voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “songe

James Joyce – musique de chambre V


 

Résultat de recherche d'images pour "cassiopea joseph cornell"

assemblage: Joseph Cornell   » Cassiopea »

 

 

V
Quand l’étoile s’élance au paradis,
Timide et inconsolée, chastement ;
Daigne entendre dans le soir assoupi
Celui qui à ta porte vient chantant.
Son chant est plus tendre que la rosée
Et lui est venu pour te visiter.

Ô ne te penche dans la rêverie
Quand il t’appelle à l’orée de la nuit.
Ni ne songe   «Qui est donc le chanteur
Dont tombe ce chant qui parle à mon cœur ?»
Reconnais l’amoureuse mélopée :
C’est moi qui suis venu te visiter.

 

 

V
When the shy star goes forth in heaven
All maidenly, disconsolate,
Hear you amid the drowsy even
One who is singing by your gate.
His song is softer than the dew
And he is come to visit you.

O bend no more in revery
When he at eventide is calling.
Nor muse : Who may this singer be
Whose song about my heart is falling ?
Know you by this, the lover’s chant,
’Tis I that am your visitant.


Bernat Manciet – Sonets – XIV


pictodon --tamburina_Sergius Hruby.jpg

XIV

Toi qui m’es songe plus même que songe
lorsque te tresses en lierre dans mon sommeil
l’éclairant de grappes noires
songeur de mille songes souples

m’acheminant aux sentiers sûrs du somme
plus ils se démêlent et plus je m’y élance
plus ils s’assombrissent et plus je m’enflamme
jusqu’à l’étreinte en resplendissant rien

d’écarts de fuites tu me réconfortes
tu m’es le vent qui se meurt aux jardins
un Etranger qui fonde ma maison

car plus solide que pierre de taille
plus sûr qu’en juin le grand soleil
le mal de toi qui dort dans ma poitrine.

 

 

Bernat Manciet  est un auteur occitan, natif des Landes,  ce texte  est  extrait d’un recueil appelé « Sonets »…

d’autres infos  sur ce poète, sur poezibao


Patrick Laupin – l’homme imprononçable – extr 01


BE051797

 

photographe non identifié

 

Je voudrais que s’entende comment la violence historique rentre dans les corps, crée en chacun une parole non parlée, un soliloque muet.

D’ordinaire la poésie arrive à ça par des abréviations fabuleuses et des synthèses de foudre donnant à lire toute la structure du langage en abîme.

J’entends une poésie qui ne trahisse pas la réalité. J’imagine un théâtre, simple odyssée sous les arbres, solitaire, tacite ou social, où l’auditeur soit dans la position d’entendre ce qu’il écoute comme s’il ne l’avait jamais encore entendu prononcer, bien que vivant de tout temps de ce débordement concentré de sa propre énergie singulière.

Où soient des adresses, des voix, un lieu de la parole en soi pour qu’elle puisse exister. Sans quoi, le tragique de la folie le prouve, l’homme est un être donné pour le néant et la disparition. Que la voix retraduise ça, le lieu, le geste, le fuyant.

Que s’entendent ces voix, vulnérables de songe, sentences retorses qui évident le mensonge, une beauté statuaire dans le calme plat de l’invective.

Je voudrais que s’entende une langue qui par la répartie instantanée retourne le sens à son vide, à la cruauté rapace d’envol qui dort dans la guerre intestine des corps, à la douceur élue de la beauté.

Ennuis, soleils, traites impayées, corps courbaturé et l’oppression, le souffle de la révolte.

Je me dis qu’une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition.

Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d’insurrection sacrée.

 
(extrait de L’Homme imprononçable, La rumeur libre éditions, 2007)


Michel Camus – proverbes du silence et de l’émerveillement – la maternelle vacuité du silence


 

fresque médiévale -- Mesnard-la-Barotière, St Christophe

fresque médiévale — Mesnard-la-Barotière,    St Christophe

 

Absolue la maternelle vacuité du silence
Imprononçable le mot de l’énigme au cœur de la vie
Indéchiffrable le signe muet de sa présence
Abyssal le songe éternel du regard
Immortelle la part de silence au cœur de l’homme
Quel poète n’est pas écartelé par l’exil de sa langue

dans l’éden du silence

Le poème comme instrument du silence dans la musique de la langue
Le silence, dites-vous, est un concept
Et si le concept était un germe issu du silence
Loin d’être la négation de la langue le silence est son double secret, germe intime et matrice infinie
Car du corps-du-silence naît le souffle et du souffle la parole

que le sens insensé du silence ensemence
Que sait-on sans mot dire
Par le silence le poète s’efface par la poésie le silence se dépasse
Duplicité du silence, duplicité du poème nous comblent d’incertitude

 

Proverbes du silence et de l’émerveillement      , Éd. Lettres Vives, coll. Terre de poésie

 


Jean-Baptiste Tati-Loutard – désirs et songes


photo: Florence Henri

Nos désirs se sont accomplis dans les songes ;
Les lits, les rues, les mémoires restent vides.
Déjà ta vie s’incline :
Au-dessus de toi, elle s’épaissit
En un ciel de sauterelles.


La colline aux cigales: Derrière, tout au fond.


photo: bibliothèque ( musée de la miniature, Lyon)- maquette

06-01-12

Derrière, tout au fond.

 

Un jour après l’autre

Part dans la nuit

Concorde électrique

 

La lueur que jadis

Tu tenais

Comme une pierre échappée

 

Du cerceau des songes

L’air se détache des ombres fluettes

Il enterre les vagues

 

Qui roulaient sur nos peaux avides

Et, il nous reste l’aube fraîche

Pour dernier repas

 

Pour dernière tentation

Il reste l’absence en miettes

Pour illuminer ce qui gît

 

Sous les pieds du temps

Notre espace

Friche abandonnée

 

Au désastre

Reluie comme au premier jour

Nos paupières

 

Sont les pages du livre

Qui dorment dans le feu.

 

voir le blog  de la colline aux  cigales

photographie: bâtiment de port, abandonné: voir http://www.flickr.com/photos/jimmediaart/371793938/


Marina Tsvétaieva – la maison de Moscou ( 1916 )


maison de bois à Liepaja - Lettonie - photo perso

 

 

Ce texte est extrait d’une publication   de poèmes  inédits  de  « Vanves »…

que je me suis procuré récemment…

 

La maison de Moscou.

 

 

Dans ma ville immense c’est la nuit, Maison en sommeil, je te fuis, Les passants pensent : femme, fille Mais moi je ne retiens que – la nuit

Le vent balaie ma route, c’est juillet

Musique, fenêtre, une lueur,

À l’aube, au vent, je marche vite,

Mais je n’ai retenu que – la nuit.

Peuplier, lumière, fenêtre, ‘

Fleur dans ma main. Une cloche sonne,

Un pas au loin et il ne suit personne, Une ombre là, et ce n’est pas la mienne

À ma bouche – goût de fleur.

Sur mon sein

Feux dorés, fils serrés en collier.

Votre songe – c’est moi, libérez

Ô amis, le poète de ses liens.

(Moscou, 1916, Insomnie, cycle de onze poèmes.)

Riga - Lettonie: batiment soviétique en reflet - photo perso