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Au risque de l’aventure – ( RC )


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                                                     peinture:  G de Chirico:   deux masques  – 1926

 

 

Ici l’errance se paie,
lorsque tu te bandes les yeux.

Il n’y a pas d’obscurité douce…
Tu peux avancer tes doigts,

au coeur des buissons,
de la fourrure.

Gare aux blessures,
…à commencer par le coeur !

Je t’entendrai crier,
lorsque la créature
se détache du fond,

qu’elle signe la fin de la trève,
après la caresse,
et plante ses crocs dans la paume.

Des fouets de fer,
la coupure du verre,
le scalpel habile des mandibules,

ont raison de l’avancée
imprudente d’un bras,
d’une tête.

On ne sort pas entier
de cette jungle.
Elle pénètre dans la chair

avant même qu’on ne l’explore,
On y laisse quelque chose,
définitivement.

Et si ce n’est le sang,
déjà la raison s’égoutte ,

voracement aspirée,
par l’inconnu (e).

C’était le risque encouru
par l’aventure.

Avant d’être savourée,
il a fallu qu’elle goûte d’abord à toi.

RC – mars 2016


A tous ces mots, leur peine, leur joie … ( RC )


Typographie #4 : compositions et graphisme ! | Blog du Webdesign:

image: provenance                le blog du web design

 

 

A tous ces mots leur peine,
leur joie, leur vie propre,
et leur coeur battant, même
s’ils sont issus de catalogues d’objets rutilants,
d’anciens grimoires,
souvent cachés derrière des double-sens,
comme protégés par une carapace.

On peut en dénicher en haut des armoires,
dans de lourdes encyclopédies,
… parfois ils s’usent, en désuétude,
si on les prononce plus,
inarticulés.

On peut aller en chercher sous des pierres,
coincés dans des pages jaunies,
ou bien          après une ascension lente,
après l’obstacle d’une pente raide,
portant leur vérité, opaques ou ayant la transparence
d’un cristal de roche ,
gagnés après de lents et patients efforts.

Ils migrent doucement    selon les siècles,
les usages et les modes,
méritent une interprétation,
une traduction,
 — ainsi le bétail suivant les drailles
de transhumance.

S’ils sont à priori      inertes      par nature,
c’est leur association,
comme l’addition de produits chimiques,
qui les rend actifs, porteurs d’émotions,
voire virulents .

Corrosifs, avec la couleur qu’on leur donne,
gonflés d’ intentions allusives ou tendres,
parfois sordides et boueux,
déclamatoires               en longues suites,
officiels               dans de rigides discours,
 démonstrations scientifiques irréfutables.

Si les murs ont des oreilles,
dès qu’ils sont lâchés, ils peuvent,
comme le dit Hugo,       semer la discorde et la haine,
comme de mauvaises graines,
trouvant toujours          à s’accrocher quelque part,
crevant même          le goudron épais des trottoirs.

Comme ils sont prononcés,
ajoute une saveur,
douce ou courroucée  ,
sucrée ou épicée  ,
empruntant la voix parlée,
l’envol         de celle de l’acteur,
jusqu’au réceptacle de l’oreille,
généralement       prête à les accueillir.

Plus aériens               dans ce qu’on nomme poétique ,
ils se chargent d’images,      et permettent à l’esprit
d’envisager           des raccourcis vers l’improbable,
dansant en quelque sorte                        tous seuls…
libérés des contraintes d’ organisation rationnelle,

celui qui les emploie,                  n’en fait qu’à leur fête,
les dissout,                             les recompose à sa guise,
jusqu’à en multiplier les sens
dessine leur aube,                        leur solstice,
et les pare d’ombres,
parfois fantômatiques.

Tout le monde les utilise,
certains              portent un cosmos,
une signification inconnue,
qui a été pensée par d’autres,
sans qu’on puisse  en connaître    l’origine exacte,
même avec le scalpel étymologique ;
>           peu se révoltent .

Je les laisse courir
          au gré de ma plume,
et tout le temps avec bienveillance….
on dirait même        qu’ils choisissent
de s’ordonner
tous seuls,          en ébullition,
association spontanée.

Peut-être            qu’ils me traversent
à la façon de cellules sanguines,
alimentant les pensées,
et sachant s’en détacher,
le moment venu,
–       pour fomenter un texte      -,
( dont je ne suis pas sûr d’en être le seul auteur….)


RC – janv 2016


Fromage de tête – ( RC )


peinture: Wosene Worke Kosrof

peinture:       Wosene Worke Kosrof

 

L’espace  tangue  dans ma tête.
S’il pleut encore des pierres …

J’hésite        entre la vie     et la survie.
La parole se découpe en une meule compacte.
Il me faut, pour l’ouvrir plutôt un scalpel,

Que le fil tranchant du fromager.
Extraire ce qu’il faut, juste pour avancer,
Encore quelques années .

Une fois que j’aurai tout consommé,
Tu pourras        me coudre la bouche,
Vendre le temps des étés, au plus offrant.

Je resterai quelque temps  tapi dans mon corps,
A cheval sur un souffle d’air,
Avant de l’offrir à la science.

On pourra  toujours graver mon nom quelque part,
Je serai déjà trop loin,            pour le déchiffrer.

RC –  oct  2014