés
Les amandiers dont l’amer,

Se perd dans la souche.
L’arôme puissant,
La caresse dansée,
Passant au travers.

C’est peut-être, éphémère
La part des anges
Celle qui s’évapore,
Approchant l’oubli

Balade traversière,
Une frange,
Une bordure  d’or,
dissimulée dans un pli…

RC – octobre 2015


Au rayon d’astre épanouï – ( RC )


Le rayon d’astre épanoui
Même de sa lumière ancienne
Il me reste l’écho – de la tienne ,
Au soleil évanoui

Il y a – si je ne fais pas erreur
De ta chevauchée pacifique
Plein d’images atypiques
Qu’elles sont pour notre saveur

Au-delà  de l’Atlantique   .
De  la face cachée de la terre
Remontent les sons,  les vagues de mer
De la lumière de tes mots   – cantiques

Pour mieux renaître en musc
Les détours de ta plume bleue
Brillant de tous ses jeux
Sans que pourtant je brusque

 Au destrier tes baisers
De vendanges érudites
Le jus des phrases dites
( d’une parole si aisée… )

 

RC – Nov  2011   -(modifié  2014 )


Jean-Pierre Duprey – Saveur d’homme


peinture  Sidney Goodman autoPortrait  au bras replié  1985

peinture    Sidney Goodman      autoPortrait au bras replié 1985

Donnez-moi  de  quoi  changer  les  pierres,
De  quoi  me  faire  des  yeux
Avec  autre  chose  que  ma  chair
Et  des  os  avec  la  couleur  de  l’air  ;
Et  changez  l’air  dont  j’étouffe
En  un  soupir  qui  le  respire
Et  me  porte  ma  valise
De  porte  en  porte  ;
Qu’à  ce  soupir  je  pense  :  sourire
Derrière  une  autre  porte.
Détestable  saveur  d’homme.
En  vérité,  une  main  ne  tremble
Que  pour  vieillir  sa  mémoire  ;
L’autre  ne  vieillit  que  d’avoir
Trop  bougé  de  vie  depuis  le  temps
Où  le  monde  l’a  basculée
Dans  l’histoire  du  temps  et  du  moment,
Qui,  sans  jamais  se  ressembler,
Se  retrouve  à  chaque  instant
Dans  le  sac  noirci  de  son  éternité


Refaire ses premiers pas ( RC )


peinture; Francesco del Cossa - Triomphe de  Vénus  - détail

peinture;        Francesco del Cossa –     Triomphe de Vénus –      détail

Avec l’impression de ne plus savoir rien faire.
Etat stationnaire.
J’ai dans l’esprit, les bruits et saveurs de la rue.
Et la nuit des fourmis, trottent menu.

Je voisine  la nuit et la fatigue,
et les fantômes du matin, qui se liguent,
Ou combattent mon existence.
Le doute de soi , avancer avec méfiance,

Et se posent, et les jours  s’engluent….
Il est toujours un inconnu
Qui chante le même  refrain
En me demandant le chemin,

En équilibre sur le hasard
Parfois à la sortie du bar.
Se hasarder dans le monde
Funambule des ères vagabondes

Fil à couper  les largeurs
S’étirer au fil des heures;
…..Ce qu’il faut de vouloir …
Pour franchir,   l’obscurité du couloir  !

Les équivalences des saisons
Qu’on lit encore, sans comparaisons;
Si encore, tout est étal
…Que l’on poivre ou on sale

A sentir la différence
Je dirais  –         convalescence,
Et refaire ses premiers pas
Sur un chemin étroit —–

S’il faut quitter               le chant des ruines
Distinguer            son reflet dans une vitrine,
Je suis sans doute        sous influence
Celle même , d’une naissance…

Au seuil de nouvelles portes,
Ces autres sensations, qui se heurtent
Et ces nouveaux premiers pas,
– …  Me rapprochent peu à peu de toi

RC-  26 janvier 2013

en relation avec un extrait de  « on a affaire à l’existence » …  de Robert Piccamiglio, dont on sait,

par mes articles précédents, notamment les extraits de « Midlands », mon attachement.

8/ Plein d’images

Je laisse venir plein d’images dans ma tête. La petite vitrine du cerveau est toujours bien propre. Nettoyée chaque matin au lever et le soir au coucher. Parfois tour de même, il faut bien l’avouer malgré la transparence, c’est difficile de voir à travers la petite vitrine. Toujours la pluie. Toujours novembre qui file des coups de balai répétés sur le paysage tout en équinoxes et qui fabrique tranquille des équivalences et des saisons. Le ciel est un voisin souriant ainsi que la tête en délicatesse avec la nuit et la fatigue. Dormir les yeux ouverts pour laisser entrer quelques rêves qui font la part belle au hasard que je n’arrête pas de transformer en destin. Encore à me dire que tout est déjà écrit par avance et qu’on ne fait que suivre le mouvement des jours, bons ou mauvais. Les images s’impriment dans la tête. Mécanique compliquée et évidente tout à la fois. Comme pour les femmes qu’on quitte et celles que plus tard on aime pour ce qu’elles portent gracieusement dans. leurs ventres et dans leurs yeux dénudés où la beauté s’aventure.


G M Chenot – Au toucher ou à l’ouïe


photo perso:             marché de Guelwongo, Burkina Faso,  village  frontière avec le Ghana

 

 

 

AU TOUCHER OU A L’OUÏE

 

 

L’Afrique en bandoulière

Et les yeux émerveillés

Par de tant de couleurs

Ou de nuances de noir

 

La lumière en héritage

Comme la douceur d’un fardeau

Qui s’évapore en souriant

Dans l’ombre des frondaisons

 

Et cette voix de femme ensorceleuse

Dont on fait des miracles

Des baisers ou des caresses

Dans la saveur de l’instant

 

 

écrit provenant du riche  blog poétique  de GMC