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Novalis – O Mère, celui qui t’a vue


 

XIV

Sculpture  Vierge à l’enfant, Musée Unterlinden  Colmar

O Mère, celui qui t’a vue

pour toujours échappe à l’Enfer.

Il souffre d’être loin de toi,

il t’aime d’amour éternel,

et le souvenir de tes grâces

donne des ailes à son âme. (…)

Tu sais, ô Reine bien-aimée,

que je suis à toi tout entier.

N’ai-je pas, depuis tant d’années,

joui de tes faveurs secrètes ?

A peine éclos à la lumière,

j’ai bu le lait de ton sein bienheureux.

Mille fois tu m’es apparue ;

je t’adorais d’un cœur d’enfant ;

ton Enfant me tendait ses mains

pour mieux me reconnaître un jour.

Tu souriais avec tendresse,

tu m’embrassais — instants divins !

Il est bien loin, ce paradis.

A présent, le chagrin m’accable.

J’ai longtemps erré, triste et las.

T’ai-je donc si fort offensée ?

Humble comme un enfant, je m’attache à ta robe :

éveille-moi de ce rêve angoissant.

Si l’enfant seul peut voir ta face

et compter sur ton sûr appui,

délivre-moi des liens de l’âge,

fais de moi ton petit enfant.

L’amour et la foi de l’enfance

Depuis cet âge d’or restent vivants en moi.

NOVALIS « Cantiques »


L’intérieur du galet – ( RC )


 

Lorsque le flot  s’épuise,
Et qu’on peut franchir de la rivière,
Son lit clair,            sans crainte d’être emporté,
Je pensais qu’il était possible, en brisant un de ces galets,

Que leur peau recouvre des entrailles,  un gemme
où se cachent cavités  et cristaux,
à la façon d’un oeuf , ou de ces  améthystes,
refermées sur leur carapace.

Une circulation mystérieuse,
un secret,         un « être abstrait ».
Doué  d’autonomie,       clos sur lui-même,
comme de ces cloportes,  et leur armure.

Mais le galet,       ne livre que le semblable.
Habité par l’inertie.
Sa nudité lisse  et ronde,   portée  sur l’extérieur,
N’est  qu’un  intérieur qui s’expose.

Un pur contenu, sans  contenant,
sinon la forme,
Celle, modelée des usures,
de sables, de glaces et  de pierres

Enfanté d’autres  roches, dévalées de l’amont,
vers de  liquides couloirs .
Des nuits épaisses,              habitées de truites
ablettes et gardons,           aux furtifs passages.

Les herbes       ne fissurent pas le jour.
Le galet prend l’apparence            de ton sein.
Il lui manque quelque part le battement du pouls.
C’est ce que trahit           son poids de matière .

J’ai cherché                au-delà du lit,
Et du brancard de boue,
Sous les joncs pensifs
De quoi  reconstituer une paire.

Mais nulle part,
Je n’ai trouvé le semblable,
Les mêmes  cristaux,          et encore moins,
–                         Le grain de ta peau.


RC  – nov 2014


Paul Celan – Toute la vie


photo Jerry Uelsman

photo :         Jerry N.Uelsmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les soleils des demi-sommeils sont bleus comme

tes cheveux une heure avant le jour.

Eux aussi poussent vite comme l’herbe sur la tombe d’un oiseau

Eux aussi sont attachés par le jeu, que nous jouiions comme un rêve sur les bateaux de la joie.

Aux falaises crayeuses du temps les poignards aussi les rencontrent.

les soleils des sommeils profonds sont plus bleus : comme ta boucle

ne le fut qu’une fois ;

je m’attardais comme un vent de nuit sur le sein à vendre de ta sœur

tes cheveux pendaient sur l’arbre d’en dessous, mais tu n’étais pas là.

Nous étions le monde, et toi tu étais un arbuste devant les portes.

Les soleils de la mort sont blancs comme les cheveux de notre enfant :

Il s’éleva des eaux montantes, quand tu dressas une tente sur la dune.

Il sortit le couteau du bonheur aux yeux éteints.


Dessein de modèle ( RC )


dessin perso – nu Mu ( d’après dessin d’Arthémisia)         mai 2011

Quelques petites feuilles,       je dois bien en avoir
Y a pas à chercher très loin…..        je crois savoir
Que le ramage- vieil hibou – rime avec   plumage
Que déjà mes mains t’entourent —- en douce cage

Aussi, si le mistral,                   en chantant sa chanson
t’a effeuillée  , ce n’est pas grave ,  – revoilà les bourgeons
Que je peux faire en peinture suggérer, plante arrosée
D’aquarelle, couleurs rafraîchies, couperosée

Magicienne aux chouettes, cigognes et autres oiseaux
Voila une autre création, qui sort de mon chapeau
Contre moi, viendras te blottir, si tu frissonnes
A ma chaleur, —-    ce n’est que début d’automne…

A te faire sortir des pages,   tes textes
Sans frisson aucun dans un autre contexte
Allongée, déhanchée, toute la courbe de tes seins
Fleurira l’abricotier de   vie; je te créerai en dessins.

RC  –  Avril 2012


Victor Roussel – Murmures de l’Hoa Sen


MVR

peinture: Paul Klee dans le forêt profonde 1939

.

«  Peuplant la montagne

je m’endors

sur les hautes marches

de ton pays natal.

 

A ton réveil

je me dis que la nature

n’a jamais été aussi belle

que pressée contre ton sein.

 

Dans mon manteau

d’herbes fraîche

j’ouvre les yeux.

 

A mes pieds

une brassée de routes,

 

Dans ma main

une poignée de rires.

.

 

 


Czeslaw Milosz – Rien de plus


Jangarh Singh Shyam - Un paon

Rien de plus

…………

Si j’avais pu décrire comment les courtisanes vénitiennes


Avec un roseau taquinent un paon dans la cour


Et du brocart mordoré, des perles de leur ceinture,


Délivrent leurs seins lourds, si j’avais pu dépeindre


La trace rouge de la fermeture de la robe sur leur ventre


Tels que les voyait le timonier de la galère


Débarqué au matin avec son chargement d’or,


Et si, en même temps, j’avais pu trouver pour leurs os,


Au cimetière dont la mer huileuse lèche les portes,


Un mot les préservant mieux que l’unique peigne


Qui, dans la cendre sous une dalle, attend la lumière,



Alors je n’aurais jamais douté. De la matière friable


Que peut-on retenir ? Rien, si ce n’est la beauté.


Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers


Et les chrysanthèmes et la pleine lune.



Czeslaw Milosz

Voir aussi par rapport au texte  de Milosz  la belle  création  de Manouchka  ( à la hauteur des mots)…  voir ici

 

Quant à moi,  sur la peinture  de van Gogh j’ajoute ceci:

En chemin vers l’été

La voûte d’Azur  de Vincent

Offre ses dons fleuris d’amandiers

 

RC  4- avril 2012

peinture: V Van Gogh, branches d'amandiers en fleurs


Nizar Kabbani – Griffonnages d’enfant


illustration  :  Amélie Pourcher

 

 

 

 

Griffonnages d’enfant

 

 

Mon péché — et qui de nous fut sans péché —

j’ai continué de croire au bleu du ciel

de voir les arbres, les étoiles, les nuages

comme des amis

J’ai fait de mes poèmes une ville

où gouvernent les femmes

chaque bouche close dans mon royaume

dit ce qu’elle veut chaque sein

effarouché peut comme il lui plaît

s’envoler ou se poser..

Nizar Kabbani

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(plus  de renseignement  sur l’auteur ?)  voir ici

 

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