voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “Serge Mathurin Thebault

Derrière les paupières du monde ( RC )


Art: Brice Marden. Chinois dansant

Art:    Brice Marden.    Chinois dansant

Derrière les paupières du monde,
Les lignes s’embrouillent,
Les sons se mélangent, et les lettres dansent,
Qu’elles soient consonnes ou voyelles,
Le silence, côtoie le verbe, et bégaie…

On ne sait s’il faut le traduire,
Transposer de l’intérieur ce qu’on y voit,
Déposer sa propre couleur sans trahir,
Puis faire naître de l’obscurité,
Et d’un imaginaire, une pâle clarté.

Filtrant à travers d’autres yeux, mi-clos,
Tout existe, et son contraire,
Dans le bouleversement de la terre,
Où, parmi la cacophonie,parvient à l’ouïe,
Malgré tout, le chant des oiseaux.

RC- 23  juillet 2013

« réponse » à une  création de Serge Mathurin Thebault:

« Fermez les yeux »

Je titille

A la façon du maçon

La truelle du verbe

J’y vois que goutte

Pas même celle du sang

Que dépose le texte

Sur la membrane

De mon imaginaire

Les lignes se brouillent

Je m’exerce à un nouvel exercice

Pour ne pas fatiguer la pupille

J’écris les yeux fermés

C’est jeu que je croyais difficile

Et qui s’avère finalement facile

Pour faire bien comprendre la chance

De pouvoir créer dans la cacophonie

De ce monde bizarre

Au milieu des voyelles et des consonnes

Un soi à part qui émerveille

Je vois de l’intérieur

Je vois précis

Et si je ne parviens pas

Encore à vous le traduire

Mes poils hérissés

Le long de mon bras

Témoignent de ce bouleversement

Dans l’appréhension des choses

Allez même si votre vue est claire

Fermez quelques secondes vos paupières

Dans l’exigence du silence

Enivrez-vous de cette obscurité

Qui dans sa pâle clarté

Attire à elle  l’éclat de la lumière

Et les cristaux d’or de son élévation.

Serge Mathurin THEBAULT

photo CNRS


Serge Mathurin Thebault – Toussaint


Choix de Chrysanthèmes…(aussi le symbole de l’Empereur du Japon.)

 

La mort des hommes me concerne

 

Depuis quelques temps

Je lis la page nécrologie

Pour prendre connaissance

Si un quidam de mon entourage

N’a pas pris la poudre d’escampette

Sans avoir eu la politesse de m’avertir

 

C’est  une habitude qui va avec l’âge

Plus on vieillit plus jalonne la route

La disparition d’êtres humains

Qui à défaut d’avoir partagé le pain

Avons en toute insouciance

Becqueter l’oxygène

L’élément indispensable

De la respiration

 

Ce n’est pas que mourir

M’angoisse particulièrement

Le joueur d’échec sait toujours

Qu’il y a fin de partie

 

Soit dit quand même

Je ressens injustice

De voir homme ou femme

De ma génération

Et parfois plus jeunes

Fauchés blés

 

Au beau milieu

De leur déjeuner

Avec l’existence

 

La mort de l’autre

C’est toujours un peu la sienne

Quand je m’échinais dramaturge d’état

Dans le thème obsédant du mal être

Chaque suicidé était un peu de ma peau

Qui pourrissait sans avoir eu

 

Son comptant d’enchantements

 

La lumière cisèle un rai

Au milieu de mes rideaux

Cela éclaire mon carnet

De quelques visages radieux

Que ma mémoire soupçonneuse

Croyait avoir oublié

 

C’est sentiment prenant

Frisson dans la couenne du dos

Larmes que j’aurai mal à retenir

Si je savais pleurer

 

Mais voilà le sensible

Ne connaît pas les pleurs

C’est façon à survivre

Pour pépier en toute liberté

Les détails et les grandeurs

De cette pérégrination ordinaire

Qui ma foi

Pour n’être pas de première main

Autorise de griffonner ces mots

Qui font du bien à ceux

Qui les écrivent

 

Et j’espère aussi à ceux

 

Qui les lisent

 

Soleil de Toussaint

Sur le coin de la table

Pourtant quelque part dodeline

Dans la couette mélancolique

Des nuages

Un cerceau de lune

Où s’attarder entier

 

Dans la soie de l’enfance.

 

 

 

Voilà ce qui me fallait écrire

 

Aujourd’hui sur la mort des autres

 

Qui est toujours mienne.

 

 

Serge Mathurin THEBAULT   .
4 novembre 2012

Serge Mathurin Thebault – Dialogue


peinture:           Eugène  Isabey:        baie de St-Enogat

Le rocher n’a pas son  pareil   pour dialoguer avec l’océan

Cela se fait sans mots

Cela se fait   après une lente étude   de la caresse.

 

Serge Mathurin THEBAULT

 

– l’auteur nous fait part  également  de son site, ici