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Gabriela Mistral – L’attente inutile


315471826_15fe2492c5 Bronze Sculpture of a Girl Holding a Sundial in the Rose Garden of the Brooklyn Botanic Garden_ Nov. 2006_M.jpg

sculpture en bronze représentant une fille tenant un cadran solaire, au jardin botanique de Brooklyn

 

J’avais oublié qu’était devenu
rendre ton pied léger,
et comme aux jours heureux
Je suis sortie à ta rencontre sur le sentier.

J’ai passé vallée, plaine, fleuve,
et mon chant se fit triste.
Le soir renversa son vase
de lumière, et tu n’es pas venu   !

Le soleil s’effilocha,
coquelicot mort consumé;
des franges de brume tremblèrent
sur la campagne.          J’étais seule!

Au vent automnal craqua
d’un arbre le bras blanchi.
J’eus peur et je t’appelai ;
Bien aimé, presse le pas!”

J’ai peur et j’ai amour,
presse le pas, bien-aimé!
Mais la nuit s’épaississait
et croissait ma folie.
La espéra inûtil.

J’avais oublié qu’on t’avait
rendu sourd à mes cris;
j’avais oublié ton silence,
ta blancheur violacée;

ta main inerte, malhabile
désormais pour chercher ma main,
tes yeux dilatés
sur la question suprême!

La nuit agrandit sa flaque
de bitume; augure maléfique,
le hibou,      de l’horrible soie de son aile,
griffa le sentier.

Je ne t’appellerai plus
car tu ne parcours plus ton étape;
mon pied nu poursuit sa route,
le tien est au repos.

C’est en vain que j ’accours au rendez-vous
par les chemins déserts.
Ton fantôme ne prendra plus corps
entre mes bras ouverts!

 

 


Georges Drano – talus


Résultat de recherche d'images pour "talus fossé"

 

 

Autre talus
Autre chemin que la terre creuse
Buissons de l’autre
Sentiers d’ici
Prairie. Prairie. Prairie.
et encore…
Talus
Quel mot d’absence.

 
Georges DRANO.


De l’ascension, à la mobilité des lunes – ( RC )


photographe non identifié

photographe   non identifié

Les efforts                           d’une ascension,
Où notre propre poids,     nous tire en arrière,
Enfin couronnés de succès,

Lorsque le sentier s’aplanit,
Hésite entre des rochers,
S’enfonce dans les bois,

Alors que                le ciel se raye,
Au dessus de ma tête,
De la trace blanche d’un avion,

En pointillé         entre les nuages,
Et tirant des géométries,
Ignorant obstacles et reliefs.

….  A encore haleter,
De l’air coupant de la montée,
S’il faut encore savoir,

Où poser les pieds,
Entre les pierres,
Et quelquefois les flaques,

Je peux guetter,
A quelque distance,
L’abrupt        d’une crête,

Couronnée d’une tour.
C’est sans aucun doute
Un  point de vue remarquable .

>     Un promontoire  ,
Qui est comme promesse,
Une balise ,                            posée là,

Accrochée        à mi-chemin du ciel,
Probablement     avant la descente,
Et le retour vers des zones,

Plus hospitalières.
……             Un panorama,         où le regard
Planerait lentement     au-dessus des vallées.

Mais arrivé à cet endroit,        – Juste des falaises,
dépassant d’une masse cotonneuse,
D’un paysage nappé d’épaisses brumes.

Le silence alors,       s’étendant,                  nu,
Et                        sans l’aimable courbe des vallées,
attendue,

Renvoyant                    à la mobilité des lunes.


RC –  février  2014


Marcel Olscamp – Le pont


peinture : Volodia Popov

 

Pendant que nous rêvions
comme des provinces
les secondes s’étendaient
sous le ciel unanime
Maintenant
nous reprenons la route
avec un sentier dans l’oeil
car le pas du monde
recommence à neuf heures
c’est l’heure où l’on se blesse
pour ne pas rentrer
Nous avançons
vers la parole
en prenant soin
de ne pas regarder
les illicites
qui foncent en rugissant
vers la ville
Mais l’heure
n’est jamais la nôtre
et la route s’éloigne
comme un fruit sauvage
sans nous voir

.

 

 


Federico Garcia-Lorca – Le vent et la belle


mosaïc: Stephen Johnson

mosaïc:    Stephen Johnson

 

 

 

 

 

 

 

 

LE VENT ET LA BELLE
(Précieuse et le vent)

De sa lune en parchemin,
par un hybride sentier
de lauriers et de cristal,
Précieuse s’en vient jouer.
De sa lune en parchemin
Précieuse s’en vient jouer.
A sa vue le vent se lève,
car jamais il ne sommeille.
Dis, laisse-moi relever
ta robe pour voir ton corps.
Ouvre entre mes doigts anciens
la rose bleue de ton ventre.
Lâchant son tambour, Précieuse
prend la fuite à toutes jambes.
Le vent mâle la poursuit.
Avec une épée brûlante.

Précieuse, cours vite, vite.
Le vent va t’attraper !
Précieuse, cours vite, vite,
Regarde-le arriver,
Satyre d’étoile basses
aux mille langues lustrées !
Précieuse, morte de peur,
est allée se réfugier,
au-dessus de la pinède,
Et tandis qu’elle raconte
son aventure en pleurant,
le vent sur le toit d’ardoises
plante, furieux, les dents.


Claude Roy – Petit matin


 

 

Petit matin

Je te reconnaîtrai aux algues de la mer
Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains
Je te reconnaîtrai au profond des paupières
Je fermerai les yeux, tu me prendras la main.

Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus
Sur les sentiers brûlants d’odeurs et de soleil
Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues
Et les seins ombragés des palmes du soleil.

Je laisserai alors s’envoler les oiseaux
Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers
Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux
Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.

Je t’attendrai en haut de la plus haute tour
Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent
Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour
Est là marqué des pas de celle que j’attends.

Complices du soleil je sens mon corps mûrir
De la patience aveugle et laiteuse des fruits
Ses froides mains de sel lentement refleurir
Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.

Claude Roy

 


Chantier fossile ( RC)


Dans la lumière ruisselante,
Le vent d’un royaume de lumière
Filtre au creux du vallon

Et des pépites de joie scintillent
Entre les barques, et la chevelure des saules
Caressant le printemps du courant

Lilas et espèces légères, s’entrecroisent
De joyeuse croissance, sans peine, sont parvenus
A masquer les panneaux du chantier, laissé au silence

Les engins immobiles, leurs griffes de fer déposées au sol
Voient leurs chenilles empêtrées de ronces,
L’ œil mort d’un phare, les pistons interdits d’action

Le peint qui s’écaille, en plaques jaunes ternes
Où serpente en ponts de rouille,
Une colonie de fourmis qui en fait son domaine.

Les herbes hautes, sont une reconquête,
Le couvert des arbres a bientôt achevé
D’effacer la trace du sentier, …et celle des hommes.

RC   10 mai 2012


Soseki – Choses dont je me souviens


photo phil Selby visible sur FlickR,

 

 

 photos de Phil Selby,  voir ici

 


 

Pour l’heure j’ai oublié la poésie
Ma mémoire ne tente rien pour la retrouver
J’ai oublié tous les poèmes
L’oeil vague je regarde par la fenêtre s’étendre
L’ombre des arbres qui s’ennuient
Le soleil couchant éclaire un sentier
Un moine s’éloigne
Le feuillage cuivré d’un érable cache
Le campanile du temple
Qui s’enfonce dans les profondeurs
Du village embrasé par l’automne
Détaché de toutes choses
Je lève les yeux vers les nuages
Mon coeur est transporté
Le son d’un koto
Je suis heureux
Vieillir dans la sérénité
Bonheur suprême de l’homme sur cette terre
Le coeur en paix
Qu’un chien aboie que le coq chante
Tout résonnera avec douceur à mon oreille.