voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “signe

Trouver sa propre entrée – ( R C )


Résultat de recherche d'images pour "raoul ubac"

peinture: Raoul Ubac

 

 

Il doit bien y avoir quelque part,
une entrée gardée secrète,
qui mène vers un ailleurs
qu’empruntent  des explorateurs,
et  –  dont ils n’ont jamais parlé :

C’est une parole mutique
dont chacun connaît la clef,
le sésame, pour  y accéder…
se guidant peut-être à tâtons,
sur les parois de la conscience .

C’est difficile à expliquer…
Malgré  toute la bonne volonté,
dont je pourrais  faire  preuve,
je ne peux rien dire …
Il faudrait que je trouve ma propre entrée…

Je suis  dans un espace clos,
où nulle lumière ne pénètre,
juste guidé par le murmure familier,
du bruissement du sang
dans mon corps .

Peut-être verrais-tu dans le noir,
si tu étais à ma place,
quelque luciole voleter,
ou une étoile qui clignote…
( si c’est un signe  …)

Mais ceux-ci sont trompeurs,
et finissent  par s’effacer
aussi soudainement  qu’ils sont apparus,
à la façon d’une  cigarette
indiquant une présence,

et qui a fini de se consumer.

RC – avr 2016


Georges Lisowski – troisième élégie


sculpture : McDermott

 

 

Je ne connais plus l’éblouissement pourtant
je l’ai connu je me couvre les yeux contre un vent de sable
j’appelle des mots qui sont en retard de plusieurs années
années vides de quoi que ce soit de beau
Imprudemment je pénètre le labyrinthe du langage
et voulant émerger à la lumière du jour
je dis trop ou je dis trop peu
les signes me fatiguent,  je me raccroche aux choses
Toi qui apaises l’inquiétude des hirondelles
tu m’as compris
mais bien trop à la lettre,    le monde s’est éloigné
et l’oiseau est une pierre
le visage humain se transforme en paysage

 

Georges Lisowski    ( 1972-76)

 


Repères , sans repères ( RC )


Hop, c’est un signe. Il faut avoir l’oeil attentif pour le voir.

Sur un poteau banal, une petite pancarte jaune, autocollante.

On n’y fait pas attention.

Et quelques jours après, c’est la même chose le même signe, à un autre endroit.

Puis un autre, et, cela semble se multiplier, au hasard des parcours.

Sans explication.

Un jeu de pistes , un clin d’oeil jaune, oui, mais vers quel but ?

Peut-être observe-t-on mes parcours, et quelqu’un marquerait mes étapes, indiquerait sur le plan mes allées venues, mes haltes obligées : au carrefour, au passage piéton, à la papeterie, au magasin de fruits et légumes, à la station service, que sais-je ?

Ce serait un réseau indiqué sur la carte, on relierait les points et ça dessinerait quelque chose. Une géométrie, une figure dont je dessinerais le contour, en remarquant ces étapes. Ou bien des signes de reconnaissance, entre initiés, s’affirmant, toujours plus nombreux, jouant sur l’effet de foule, ….un complot qui se trame.

Une toile d’araignée qui s’étend,…

Et ces signes…  dissimulés derrière leur banalité…

Sans itinéraire défini, un peu comme des yeux,

Qui scrutent, posent des questions de leurs yeux jaunes , mais sans les poser.

Peut-être suis-je le seul à les voir ? 

Mon esprit abandonné à la pénombre, sans repères.

RC – 11 octobre 2013


Adonis – Damas


photo: Claire Brugnon – Damas

 

Damas, tu m’as fait signe

Je suis venu à toi, voix orpheline
Se nourrissant
Tissant sa parole crépusculaire

d’une langue maudite
Qui tapisse l’univers
Arrache la porte
de sa sagesse ancienne.

Je suis venu, porteur d’une étoile
d’un feu éloquent
Etoile, rends-moi les rois mages
Et toi, feu, dévaste cet univers
de feuilles et de vent.

Damas

Nombril de jasmin gravide
Qui déploie son arôme comme un toit
Et attend son nouveau-né.

Adonis  – ( Ali Ahmed Saïd Esber )

 


Thierry Metz – Je suis tombé


peinture           Christian Rohlf

 

 

 

 

Je suis tombé
dans mes pas
jusqu’à les suivre.
Jusqu’à ne plus dormir.
Les mères étaient trop loin
et je n’avais qu’une torche
à peine pour me conduire
assez  pour  passer  sous  chaque mot.
Et seul, me consumer.
Puis j’ai fait un signe
d’au-revoir.
Il n’y en a eu qu’un pour me dire :
Oui,
tu peux sortir de la maison
nous n’avons plus de visage.

Mais  moi  je  suis  sorti  avec  mon visage. Je continue mon métier dans les feuilles. Sur les talus. Dans les fossés. Près des eaux. Je nettoie les bords.

Je ne fais pas une enquête. J’essaye seulement de retrouver l’assiette et le verre, le soir, sur la table.

Je n’ai rien à signaler que ce que je fais, parmi l’herbe et la ronce.

Quant à mon écriture : c’est une roue qui passe, une brouette de terre. Le reste est dans ma main. Avec la sueur.

Ici il y a plus de 36 chemins. Qui vont nulle part.

Et j’y vais à coup de faux et de trinque.

Le livre est livré au jour, à lui-même. Moi, dehors : j’éclaircis, je cingle l’ortie comme on frappe sur les eaux ; quelque chose alors est rendu au possible, au probable : une aile, une branche, un sourire. Mais comment ne pas faillir hors de ces rares instants, si simples et pourtant toujours remués ? Que vient faire ce que je suis là-dedans ?

Je ne sais pas mais je m’accorde un répit. En attendant la mêlée. Sur une souche. J’ai rassemblé mes gestes comme si c’étaient des chiens, des bâtards. Mais je suis prudent avec eux car c’est partout la faim.

Puis vient le soir, la petite heure. Le carnet est vite dépecé. Le verre de vin est bon. Le feu. Les mille et un petits gestes qui font qu’on ne fait rien.

Qu’on ne fait rien. Que le souffle ou la main n’est admis.

Enfin c’est le sommeil, le drap déplié, le château.

Tout sert d’appui autour de ce qui est à rêver, dans l’oubli. Tout sert dans ce convoi, tiré par des oiseaux. C’est le jour, c’est le ciel, c’est le bonjour d’un passant qui a servi d’appât.

Mais je ne dors pas,
je cherche le soleil.

Je me suis pris les mains dans ce que je disais.

Thierry Metz, Terre, Opales/Pleine page, 1997 ; rééd. 2000

 


Ombres -Contrevents – Lueur noire


photo: Benoît Lange – de son livre sur l’Abyssinie

Encore  ( ombres et contrevents)… le blog  d’Adelline

Tu marches les yeux baissés

pour protéger

la lumière

emprisonnée dans la cage des rêves

 

elle s’insinue  jusqu’en ta bouche

jusqu’en tes doigts

barrière de pluie  teintée 

du sang séché de ta mémoire

dis aux yeux ignorants

aveuglés

qu’ils te ressemblent

 

Je sais c’est parce que

tu la secoues ta vie

 

que les signes

tombent

aussi noirs

mais

 

 devront réveiller demain une aurore ensoleillée

 


Sensation – d’elle (RC)


 
En réinterprétant une  partie  du post 1606    D’Arthémisia:  « Ce rose s’appelait Pimprenelle. Elle sourit. Se sourit.
La vitre reflétait parfaitement son image. Elle se  fit une bouche fleur. »

 

—–

La vitre reflétant parfaitement son visage

Transmit , du quai de la station,  son image

 

Ce reflet, qui  saisit , de bonheur,l’amateur ,

La mateur attend.    , et tente un signe.

 

Lorsque le dessin des lèvres paraît, insigne

Sur la vitre embuée,  la bouche fleur

 

Le reste  du visage fuyant, très doux

Evoqué, et comme aspiré par le flou

 

Juste un baiser rosi, frôlement froissé, d’ailes

Couleur carmin, sensation – d’elle (Pimprenelle)

 

Déposé sur la glace du métropolitain

Qui s’ébranle   –  en parcours souterrain

 

Emportant au loin     l’image en fusion

Du jour à venir,        et ses tentations.

 

 

RC


Claude Esteban, Le jour à peine écrit


dessin: Richard Serra Venice Notebook 2001


 

Je t’aime depuis toujours.

Je t’emprisonne dans une image.

Je te rends aux chemins, toi qui mourais sur chaque fleur.

Délaisse nos saisons. Altère le savoir des signes.

L’air est sublime. Le ciel monte.

Nous marcherons comme si dieu dormait.

peinture : Joan Mitchell chord VII 58


Pierre GAMARRA – comme une goutte de sang


Comme une goutte de sang
Comme un signe de corail,
Comme un rêve de cerise,
une voile sur la mer.

Comme le cri d’un enfant,
Comme une larme d’octobre,
Comme le feu de mon cœur,
une voile sur la mer.

Comme une lèvre de femme
Comme une perle profonde,
Comme l’œil de la sagesse
une voile sur la mer.

peinture: M de Vlaminck, ville au bord du lac - 1909

PIERRE GAMARRA,

Poèmes inédit» pour les enfants,
© Les Éditions ouvrières.