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Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


Des particules, s’éparpillent dans la fête – (RC )


 

C’est juste une portée  du hasard,
Quand  se perd  le regard…
Il s’essaie  au noir,

En reliant les  étoiles,
Pour en faire des figures,
Celles que l’on trouve en peinture

Les constellations se bousculent,
Dans une longue suite,
Celle des années-lumière,     en fuite.

Quels miracles lient les morceaux d’azur ?
Depuis longtemps basculés dans le sombre…
Je n’en connais même pas le nombre.

Des mondes entiers, des particules,
S’éparpillent  dans la fête,
Etoiles filantes ,        et comètes.

Il ne reste  de leur  passage,
Qu’une  légère trace.
….          L’instant suivant les efface     .

Peut-être fourbues…
Dans l’espace inter-sidéral ;
Je me sens un peu perdu

A l’intérieur ,  même, de cette carte postale.

RC- sept  2014


Le matin se déhanche – ( RC )


 

 

photographe  non – identifié..

 

Comme il fait encore sombre, ce matin,
La rue s’illumine de points.
Les  réverbères sur la perspective de l’avenue.
Et puis quelques fenêtres.
Dans l’une  d’elles, l’image d’une  femme qui se coiffe,
Ses bras sont en l’air,
Elle découpe sa silhouette,
Une danse  en S,
Rayée des lames  du store,
Le matin se déhanche,
En promesses de jour….

 

RC  –  nov 2014


Du corps j’ai perdu l’empreinte – ( RC )


photo:         Ivar Ivrig

Des brûlures noires,

Aux paroles tendues

Se consument encore

Dans un Styx immobile

Quand la pensée se fige,

Etranger à son propre corps,

Un pays natal, où s’oxyde

Une eau au goût,

Qu’on ne reconnaît plus .

Ou seulement le goût

De la cendre,

A regarder s’éloigner,

Toujours davantage,

La rive,   les champs.

Ils ne sont plus que surfaces ocres,

Et les arbres une masse sombre,

Un crépuscule du désir,

Et les braises éteintes ;

( du corps j’ai perdu l’empreinte ) .

On y distingue même plus,

Les fleurs piétinées,

Le tout sera bientôt,

Recouvert par un rideau de fumée…

RC  – 28 novembre 2013


Miguel Veyrat – Je n’aurai pas peur de la mort


 

dessin:           Albert Dürer                     le trophée de Bohème.       Vienne

 

 

 

JE N’AURAI PAS PEUR de la mort
lorsque s’achèveront les mots,
car ma voix s’anime
au vent qui donne la vie,
qui s’agite
ou qui brille en sombre majesté,
et qui parfois frémit.
C’est plus fort
que l’amour et que la peur,
et plus fort
que la mort tout entière. (Un coq
chantera lorsque s’achèveront
les mots
—mystère: Moitié rêve
et moitié miroir l’aiguillon, silence).
Je serai enfin réel: je mourrai
en train d’agir, en train de vivre.

 


Coloration noire ( RC )


 

 

 

 

Quand  revient  l’été,      le soleil ardent
C’est de la surface,                     le brûlant
Dont nous protègent les arbres, et l’ombre
Pour qu’à la  canicule, on choisisse le sombre

C’est bien une histoire           en nuances
De sombre, et de clair,  c’ est dans la balance
Pigmentés de  rose,  de jaune  de noir
C’est de la peau, raconter l’histoire

Une enveloppe         qui recouvre  le corps
Protection,  des aventures           du dehors
Les aspects variés, certains diront , les races
Moi, je resterai, en couleurs, sur la surface

Pour fuir                les idées simplistes
Pouvant conduire, celles  du raciste
La couleur de la peau,  la coloration
Rime trop souvent, avec ségrégation

RC-  février  2012


Bombardements de Homs (RC)


Résultat de recherche d'images pour "immeuble bombardement homs"

photo d’actualité- immeuble détruit à Homs

 

Il y a quelque  chose de la nuit
D’un grand oiseau  sombre
Qui replie lentement ses ailes
La venue incertaine  du jour,
La quête du regard
Au milieu des grisailles
Quand dans les maisons tombées
Et les corps écrasés
Surgit encore la plainte
D’un nouveau né.

 

 

RC       5 juin 2012


L’horloge du soleil, n’a pas d’aiguille (RC)


photo perso: Champerboux ( Lozère)... soleil au soir sur le causse de Sauveterre d'autres idées de la région ? - c'est sur photo-loz

Si l’ombre , avec le soleil, joue  à cache-cache

Les nuages  au-dessus des vallons, font  » tache »

Poussés par le vent, ils balaient l’ennui

Et dessinent, en contraste, des morceaux de nuit

 

C’est comme d’une  grande  toile,  le dessin

Et  au fond, apparaît des maisons de village, l’essaim

Alors, brille  soudain d’une  fenêtre, le reflet

Un éclat, qui clignote un instant,    – en effet

 

En réponse aux nuages, un instant distraits

Laissant s’évader, de la lumière, un trait

Un trait de pinceau qui repousse l’ombre

Couleurs, retrouvées, que les nuées encombrent

 

L’horloge du soleil, n’a pas  d’aiguille…

Elle  désigne, de surprise, un endroit qui vacille

Se dérobe soudain, pour naître encore au regard

Au jeu des statues  d’ombres, fruit du hasard

 

—-

 

Si l’horloge se figeait – et qu’elle  s’immobilise

Un arrêt sur l’image – le temps n’a pas de prise

Le passager, dédaignant les passages furtifs

Fixe, en dehors des jours et heures, le définitif

 

Tel endroit, empêtré dans l’ombre, jamais ne se réveille

Et tel autre se dessèche, toujours sous le soleil

Voilà  qui sur terre,              ferait du bruit

A vouloir échanger   des morceaux de nuit

 

Contre, des îles  de soleil, la caresse

Toutefois, sous l’ère de la sécheresse

On inventerait  un jeu de miroirs

Pour prélever du clair, sur le noir

 

On ferait appel aux  sorciers, et leurs  grimoires

Pour trafiquer, les cours de l’espoir

Ce serait,            – vous m’avez compris

Encore un mirage,                   de l’esprit

 

—-

 

Mais rassurez vous,  ce n’est qu’une illusion

La terre  a repris, lentement,  sa rotation

Et en levant les  yeux,         –    au dessus de votre rue

Car le soir a placé ses pions,  et la lune,             –   apparue…

RC – 16 avril 2012

voir  précisément à ce sujet  les  photos  de lumières  de juin, ici

photo perso - Causse de Sauveterre - 2008


Michel REYNAUD, – Ote – (Mon corps me manque)


source: http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/la_cause_des_causeuses_/2011/05/michel-reynaud-mon-corps-me-manque-extraits-.html

photo anonyme des années 50 "bonheur ménager"

 

 

 

 

ÔTE

 

 

cherche la conque

où résonnent les paroles

là où il fait sombre

se trouvent les orages

sous les dents

de la pluie

cherche

main ne te protège pas

ôte encore toujours

tes vêtements

qui retomberont

comme mots sur la page

si le fou ou l’impudique

répond que tu n’es pas

mais ôte encore

ôte toujours.

 

 

 

Michel REYNAUD, Mon corps me manque, Mars 2011