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Jacques Ancet – Diptyque  avec une ombre


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Tu passes toujours et tu reviens.
D’autres t’ont donné un nom. Pourtant
tu n’en as aucun, tu les as tous.
Je dis cendrier, purée, pollen,
je dis visage, herbe, bol, silex.
Tu sors de l’un pour entrer dans l’autre.
Tu tisses des fils qu’on ne voit pas
mais qu’on sent partout. J’ouvre la porte,
je suis sur le seuil: tu me regardes.

 

Diptyque  avec une  ombre    2005

 


Vertiges – de fileuse de lune


photo : H Cartier-Bresson Arbres en Brie

A voir  sur le blog   ( de fileuse de lune) 

Vertiges

éclaboussures

traversées

J’habite ces parages

de peu de densité

où l’éclair d’un regard

chavire l’horizon

Membranes soulevées

sur le dos des fleuves

s’éparpillent en rémiges

en consonnes

brunes et vigoureuses

Se déversent les langues

dans une amphore

se délecte le ciel

d’être à nouveau

en crue

Pour apprivoiser les pinèdes

en maraude

les forêts de silex

il faut tailler son nom

dans le tronc le plus vieux,

habiter son élan

Dans les prairies de l’Homme

je sais un abreuvoir

où se rassemblent troupeaux

de hautes sèves

clameurs de laines

blanches et bouclées

J’y porte l’épaisseur

de mes murs

la lourdeur de mon sang.

Une odeur de suint

ocre et tenace

rassure les ancêtres

Claquante

comme une étreinte

la parole éperonne

les flancs fumants

de ce matin tout neuf

Tourbillon

ivresse pure

je virevolte, à cru,

sur des phrases de sel

m’accouple à leur écorce

et hurle

source vive !

J’ouvre,

dans ma poitrine,

des fenêtres

aux giboulées de grives,

de raisins et d’étoiles,

aux rafales d’ardoises,

aux foules écervelées

des déserts, des pierres

et des jardins

Là, dans cet espace

consenti à l’incandescence,

la bruine déploie

mon feuillage

gâche sa salive

à ma résine

Sur mes berges

calleuses

faseyent quelques saules

Guetter l’exubérance

étirer les limites

de son sang

de sa peau

pour être ampleur

luxuriance

et faire tomber de soi

jusqu’à la moindre

ténèbre

Et puis

se rencogner

dans l’angle juste

de la légèreté,

retrouver sa foulée

d’osier souple et de vent


Béatrice Douvre – Habiter la halte brève , la rive avant la traversée


peinture: Arnold Bocklin, Odysseus & Calypso 1882

Habiter la halte brève
La rive avant la traversée
La distance fascinée qui saigne
Et la pierre verte à l’anse des ponts

Dans la nuit sans fin du splendide amour
Porter sur l’ombre et la détruire
Nos voix de lave soudain belliqueuses
L’amont tremblé de nos tenailles
Il y a loin au ruisseau
Un seuil gelé qui brille
Un nid de pierre sur les tables
Et le pain rouge du marteau
La terre
Après la terre honora nos fureurs
Ô ses éclats de lampes brèves

Midis
Martelés de nos hâtes
Tant d’éphémères mains, tant de vent
Ce soir
Tarde la magique lueur
Et ton nom est incertain
Parmi de pauvres roses
Ton nom défait les fleuves où la lumière nage
J’ai patienté pour accueillir
Longue ta voix le long des longues herbes
Mais tu es seul parmi la pierre des étoiles
Ta voix prolonge la source des vivants
J’attends pour te reprendre de n’être qu’un langage

L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes
Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf
Je te regarde tu courais
Geste habité du voeu de naître
Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes

Le visage traversé
Dans des jardins à jambes de verre, et de roses
Quand recommence la mer tendue
Des lampes, et le froid
Et que l’on tient, dans les mains, le dernier monde
Rêve, et à l’avant du rêve un corps l’éclaire
J’ai peur de ces troupeaux dans le progrès des lampes
Peur de la terre des pas
Près de la porte où penche
La nuit lourde de l’aile
Il y a ce péril
Des lampes dans la maison
Ce désir
Comme un taureau dans l’or
Un feu de bois de rose
Coupé par l’hiver

La voix changée m’emmenait dans ses tours
Je dérivais au son des campagnes
Dont l’été meurt
Marcher maintenait une lampe
Des lacets d’oiseaux noirs de songes
Cherchant farouchement le ciel
D’un bord à l’autre
Comme une voix changée qui chante
Qui refuse
Marcher maintenant m’éclairait

Des mains brunes ce soir ont recueilli
Longuement l’eau patiente du soir
Du vent passait
Dans le vent des doigts
Amers des fileuses
Et au-devant
Les troupeaux sont la pierre même
Etrangement
Debout dans la paille limpide
Venue
Des mains fidèles des fileuses
Aux fronts de vent.

Regarde-moi courir, m’éloigner dans l’apparence
Vers les rires bleus de l’air
Immense
La soif divisée
J’ai l’appétit fermé par le malheur
Comme ces bêtes au front silencieux
Ont mille morts mille hontes légères
Un vent du sol entier
Parcourt mes membres, leur perfection
De sable froid
Soulève encore une piste de pas
Et d’autres pas se perdent sur la mer
D’autres mains, doucement infinies
J’ai l’âge travesti des forêts, mais je danse.

La part du jour froissée d’oiseaux
Jusqu’aux fatigues
Nos pas
Relancés en lueurs
Déjà
L’air élargi
Là sous le volet lourd
Ô d’heures encore chaudes
Jusqu’à l’ouvert où vaincre
L’inanité
De nos demeures

Femmes pleines de nuit, aux voiles vierges et noirs, vous saignez dans les ports et vos
barques sont sèches.
Le silex de vos mains taille des regards de diamant aux enfants qui vous pendent.
Il vous faudra perdre le vent de vos cheveux et revenir aux Villes. Mendiantes au ventre
lourd, vous dressez des drapeaux avec vos âcres jupes odorantes.
L’acier de vos paupières ressemble aux grands radeaux qu’on voit sur les tableaux de mer.
Rires, et l’évidence de vos pas nus sur le marbre des pelouses ; indifférentes aux grandes croix
qui trouent le ciel bas et mauve.
Je bénis vos épaules que creuse un sein maudit, et vos bras matinaux, blancs de draps,
comme un lait de montagne.

BEATRICE DOUVRE


Lucien Laborde – Mal végétal


fauteuil végétal de Marie-Claire idées

Mal végétal

Que ceux qui n’ont jamais souffert
d’un mal végétal de chou tranché
d’une angoisse cristallisée
de sucre ou de sel
d’une cassure de silex en pleine rotule

que ceux qui n’ont jamais été fusillés
avec les murs à l’aube
qui n’ont jamais levé leurs cris leurs mains
comme un épi debout sur les épis fauchés

que ceux qui n’ont jamais senti
le poids impossible à mouvoir
du corps dans les prisons de lune

que ceux qui n’ont goûté l’horreur
de sombrer sous les vagues
dorment
roses replets stupides
la vanité chatoyante dans l’oeil
sur le rivage du grand lac
frémissant à plein ciel !

Que ceux-là restent à la porte
absents de la haute espérance !

Sans eux nous porterons la Terre
aux lèvres du soleil
à la santé des vendangeurs !

Lucien Laborde. (peintre-poète)


Miguel Veyrat – Somnambule


dessin duo graphique         avec J Hemery  -2001

 

 

 

Une toute  nouvelle  publication de Miguel…

 

dont  j’ai  « osé la traduction »  ( approuvée par l’auteur )…

 

Je me suis déshabillé
pour vous retrouver
en apprenant
la combustion silencieuse

(Peut-être un sanglot caché,
nomade et muet
comme une étincelle
au coin du feu.)

épuisé d’attendre
accroupi et assoiffé
à l’arrivée de l’aube,
le silex chute
sur les entrailles dures
de la Parole.

 

-(—   et dans la langue  d’origine:

 

« Sonnambula »

Me desnudaba
para hallarte
y callaba quemando
lo aprendido.

(Acaso un oculto
sollozo, nómada y mudo
como una chispa
junto al fuego.)

Exhausto aguardaba
agazapado y sediento
el centelleo de la aurora,
pedernales cayendo
sobre las duras entrañas
del Verbo
(MV. In « Conocimiento de la llama »