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Ceija Stojka – Auschwitz est mon manteau (extraits)


 

Kiefer

Anselm Kiefer — Die Ungeborenen (Les non-nés)

 

L’homme a créé la balance

elle indique la justice

la majorité et la minorité,

et alors pourquoi

nous traite-t-on nous les Roms et les Sintis

de minorité ?

regardez donc ce qu’indique la balance

ou est-ce vous qui l’avez étalonnée

pour que vous puissiez dire : nous sommes

la majorité

et vous la minorité ?

de awen bachtale[1].

 

[1] Soyez le bienvenu.

 

 

Die Waage erschuf der Mensch

sie zeigt die Gerechtigkeit

die Mehrheit und die Minderheit

und warum

bezeichnet man uns Rom und Sinti

dann als Minderheit ?

schaut doch was die Waage zeigt

oder ist die von Euch geeicht

damit Ihr sagen könnt :  wir sind

die Mehrheit

und Ihr die Minderheit ?

de awen bachtale.

 

***

 

Le ruisseau

était notre baignoire

la rue notre pays natal

notre pain

les hommes qui nous le donnaient

Notre souffrance personne ne la voyait

Nos morts gisent dans la terre

le pays où ils sont nés

La nature est notre première mère

Le vent est le frère du Rom

la pluie la sœur de la Romni

Et tout le reste va avec

 

 

Unsere Badewanne

war der Bach

unsere Heimat die Straβe

unser Brot waren die Menschen

die es uns gaben

Unser Leid das sah niemand

Unsere Toten liegen in der Erde

Land wo sie geboren sind

Die Natur ist unsere Urmutter

Der Wind ist der Bruder des Romm

der Regen die Schwester der Romni

Und all das andere gehört dazu

 

***

 

Auschwitz est mon manteau

tu as peur de l’obscurité ?

je te dis que là où le chemin est dépeuplé,

tu n’as pas besoin de t’effrayer

 

je n’ai pas peur.

ma peur s’est arrêtée à Auschwitz

et dans les camps.

 

Auschwitz est mon manteau,

Bergen-Belsen ma robe

et Ravensbrück mon tricot de peau.

de quoi faut-il que j’aie peur ?

 

 

Auschwitz ist mein mantel

du hast angst vor der finsternis ?

ich sage dir , wo der weg menschenleer ist,

brauchst du dich nicht zu fürchten

 

ich habe keine angst.

meine angst ist in Auschwitz geblieben

und in den lagern.

 

Auschwitz ist mein mantel

Bergen-Belsen mein kleid

Und Ravensbrück mein unterhemd.

Wovor soll ich mich fürchten ?

 

 

 

Auschwitz est mon manteau

et autres chants tziganes                  Editions Bruno Doucey

 

 


Ludovic Degroote – la digue


 

Résultat de recherche d'images pour "digue le sidaner"

peinture : La chapelle  sur la  digue à Collioure  –   Henri Jean Guillaume Martin

 
Pas de bout,        pas aux choses,      pas à soi,
peut-être pour ça qu’on va sur la digue,
on regarde la mer, les falaises, les villas,
à la fin on revient, on attend de recommencer,
au milieu de la vie qui passe.
La digue ça ne mène nulle part,       ça n’engage à rien,
on regarde la mer,               et puis on s’en va ;
les yeux naturellement sont portés là plus qu’aux villas ;
où il n’y a rien l’œil ne tombe pas, ça nous laisse d’abord à nous-même.
Les choses souvent on croit qu’elles sont là pour nous,
qu’on a d’elles une mémoire, un regard
– on est séparé de tout, les choses tiennent sans nous,
c’est pour ça qu’elles n’ont pas de bout.


On passe, on marche, on avance,
moments posés les uns près des autres,
on ne s’en rend pas forcément compte,
les pensées naissent et meurent,
elles glissent sans qu’on soit toujours là,
ou bien c’est nous qui glissons, à côté,
ou bien non, ça se fait comme ça, en dérive.


Sous le ciel, neutre, froid, calme,
durant dans le silence,
comme s’il ne restait plus qu’une enveloppe.

On sait que c’est là, évoluant entre la gorge et l’estomac,
ça bouche ce qui à l’intérieur demande à respirer.

Ça n’empêche pas de vivre, ça donne juste un goût aux choses,
on finit même par croire qu’on s’y fait.

Pas de sens pour faire la digue,
on commence n’importe où, pas de fin,
on en fait des bouts, des pans,
tout y paraît sans histoire, sans mémoire,
disloqué comme les choses sont en nous,
avec de grands pans de vide séparés comme des digues.
Les paysages sont intérieurs.
On ne connaît pas la souffrance des autres,
on se contente de soi.

Ce qui rend lourdes les choses s’est perdu au fond
et ne pèse plus.
Demeure le poids de notre présence face au monde,
ce qu’on pèse soi-même sur ses propres épaules.

Peu d’étale des choses, de transparence entre elles,
rien qui tienne hors de notre regard,
la digue on la fait hors de tout, ça n’est qu’au-dedans
que les choses apparaissent, par pans, par bouts,
et c’est de là qu’on les croit isolées,
alors que les espaces ne sont disloqués qu’en nous.


C’est la mer à gauche quand on va à la Pointe aux oies,
à droite ce sont les cabines, les villas, les immeubles récents,
et puis aussi le Grand Hôtel,
les choses, ça arrive, on ne les voit plus,
on croit les savoir par cœur,
on n’écoute plus rien.


[La Digue, Draguignan, éd. Unes, 1995, p. 7-10]


Silences – (Susanne Derève)


 

PICASSO femme a la tete rouge

  Pablo Picasso – Femme à la tête rouge

 

 

 

Ma mère, mon enfant,  ma sœur,

et toi mon amie que tes peurs

entrainent  parfois dans les limbes

comme si le diable allait t’étreindre

                                  au saut du lit

 

Et les  mots les mots  qui s’envolent

quand de me pencher sur vous

de vous bercer à genoux

me rend avare de paroles

 

Ma mère, mon enfant, ma sœur,

toi  mon amie dont le malheur

donne à mes joies un gout de cendre

 

Ces mots que tu voulais entendre

ai-je jamais su te les dire

tant il faut d’amour pour apprendre

                                          à mentir

 

 

 

 

 

 


Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Blossom of Water Hyacinth 2, late 1920's

              Imogen Cunningham – Jacinthes d’eau

 

 

 

Je ferai d’aujourd’hui

un jour sans mots

un jour pour  rien

un jour d’oubli

 

Le gel a brodé de ses noires dentelles

mes roses de Noël 

mes roses vertes

mes roses sève

Elles    qui fleurissaient

mon cœur de vase bleue

empli  de tourbe et de fumée                                                     

 

J’ai refermé les mots de la souffrance

avec une clé de métal froissé

Il faut prendre garde à l’errance

 

J’ai tant rêvé     n’en reste

que le silence comme un vide

propice    rayon de miel

du miel des mots   ceux

dérobés à la conscience

 

Je n’irai pas les soustraire au matin                                            

au brouillard      à la nuit

je n’irai pas les puiser à  la mer                

 

la mer fait relâche aujourd’hui

c’est marée basse   l’estran dévoilé

comme on dévoile un cœur de tourbe

et de fumée      sans pudeur

 

et le chanfrein de l’heure bleue

où la lumière bascule

celle où le jour recule

voix sans timbre  grain de vie

étouffé

 

chuchotements  le froid

devers la nuit soudain tombé

et sur mes hellébores

cette noire dentelle

ce mortel  baiser

 

 

 


Yves Heurté – Magdala – 11


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peinture:  El Greco – Marie-Madeleine  en pénitence

 

La sentinelle se moquait :
« Ton amant couche au Golgotha.
Ne le réveille pas ».

Joie de nos guerres parfumées
plaisir de l’âme en tous les sens
montez à son calvaire !
Que sa souffrance saigne
à l’ivresse des souvenirs.

Ne m’oublie pas.
Toute beauté du monde
intacte est dans mes bras.


Dans l’armoire secrète de nos corps – ( RC )


photo: Désirée  Dolron

photo:            Désirée Dolron

 

 

 

 

 

 

 

L’harmonie de nos matières, nous fait intégrer dans l’armoire secrète de nos corps, toutes nos fragilités, et certitudes.

Parfois sous forme d’une pierre rugueuse, parfois, la corolle fragile d’une fleur rebelle, parfois le coffret étanche d’une boîte où rien ne semble pénétrer .

C’est un paysage intérieur, qui se heurte à des parois,

Mais qu’on ne peut pas voir, percevoir clairement.

Peut-être parce que j’en ai perdu les origines, l’explication propre à ma présence en ce monde .

De l’extérieur me parviennent les cris d’amour des vivants,

les mines profondes, les pays ravagés par la guerre,

les chemins hésitants ou les rails brillants à travers la nuit .

 

Il est difficile de saisir où tout cela mène , car cela s’est construit sans moi ;

et beaucoup de langages se croisent

sans que j’en connaisse le langage et les intentions .

 

D’autres ont leurs certitudes, leur passé, et poursuivent leur aventure, se confrontent à la souffrance, à la joie  :

Ils se côtoient, dans un temps commun,

sans forcément disposer librement de leurs destinées .

Celles-ci se croisent, se confrontent, se combattent, sous des auspices contradictoires.

Eux non plus n’ont pas d’explication de leur présence en ce monde .

Ils essaient de l’exploiter à leur bénéfice, de façon détournée, comme des contrebandiers .

Mais, malgré les apparences, sont toujours dans l’armoire secrète de leur corps, de leurs croyances, et de limites invisibles ;

Celles-ci se déplacent avec eux, car ils les portent en eux, , comme une ligne d’horizon,

avec le mystère prolongé de leur origine, qu’ils ne peuvent pas atteindre .

RC – nov 2014

 


Pablo Neruda – la lettre en chemin


 

 

peinture   Bela Kadar

                             peinture Bela Kadar

 

Au revoir, mais tu seras

présente, en moi, à l’intérieur

d’une goutte de sang circulant dans mes veines

ou au-dehors, baiser de feu sur mon visage

ou ceinturon brûlant à ma taille sanglé.

 

Accueille, ô douce,

le grand amour qui surgit de ma vie

et qui ne trouvait pas en toi de territoire

comme un découvreur égaré

aux îles du pain et du miel.

 

Je t’ai rencontré une fois

terminée la tempête,

La pluie avait lavé l’air

et dans l’eau

tes doux pieds brillaient comme des poissons.

Adorée, me voici retournant à mes luttes.

 

Je grifferai la terre afin de t’y construire

une grotte où ton  Capitaine

t’attendra sur un lit de fleurs.

Oublie, ma douce, cette souffrance

qui tel un éclair de phosphore

passa entre nous deux

en nous laissant peut-être sa brûlure.

 

La paix revint aussi,

elle fait que je rentre

combattre sur mon sol

et puisque tu as ajouté

à tout jamais

à mon cœur la dose de sang qui le remplit

et puisque j’ai

à pleines mains ta nudité,

regarde-moi,

regarde-moi,

regarde-moi sur cette mer où radieux

je m’avance,

regarde-moi en cette nuit où je navigue,

et où cette nuit sont tes yeux.

Je ne suis pas sorti de toi quand je m’éloigne.

 

Maintenant je vais te le dire :ma terre sera tienne, je pars la conquérir,

non pour toi seule

mais pour tous,

pour tout mon peuple.

Un jour le voleur quittera sa tour.

On chassera l’envahisseur.

 

Tous les fruits de la vie

pousseront dans mes mains

qui ne connaissaient avant que la poudre.

Et je saurai caresser chaque fleur nouvelle

grâce à tes leçons de tendresse.

 

Douce, mon adorée,

tu viendras avec moi lutter au corps à corps :

tes baisers vivent dans mon cœur

comme des drapeaux rouges

et si je tombe, il y aura

pour me couvrir la terre

mais aussi ce grand amour que tu m’apportas

et qui aura vécu dans mon sang.

Tu viendras avec moi, je t’attends à cette heure,à cette heure,

à toute heure, je t’attends à toutes les heures.

 

Et quand tu entendras la tristesse abhorrée

cogner à ton volet,

dis-lui que je t’attends,

et quand la solitude voudra que tu changes

la bague où mon nom est écrit,

dis-lui de venir me parler,

que j’ai dû m’en aller

car je suis un soldat

et que là où je suis,

sous la pluie ou le feu,

mon amour, je t’attends.

 

Je t’attends dans le plus pénible des déserts,

je t’attends près du citronnier avec ses fleurs,

partout où la vie se tiendra

et où naît le printemps,

mon amour, je t’attends.

Et quand on te dira « cet homme

ne t’aime pas « , oh ! souviens-toi

que mes pieds sont seuls dans la nuit, à la recherche

des doux petits pieds que j’adore.

 

Mon amour, quand on te dira

que je t’ai oublié, et même

si je suis celui qui le dit,

même quand je te le dirai

ne me crois pas,

qui pourrait, comment pourrait-on

te détacher de ma poitrine,

qui recevrait

alors le sang

de mes veines saignant vers toi ?

 

Je ne peux pourtant oublier

mon peuple.

Je vais lutter dans chaque rue

et à l’abri de chaque pierre.

Ton amour aussi me soutient :

il est une fleur en bouton

qui me remplit de son parfum

et qui, telle une immense étoile,

brusquement s’épanouit en moi.

Mon amour, il fait nuit.

 

L’eau noire m’environne

et le monde endormi.

L’aurore ensuite va venir,

entre-temps je t’écris

pour te dire :  » je t’aime.  »

Pour te dire « je t’aime « , soigne,

nettoie, lève,

protège

notre amour, mon cœur.

 

Je te le confie comme on laisse

une poignée de terre avec ses graines.

De notre amour des vies naîtront.

De notre amour on boira l’eau.

Un jour peut-être

un homme

et une femme

A notre image

palperont cet amour, qui aura lui, gardé la force

de brûler les mains qui le touchent.

Qui aurons-nous été ? quelle importance ?

 

Ils palperont ce feu.

Et le feu, ma douce, dira ton simple nom

et le mien, le nom que toi seule

auras su parce que toi seule

sur cette terre sais

qui je suis, et nul ne m’aura connu comme toi,

comme une seule de tes mains,

que nul non plus

n’aura su ni comment ni quand

mon cœur flamba :uniquement

tes grands yeux bruns,

ta large bouche,

ta peau, tes seins,

ton ventre, tes entrailles

et ce cœur que j’ai réveillé

afin qu’il chante jusqu’au dernier jour de ta vie.

 

Mon amour, je t’attends.

Au revoir, amour, je t’attends.

Amour, amour, je t’attends.

J’achève maintenant ma lettre

sans tristesse aucune : mes pieds

sont là, bien fermes sur la terre,

et ma main t’écrit en chemin :

au milieu de la vie, toujours je me tiendrai

au côté de l’ami, affrontant l’ennemi,

avec à la bouche ton nom,

avec un baiser qui jamais

ne s’est écarté de la tienne.

 

 

 


Marcel Proust – Ephémère efficacité du chagrin


Dessin;     V Van Gogh:         femme pleurant

extrait des  « plaisirs et les jours « 

Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.

Mais soyons plus reconnaissants aux femmes méchantes ou seulement indifférentes, aux amis cruels qui nous ont causé du chagrin.
Ils ont dévasté notre coeur, aujourd’hui jonché de débris méconnaissables, ils ont déraciné les troncs et mutilé les plus délicates branches, comme un vent désolé, mais qui sema quelques bons grains pour une moisson incertaine.
En brisant tous les petits bonheurs qui nous cachaient notre grande misère, en faisant de notre coeur un nu préau mélancolique, ils nous ont permis de le contempler enfin et de le juger. Les pièces tristes nous font un bien semblable ; aussi faut-il les tenir pour bien supérieures aux gaies, qui trompent notre faim au lieu de l’assouvir :
le pain qui doit nous nourrir est amer.

Dans la vie heureuse, les destinées de nos semblables ne nous apparaissent pas dans leur réalité, que l’intérêt les masque ou que le désir les transfigure.

Mais dans le détachement que donne la souffrance, dans la vie, et le sentiment de la beauté douloureuse, au théâtre, les destinées des autres hommes et la nôtre même font entendre enfin à notre âme attentive l’éternelle parole inentendue de devoir et de vérité.

L’oeuvre triste d’un artiste véritable nous parle avec cet accent de ceux qui ont souffert, qui forcent tout homme qui a souffert à laisser là tout le reste et à écouter.
Hélas ! ce que le sentiment apporta, ce capricieux le remporte et la tristesse plus haute que la gaieté n’est pas durable comme la vertu.

Nous avons oublié ce matin la tragédie qui hier soir nous éleva si haut que nous considérions notre vie dans son ensemble et dans sa réalité avec une pitié clairvoyante et sincère. Dans un an peut-être, nous serons consolés de la trahison d’une femme, de la mort d’un ami.

Le vent, au milieu de ce bris de rêves, de cette jonchée de bonheurs flétris a semé le bon grain sous une ondée de larmes, mais elles sécheront trop vite pour qu’il puisse gêner.-


locataires de l’hostile ( RC )


Il n’y a plus d’empreintes sur le sable
Que de dessin d’un monde meilleur
L’angle de la peur, de la souffrance

Ne concerne pas les voyageurs
Mais les reptiles,
Locataires de l’hostile

Et les plantes à épines…
Les êtres tapis au creux de la terre
La bouche collée, sous le sol

Qui chuchotent leur exil,
Aux peaux craquelées, comme leur terre-mère
De boue sous un soleil impitoyable

Découpent les ombres au fer rouge
Si ombre il y a – et leurs mains tendues
Vers l’ailleurs d’un peut-être …

RC   – 11 juillet 2012

photo extraite des  dragons d’Asgard


Nizar Qabbani – Me permettez-vous


 

photo reportage:              heure de la prière en Afghanistan

Dans des pays où l’on assassine les penseurs, où les écrivains sont des mécréants et où l’on brûle les livres. Dans des pays où l’on rejette l’autre, où l’on scelle les bouches et où l’on enferme les idées. Dans des pays où poser une question est blasphématoire, il m’est nécessaire de vous demander de me permettre…

Me permettez-vous d’élever mes enfants comme je le veux et de ne pas me dicter vos envies et vos ordres ?

Me permettez-vous d’apprendre à mes enfants que la religion est d’abord pour Dieu et non pas pour les gens, les Imams et les Oulémas ?

Me permettez-vous de dire à ma petite fille que la religion est morale, éducation, courtoisie, politesse, honnêteté et sincérité, avant de lui apprendre par quel pied elle doit d’abord entrer dans les toilettes et avec quelle main manger ?

Me permettez-vous de dire à ma fille que Dieu est amour et qu’elle peut lui parler et lui demander ce qu’elle veut ?

Me permettez-vous de ne pas rappeler à mes enfants la souffrance de la tombe alors qu’ils ne savent pas encore ce qu’est la mort ?

Me permettez-vous d’apprendre à ma fille les bases de la religion et le respect qu’elle impose avant de lui imposer de porter le voile ?

De dire à mon jeune fils que faire du mal aux gens, les humilier et les mépriser pour leur origine, couleur ou religion est un grand pêché pour Dieu ?

Me permettez-vous de dire à ma fille que faire ses devoirs et se concentrer sur son éducation est beaucoup plus important pour Dieu que d’apprendre les versets du Coran par cœur sans même qu’elle n’en comprenne le sens ?

Me permettez-vous de dire à mon fils que suivre le Prophète commence par prendre exemple sur sa droiture et honnêteté avant sa barbe et la longueur de son habit ?

Me permettez-vous de dire à ma fille que les autres ne sont pas des mécréants et qu’elle n’a pas besoin de pleurer de peur qu’ils n’aillent en enfer ?

Me permettez-vous de crier que Dieu n’a, après le Prophète, demandé à personne de parler en son nom, ni autorisé quiconque à vendre des indulgences ?

Me permettez-vous de dire que Dieu a interdit de tuer une âme humaine et que celui qui tue un homme est comme s’il avait tué l’humanité entière ? Qu’un musulman n’a pas le droit d’en intimider un autre ?

Me permettez-vous de dire à mes enfants que Dieu est plus grand, plus miséricordieux et plus juste que tous les Oulémas (docteurs en religion) réunis de la terre ? Que ses principes n’ont rien à voir avec ceux des marchands de religion ?

 

– Nizar Qabbani  «  le poète de la femme » , est un poète syrien, dont  vous pouvez  trouver plus  d’infos  sur  wikipedia , ou sur ce site.


Marie- Simone Séri


peinture:           Marie Guillermine Benoist

 

 

Madame, écoutez-moi. Vous êtes peut-être une mère, vous aussi, et vous pouvez comprendre. Ecoutez-moi. Je parle, je bouge, je travaille et il advient que l’on m’entende rire. Pourtant, je ne suis qu’un long cri silencieux. Je hurle en silence et l’on ne m’entend pas. En moi coule, ininterrompu, le flot destructeur de mes larmes cachées.
Pour survivre malgré la peine, pour continuer à paraître vivre, pour les miens et aussi pour moi, il me faut ici crier ma douleur. J’essaierai de le faire simplement, avec mes mots à moi, qui tenteront d’exprimer, si peu, si mal, mais avec une sincérité totale, comme si j’étais devant un juge, la souffrance causée par le drame qui m’a broyée.
Parce que vivre, c’est partager afin de ne jamais, un seul jour, oublier ceux que nous avons aimés. Je ne désire pas écrire un livre semblable à ceux que nous lisons pour nous distraire, pour nous instruire, mais seulement le récit de mes angoisses, de mes difficultés de femme, de mère. Je désire évoquer le jour terrible avec naturel, discrétion, pudeur. Evoquer la mémoire de ma fille avec l’immense amour qu’avant même sa naissance je lui avais porté.
Je désire dans ce roman transcrire mon Vécu en ses joies, en ses peines, peut-être en ses mystères…
Je désire m’exprimer. Evoquer mes joies. Evoquer mes jours. Evoquer mes nuits. Evoquer ma vie.

 

extrait  de   » Mon enfant mon cri ma vie. » Vincennes: Editions Menaibuc, 1997.

 

Auteur  du Burkina Faso, voir le site  de littérature  africaine   aflit


Vampire et vautours (RC)



J’ai choisi ma victime
J’ai déployé mes ailes
Pour commettre mon crime
Selon le rituel (inscrit au manuel)

Aiguisant mes dents
J’ai choisi une belle femelle
Dont le sang giclant
Sentait l’eau d’javel

Il fallait s’attendre  au pire
Avec celà,  gluant sur ma poitrine
Hémoglobine, qui lentement s’agglutine
Car je suis l’étoile noire,le divin vampire

Aux côtés duquel, Gilles de Rais
Qu’aimait faire souffrir lentement
Avec pinces  et couperets
Ne serait qu’un enfant

J’ai aimé ses cris infâmes
Pendant que je suçais
Sa tiède vie de femme
Qu’aussi j’embrassais.

Ma pauvre victime sans  défense
S’en allant doucement, la v’la qui s’épuise
Au regret des blessures, souffrances
Me donnent ainsi sa vie, tandis qu’elle agonise.

Je nettoierai  plus tard mes lames
Et le rouge sombre, accroché à  mon couteau
Au silence revenu, après le drame
J’me suis  régalé — à lui faire la peau…

Oiseaux nocturnes, hiboux et effraies,
Vautours et rapaces, restant à distance
J’ai pu leur laisser, un peu de sang frais
Pour nourrir leur nuit – Ce sera bombance…

Aux nuits longues, sans lune
J’ai fini mon repas, le ventre replet
Là bas , au loin, sur la lagune
En compagnie d’un astre sans reflet..

RC   – 18 juin 2012


Armando Ribeiro – un jour peut-être,je t’écrirai une lettre


peinture Gabriel Metsu : dame écrivant une lettre

Armando Ribeiro

Par Claire-Lise dans Printemps des poètes

Un jour, un jour peut-être
Je t’écrirai une lettre
Plume en sang sur feuille blanche
Souvenirs d’un vieux dimanche

J’attendais habillé d’espoir
Assis dans un petit couloir
La dame à la robe endimanchée
Aux cheveux finement bouclés
Qui me prendrait dans ses bras
Et me murmurerait tout bas
Je suis là maintenant
N’aie plus peur mon enfant

Et puis j’étouffais mes pleurs
En murmurant au fil des heures
Encore un peu et elle sera là
Encore un peu et elle viendra
Puis le soleil crèvera les nuages
L’oiseau s’en ira en voyage
Et je l’attendais enfant perdu
Je l’attendais puis c’est tout

Je l’attendais enfant sage
Rêvant de partir en voyage
L’entendre rire un petit peu
Voir le Tage et les bateaux
Sentir la douceur de son parfum
Et puis lui tenir la main
Pour oublier mes souffrances
Et ne plus mourir d’enfance

À l’écriture d’enfant oublié
À l’encre d’un silence blessé
Un jour tu sais, un jour peut-être
Que je t’écrirai une vieille lettre.

 

 


Mahatma Gandhi- enfer et paradis


 

 

 

Un jour un saint’ homme eut une conversation avec le bon Dieu et Lui posa une question :
« Seigneur j’aimerais bien savoir comment sont le Paradis et l’Enfer »
Dieu conduit le saint’ homme vers deux portes.
Il en ouvrit une et lui permit de regarder à l’intérieur.
Il y avait une très grande table ronde.
Au milieu de la table il y avait un très grand récipient contenant
de la nourriture au parfum délicieux.
Le saint’ homme en eut l’eau à la bouche
Les personnes assises autour de la table étaient maigres, avaient une mine livide et malade.
Toutes avaient un air affamé.
Ils avaient une cuillère avec un manche très très long, attachée à leur bras.
Tous pouvaient atteindre l’assiette de nourriture et en recueillir un peu, mais
comme le manche de la cuillère était plus long que leur bras,
ils ne pouvaient approcher la nourriture de leur bouche.
Le saint’ homme trembla à la vue de leur misère et de leur souffrance.Dieu lui dit: « tu viens de voir l’Enfer »
Dieu et l’homme se dirigèrent vers l’autre porte.

Dieu l’ouvrit

La scène que l’homme vit était identique à la précédente.
Il y avait la grande table ronde, le récipient qui lui faisait venir l’eau à la bouche.
Les personnes autour de la table avaient eux aussi des cuillères avec de longs manches.
Cette fois, par contre, ils étaient bien nourris, heureux et papotaient entre eux en souriant.
Le saint’homme dit à Dieu : « Je ne comprends pas »
« C’est simple » répondit Dieu. Ceux-ci ont appris que le manche trop long de la cuillère ne leur permettait pas de se nourrir eux-mêmes mais permettait de nourrir leur voisin. Ils ont ainsi appris à se nourrir les uns les autres !
Ceux de l’autre table, au contraire, ne pensaient qu’à eux-mêmes…. L’Enfer et le Paradis sont égaux dans la structure… la différence nous la portons en nous !!!!
Je me permets d’ajouter :

« Sur la terre il y a suffisamment de choses pour satisfaire les besoins de tous mais pas la goinfrerie de quelques-uns »
Nos pensées, pour le peu qu’elles puissent être bonnes, sont des perles fausses tant qu’elles ne sont pas traduites en actions.
Il en va de même pour les changements que tu voudrais voir dans le monde ».
Mahatma Gandhi.