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Vingt minutes d’arrêt à l’Estaque – ( RC )


 

pastel - Régine Chiesa

pastel – Régine Chiesa

Vingt minutes  d’arrêt  à l’Estaque  .
Des voyageurs, debout dans le couloir,
sont penchés aux  fenêtres,
d’autres  ont sorti de quoi boire .
Il  y a un peu de vent.
Les cigales grésillent.

J’ai sorti le cahier aux lignes fines,
quelques pastels, qui racontent le ciel
d’encre liquide,
l’alignement  des wagons d’un train de marchandises,

les pins qui s’inclinent, comme des flammes, à l’air marin.
Je les  rends  rose,
comme s’ils étaient  en barbe-à-papa .
Il y a quelque part un air de fête .

Je me livre, à ma  « petite sensation »
Des oiseaux  se disputent des miettes.
Les rails sont des traits lumineux
sous la pression du soleil.

Je n’ai pas le temps de trouver le temps long,
ni de pousser plus avant le dessin.
Le paysage  s’ébranle,  la gare est loin déjà ,
Je serai bientôt à Marseille .

RC  –  oct 2015


Sierra de Mulder – Amour chaque jour,comme une fenêtre ouverte


One day

you will learn

how to give and receive love

like an open window

and it will feel like summer

every day.

Un jour

tu apprendras

comment donner et recevoir de l’amour

comme une fenêtre ouverte

et cela sera une sensation comme l’été

à chaque jour.


Paul Valery – tais-toi


Peinture: Mark Tobey - Musée Guggenheim  NYC

Peinture: Mark Tobey – Musée Guggenheim NYC

Voilà un excellent titre..
un excellent Tout..
Mieux qu’une « oeuvre »..
Et pourtant – une oeuvre- « car »
si tu énumères – chacun des cas
où la forme ou le mouvement
d’une parole, comme une onde,
se soulèvent, se dessinent –


A partir d’une sensation,
d’une surprise, d’un souvenir,
d’une présence ou d’une lacune, ..
d’un bien, d’un mal – d’un rien et de Tout,
Et que tu observes, et que tu cherches,
que tu ressentes; que tu mesures
l’obstacle à mettre à cette puissance,
le poids du poids à mettre sur ta langue
et l’effort du frein de ta volonté,
Tu connaitras sagesse et puissance
et Te Taire sera plus beau
que l’armée de souris et que les ruisseaux de perles
dont prodigue est la bouche des hommes

Paul Valéry (1871-1945)Mélange (1939)


La plume vagabonde ( 2 ) – ( RC )


jardin zen –             wallpaper de wallpowper

La plume vagabonde (2)

J’ai  récupéré un morceau de papier
Qui m’attendait là, où on n’attend plus
Qu’un remous originel,
…  et parfois longtemps,
que fleurisse
…  Mais en quelle  saison était-ce déjà ?
Le don de la lumière
La couleur qui s’annule, en flocons,
Autant les mots s’enchevêtrent,
Et disputent à la nuit,
Leur encre  sympathique …

Il fallait contourner un rocher solitaire,
Déplacer en un mouvement circulaire
Ces graviers en nappes,   étendus
A l’ombre des bambous,
Agités par un souffle,
Qui me fit d’écriture,
Et,  détachés  du sol,
L’encre mouvante des nuages
D’étourneaux,
Délivrés du souvenir de l’été.

Etant ,   des deux
( rocher et  papier,
son ombre et l’esprit
en cavalcade ) – pris au geste,
Le râteau ordonne les mots
Comme ils viennent,
Ou la brosse d’encre
Effleurant la surface des choses, —-
———–Il n’y avait pas de choix possible,
Plus d’envers et d’endroit

Sur la feuille  aérée prenant son envol,
Au jardin de la plume …
Le texte  s’est fait sensation,
Et l’émotion image

Avec ( ou malgré) moi.

RC  –  11 novembre 2012

 

la « plume vagabonde »,  a fait l’objet d’un « premier épisode », publié ici


Franck Venaille – J’ai souffrance beaucoup


installation, objets : Jean-Luc Parent: Musée de Rodez

 

 

 

 

la  section « révélations  poétiques »  de Amicalien,   nous permet d’accéder à toute une  série  de textes  de Franck Venaille,  et dont j’ai  extrait de texte

 

F Venaille est un écrivain aux  ambiances  sombres, (  il est l’auteur  entre autres  du  « bal du rat Mort »

————-

J’ai souffrance beaucoup,de cœur surtout

J’ai, très fort en moi, angoisse d’être vivant : j’ai !
Chaque naissance m’est blessure et la mienne gît
Quelque part dans une ville qui m’apparaît plus morte
Encore que ce rat dans l’égout – lui, au moins, n’atten-
Dant rien, n’espérant rien – (mais en est-on sûr ?) de
La vie. J’en ai grand angoisse ! J’ai angoisse de cela.
Il reste l’écriture, avec ses soldats, ses hommes par Mil-
Liers : nos libérateurs. Ressentent-ils eux-mêmes cet-
Te sensation ? Être des mots, blessés, qu’angoisse ronge !

 

 

Jean-Luc Parent,  dont  j’ai accompagné  ce texte  par une  de ses créations,  est aussi  auteur et poète..