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Une île d’écriture – ( RC )


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Il y a bien un moment, où le bateau,
à force de dériver, accoste à une île.
Je suis d’abord méfiant,   puis y risque quelques pas,
on ne sait quel sera l’accueil.
>                      Je laisse passer du temps.

On apprivoise l’île et ses occupants,
animaux, végétaux et humains
( s’il y en a ).

Inversement l’île apprivoise,
on dirait qu’elle veut m’inclure dans elle,
faire connaître ses humeurs,
à travers ses mangroves,    ses lianes,
ses singes et insectes .

Les fruits exotiques sont mon apéro,
et j’ai trouvé un abri
pour les jours de pluie.

Bientôt je vais me greffer aux arbres,
je serai leurs racines,
et une extension de feuillage,
comme si avant    j’étais une chose morte,
et qu’alors       j’eusse renoncé à l’inutile.

C’est ainsi que j’ai abordé         l’île d’écriture,
porté par les alizés,
et maintenant              je fleuris d’encre .

RC – oct 2017


Autochtone – ( RC )


rechab 2e.jpgImage :: création perso   2005

 


On peut s’égarer dans la forêt,
Si tu ne connais pas bien le chemin,
et tourner jusqu’au lendemain,
– On n’en connait pas bien les secrets  .

Tu peux te guider aux petits bruits
Les déplacements subtils
des yeux de la nuit
Le glissement des reptiles

qui te surveillent,
l’ombre taciturne,
éloignée du soleil,
les oiseaux nocturnes

cachés dans les frondaisons
mènent leur vie tranquille
comme sur une île
séparée de l’horizon.

Imagine-toi en Afrique
où les singes se répondent,
alors que tu vagabondes
dans un lieu typique

qui t’éloigne quelque peu
des sentiers balisés :
pas de Champs Elysées,
mais un autre milieu :

une jungle épaisse
qui s’auto-multiplie
et où jamais elle ne te laisse
faire un safari .

Tu vas tenter de te guider
avec ces bruits furtifs :
Voila ce que c’est de se balader
dans ce parcours évolutif.

Tu vas contourner de larges flaques d’eau,
des rochers de latérite
– des obstacles dans ta visite –
et toi, toujours sac à dos

Quand tout à coup, un bruit t’immobilise
et qui va grandissant :
C’est la démarche imprécise
d’un ce ces habitants :

On les nomme autochtones,
comparés à toi,          l’étranger :
ce ne sont pas des hommes
qui portent le danger ,

mais de ces animaux
qui parcourent avec aisance
de grandes distances
par monts et par vaux :

En voila un            à présent
qui écrase de grands végétaux
comme de vulgaires poireaux
en s’avançant nonchalament.

C’est un peu bizarre
cette rencontre inopinée ,
mais choisissant de se baigner
dans la première mare :

C’est une sorte de colosse gris
qui paraît               immense
et tranquillement s’avance
sans forfanterie

Tu peux voir de trois-quart
l’animal        et son curieux épiderme
maintenant au milieu des nénufars :
c’est un pachyderme

Un de ces géants
pas très discrets
mais qui connait bien la forêt :
tu pourras suivre en son temps

les traces qu’a laissées
négligeamment
le grand éléphant
dans son pas cadencé

pour retrouver en effet
avec les arbres aplatis,
rapidement la sortie
à la façon du petit Poucet

A la place des cailloux,
tu peux remercier ton baigneur
qui fut aussi ton sauveur
et tu rapportes une photo de lui, ( floue ).

RC – oct 2016


Robert Piccamiglio – Je rentre au cabaret


 

Packgause

 

Yuri Laptev

 


Je rentre au cabaret
mater des vieux travestis
qui crient comme des singes
échappés d’une cuisine

Je croise en sortant
un gros bébé
qui a dans la tête
une caisse enregistreuse
noire et vide
la combinaison est compliquée

Ensuite je me retrouve
sur le trottoir
en train de chercher
à quatre pattes
mon laisser-passer
pour rentrer chez moi

J’ai la tête comme un bunker
quand dedans
ça se met à tirer
de tous les côtés
à la fois

Enfin je me relève
me coince dans la bouche
une cigarette parfumée
et importée de Thaïlande
je vois alors le ciel
qui avance et qui vole
plus vite

que les supersoniques
et puis la cigarette
s’éteint très vite
le matin rentre vite fait
son dentier dans sa bouche

Je descends dans ma tête
le store métallique
je ne fais pas de bruit
ce n ‘est pas plus compliqué
que ça.

 

( Poème affiche )


Camille Lysière – L’homme dessiné


Parmi les nombreuses publications de Camille,

J’ai choisi , avec son autorisation   » l’homme dessiné », que l’on peut  retrouver  sur  son blog…

Cœur de nuit.

Mon Homme-dessiné étendu sur le ventre, un bras tombe du lit, le dos de la main posé sur le parquet.

Il a fermé les yeux, il respire lentement, et sourit de temps en temps au gré de ses pensées. La lumière est douce et les draps sont froissés.

Les bruits du dehors nous parviennent seulement, nos halètements se sont enfin calmés. Il m’a prise comme j’aime, il m’a bercée, rudoyée, il m’a fait naître de ses mains, me transformant dans la même heure en catin, en princesse, en souillon, en sœur, en diamant palpitant.

Toutes les femmes en moi qu’il explore et visite, qu’il va chercher à coups de regards et de reins. Ou qu’il crée, peut-être, je n’en sais rien.

Je caresse ses fesses, rebondies, soyeuses, blanches. Seule surface épargnée de son anatomie. Mon Homme-dessiné a dressé sur sa peau la carte de sa vie, l’histoire de ses cris. Je les caresse du bout du doigt, je les embrasse, je les cajole. Je les envie. Collées à lui. A jamais ses alliées. Soudées.

Du bout du doigt je parcours des volutes, des arabesques, des pétales de lys, des angles saillants, des chemins de lettres aux tracés étonnants. Il m’explique chacun, des noms curieux, exotiques et charmants, des chemins tortueux, des désespoirs en noir et gris. Il me parle de lui.

J’écoute, fascinée, son parcours meurtri, et aussi ses espoirs, ses envies, ses forces, ses fragilités, son mépris, son respect. Mon Homme-dessiné se tourne sur le dos, me présente son ventre, tout aussi décoré. Ses tétons rosés sont percés de deux anneaux d’argent, je les chahute du bout de la langue, je les suçote et les tire un peu entre mes dents.

Il rit, t’as pas fini, canaille ?

Je me pose sur lui, il est chaud, il est grand. Mon Homme-dessiné aime fermer sur moi ses deux bras colorés. Sur celui qui enserre mon épaule, une femme sirène que je ne peux jalouser, qui pourtant passe sa vie au chaud tout contre lui. Un étrange serpent, son œil au ras du mien quand je pose la joue contre ce large torse. Et puis les trois singes de la sagesse, assis sur sa clavicule.

Pour être heureux, ma princesse, ne pas tout entendre, ne pas tout voir, savoir se taire… Et tu es heureux, toi ? Il ne dit rien, il me serre un peu plus, il caresse mes cheveux. Je ne sais pas, je suis bien, là, parle-moi, encore, encore, parle-moi, je veux ta voix.

Cœur de nuit, cœur de vie. Mon Homme-dessiné au matin va partir. Tracer d’autres sentiers, mener d’autres combats, me revenir parfois, blessé ou triomphant.

Mon Homme-dessiné, troublé, troublant.