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Philippe Delaveau – sur l’île Saint Louis


sur l’île saint-louis

La Seine aux longs méandres, la Seine courbe et lente,  dénie les lignes droites.

D’un paresseux élan gagne l’extrémité de son virage, butant sur les terrains marécageux où s’édifièrent ses grandeurs, puis s’en retourne d’un effort, racle les quais de vaguelettes, écarte ses deux bras pour caresser les îles. Ses vrais navires.

Tant de douleur cachée aux bords qu’elle frôle, tant de beauté, tant de douleur. Elle pourrait filer droit, connaître le bonheur de se griser de son désir, en ignorant l’image des bâtiments penchés sur son miroir fragile, toujours brisé, pour se comprendre. Et le malheur de ceux qui voient en elle leur destinée à l’image du ciel libre, inaccessible, d’un bleu parfait. Mais escortée d’un frisson gris de feuilles, longée d’arbres qui tremblent de leurs milliers d’oreilles, elle se ride à son tour, paraît trembler du désespoir de ceux qui guettent au-dedans d’elle les tourbillons d’agate comme des yeux, emporte l’eau froissée d’une voix triste à peine audible, un savoir morcelé – son abondance secrète.

Seine aux méandres longs. Courbe et lent fleuve.

La Seine alors recueille le malheur, monument d’hommes.

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Jean-Michel Sananès – As-tu reçu ma carte ?


 

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photo-gravure:  A Marquet

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m’ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs.

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquetet une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n’étais pas là mon amour.

La Seine gisait nue sous une robe d’ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu’aux confins du jour.

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l’absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d’encre blanche

que j’ai glissées dans l’enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

N’y as-tu pas trouvé un je t’aime qui traînait par là ?

Qu’en as-tu fait ?

L’as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L’as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

M’auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M’auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

Vois-tu mes pieds m’ont trainé rue des Petits Champs

mais tu n’étais pas là mon amour.

 

 

Jean-Michel Sananès


Histoire, as tu encore un royaume ? – ( RC )


Louis Philippe en poire –     caricature de Daumier

Histoire, as tu encore un royaume ?

Je ne me souviens plus des dates,

Des héros des gravures des manuels,

Clovis, Courtisanes en crinoline, Louis-Philippe en poire…

…   Est-ce grave ?

L’oubli tricote l’effacage de la mémoire,

On ne retient souvent que les mariages princiers,

Les heures de prestige – trompettes sonnantes,

Fêtes somptueuses et feux d’artifices,

Galerie des glaces et parquets cirés, – au château,

Les enfilades de pièces,

Inhabitées, ne sont plus que décor,

Un vernis où une peau d’apparence,

Ne soutient que l’absence,

Comme ces bois dévorés de termites.

Tout est brouillé,

Offert à la béance des jours.

Et le vide,

D’un bleu , aspirant la distance,

M’observe dans l’obscurité.

Pendant que les eaux lasses,

Continuent leur course sous les ponts.

…. Il passa ainsi dans la Seine,

pourtant si familière aux touristes

Tant de cadavres…

Et l’histoire se répète ,

De la Saint-Barthélémy

A l’octobre noir des Algériens…

Comme justement l’eau se renouvelle,

Et passe                      en silence,

> La vertu des faits d’armes,

Porte , incrustée,        son revers de doutes,

De lâchetés,

Passées                   sous le filtre du silence.

Histoire, as tu encore un royaume ?

RC- 4 octobre 2013


ces bois qui crient – (variation -réponse sur « Entailles », de Norbert Paganelli) – ( RC )


Bois sauvés du temps ( sculptures gauloises retrouvées dans les sources de la Seine)

 

Il y a du silence, de l’importance

Aussi bien qu’au passage en siècles

 

Dans les sources de la Seine

Ce sont, avec nous, les bois noirs

Qui portent leur gloire et espérance

 

Bardés d’entailles, qui crient

Croyances et magies

Restés enfouis, témoins

 

Tandis que passent les royaumes,

Trépassent, et révolutions,

C’étaient eux c’étaient nous

 

Peut-être ( étrangers ? )

De peu de palabres

Et qui nous parlent, pourtant.

Etranger de peu de palabres
Tu es fait d’un maître bois
Et d’une glorieuse renommée
Etranger qui naît et grandit
Lorsque le temps
Lui aussi entonne le chant

Feuilles fleurs
Entailles à faire bomber les torses
Etranger de ta grande moitié

Fais comme tu le souhaites
Vis si tu le veux
Même sans nous

–     Le texte  de Norbert Paganelli, peut être  lu sur son site Invistita, consacré à la littérature corse

( versions bilingues)

ex -votos de bronze       Musée archéologique de Dijon –        provenance photos:  dossier flickr de magika42000

ex -votos de bronze       Musée archéologique de Dijon