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Articles tagués “sourire

Gabrielle Althen – le sourire antérieur


 

 

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photo-montage  RC

 
Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent
qui laissât trace de demeure.
Un mot qui fût le lit du jour et parvînt
à la fête unanime du vent.

Croisement de chances et de campagne,
bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces,
rosaces en partance et applaudissement
sous le pic impavide du gris de l’horizon,
des mains battraient dans l’herbe
parmi les arbres et la faux des grands jours,
et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment.

Foules prolixes et ciselées, royaume retourné,
jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse,
— aucun diamant n’est autre
que la possession nue de l’esprit sur le langage.


une forme douce et un sourire – ( RC )


peinture: Jeremy Annear

 

 

J’ai commencé
par une forme douce et indéfinie,
un peu ovale, mais sans bords,
que j’ai remplie d’un sourire
que je ne peux décrire.

Un sourire,
dont tu es l’ombre portée ,
qui s’étend lentement,
sans avoir de centre.

La couleur est apparue,
lente et dense
mais semblant sourdre de l’intérieur.

Il est difficile de l’expliquer
et encore d’en transmettre une image,
que l’oeil pourrait saisir.

Il suffit de se laisser envahir par sa présence,
s’en laisser traverser,
( enfin s’éprendre de ce désir,
qu’on ne peut même pas qualifier ) .


Rabindranath Tagore – Au petit matin


 
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photo       Nicolas Grandmangin

 

Au petit matin on murmura que nous allions partir en barque, toi seulement et moi,
et qu’aucune âme au monde ne saurait jamais rien de notre pèlerinage nous menant éternellement vers un autre nulle part.
Sur cet océan sans rivages, devant ton sourire attentif, silencieux, mes chants s’amplifieraient en mélodies, libres comme les vagues, libres de la servitude des mots.
Le temps n ’est-il pas venu ?                  Qu ’il y a-t-il encore à faire ?
Vois, le soir est descendu sur la plage et dans la lumière faiblissante les oiseaux de mer regagnent leurs nids.
Qui sait quand, les amarres rompues, la barque, telle la dernière lueur du couchant, s’évanouira dans la nuit ?


Pentthi Holappa – les navires naufragés


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peinture: Katheryn Holt   naufrage

 

LES NAVIRES NAUFRAGÉS

 

 

Il n’y a pas d’abri contre la douleur, ni sous une cuirasse
ni dans le ventre de la mère. Y en aurait-il dans une
urne funéraire?

Prends garde aux nuits de pleine lune, quand la mer
reflète
les lumières de la ville !
Le ciel pourrait s’effondrer sur tes épaules.

 

Ta foi fragile dans les anges du ciel pourrait
se briser, si tu les voyais cueillir sur les récifs
les brassées d’or
des navires naufragés.

Tu te mettrais à pleurer, après l’esquisse d’un sourire.

 

L’homme est un enfant, qui même sous les coups n’apprend pas
que les miracles s’effacent dès qu’on les
contemple.
Ceci
n’est pas le pire malheur, mais plutôt de rester
au port
quand les anges déroutent les bateaux vers les hauts-
fonds.

 


Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


Philipp Larkin – à propos de l’album de photos d’une jeune femme


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Enfin vous m’avez laissé voir cet album qui,
Une fois ouvert, m’affola. Tous vos âges
En mat et en brillant sur les épaisses pages !
Trop riches, trop abondantes, ces sucreries
Je me gave de si nourrissantes images.

Mon œil pivote et dévore pose après pose –
Cheveux nattés, serrant un chat pas très content,
Ou vêtue de fourrure, étudiante charmante,
Ou soulevant un lourd bouton de rosé
Sous un treillage, ou portant chapeau mou

(Un peu gênant, cela, pour diverses raisons) –
De toutes parts, vous m’assaillez, les moindres coups
Ne venant pas de ces types troublants qui sont
Vautrés à l’aise autour de vos jours révolus :

Dans l’ensemble, ma chère, un peu indignes de vous.

Mais ô photographie semblable à nul autre art,
Fidèle et décevante, toi qui nous fais voir
Morne un jour morne et faux un sourire forcé,
Qui ne censures pas les imperfections
– Cordes à linge et panneaux de publicité –

Mais montres que le chat n’est pas content, soulignes
Qu’un menton est double quand il l’est, quelle grâce
Ta candeur confère ainsi à son visage ,
Comme tu me convaincs irrésistiblement
Que cette jeune fille et ce lieu sont réels !

Dans tous les sens empiriquement vrais ! Ou bien
N’est-ce que le passé ? Cette grille, ces fleurs,
Ces parcs brumeux et ces autos sont déchirants
Simplement parce qu’ils sont loin ;

En semblant démodée, vous me serrez le cœur,

C’est vrai ; mais à la fin, sans doute, nous pleurons
D’être exclus, mais aussi parce que nous pouvons
Pleurer à notre aise, sachant que ce qui fut
Ne nous priera pas de justifier notre peine,
Même si nous hurlons très fort en traversant

Ce vide entre l’œil et la page. Ainsi, je reste
A regretter (sans nul risque de conséquences)
Vous, appuyée contre une barrière, à vélo,
A me demander si vous noteriez l’absence
De celle-ci où vous vous baignez ; en un mot,

A condenser un passé que nul ne peut partager,
A qui que ce soit votre avenir; au calme, au sec,
II vous contient, paradis où vous reposez
Belle invariablement,
Plus petite et plus pâle année après année.

Philipp LARKIN
« The Less Deceived  »
(The Marvel Press, 1955)  Traduction in « Poésie 1 » n° » 69-70


le marbre blanc, d’où s’est retiré mon sang – ( RC )


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Photo:  Mimmo Judice

 

 

C’est un incident malencontreux
qui fendit ma joie
de tout mon poids :
en quelque sorte ,   un désaveu.
          Je suis tombé de ma hauteur
mon socle a vacillé, par malheur:

             L’avenir est bien étroit :
il suffit d’être maladroit,
         et me voila par terre :
mon sourire en éclats,    comme du verre
qu’il faudrait qu’on recolle :

Ils sont sur le sol :
avec mes émois
        – quelque chose de froid
dans le marbre blanc
d’où s’est retiré mon sang:
                  comme par erreur…
Il faudrait retrouver le sculpteur …


RC – nov 2017


Jean-Pierre Paulhac – Une voix


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Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir
J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée
Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer
J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre
Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée
J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués
Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu
J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin
Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

 


L’abandon des cuirasses – ( RC )


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Des décombres et poutres fumantes,
les restes des samouraïs
que l’on voit après la bataille
et, contre toute attente

perdus au milieu de champs magnétiques .
Le masque de quelqu’un a occupé la place,
et se cache derrière leur face
– un sourire énigmatique – .

De quelle espèce, de quelle famille … ?
une trace que l’existence imprime,
le regard indécis de l’anonyme,
comme dans la roche, un fossile .

Ainsi, des tenues de protection
les mineurs au corps absent …
Il en reste l’habit pesant,
devenu, au musée, pièce à conviction .

L’activité est suspendue ,
faute de rentabilité ;
les mines ont périclité,
des fantômes d’ouvriers, semblables à des pendus .

Des êtres vidés de leur substance
ont abandonné leurs cuirasses :
le passé est voué à la casse ,
à mesure que l’on avance….


RC – juin 2017

 


Marlene Tissot – Une pelote rêche


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photo: Tamsin

 

J’ai retrouvé une photo de toi
juillet 2003 écrit au dos
et le temps se détricote
une pelote rêche de souvenirs
me fil-d’ariane jusqu’à toi
toi en juillet 2003
toi encore là
et il y avait tant de 
soleil dans ton sourire
tes yeux comme un ciel d’été
qui aurait pu deviner 
ces nuages sombres que tu 
cachais et cette sale 
petite pluie glaciale qui 
détrempait tes pensées.

 

voir le site de Marlene Tissot


En pire d’un sourire – ( RC )


Avec l’exposition « L’Ange du Bizarre », le Musée d’Orsay broie du noir pour notre plaisir

dessin: Paul Gauguin (1848-1903) Madame la Mort , 1890-1891 Fusain sur papier –

la belle aux joues lisses,
a la bouche calice,
qui brille de toutes ses dents…
Comment oublier son oeil ardent
est celle dont le regard
fait que l’on s’égare ,
que l’on tombe sous l’empire,
aiguisé de son sourire,
comme un reflet de l’ âme,
où s’affutent les lames,
sous un masque aimable,
celles d’un sabre
dans un étui de velours.
C’est toujours l’amour,
et l’éternel désir,
qui toujours attire ;
l’envie de possession,
les fruits de la passion,
à placer dans la corbeille,
aux côtés d’une bouche vermeille …
Le galbe moelleux d’une poitrine,
– mais les roses ont des épines,
l’aventure libertine
cachait ses belles canines ;
c’étaient celles d’un fauve,
sous une robe mauve :
le baiser de la mort
embrassant encorps,
juste l’instant du crime,
– ce moment ultime…
tout en jouissant
du goût du sang :
un très court avenir
confié à une vampire

RC- dec 2015


Théo Léger – Beauté des temps révolus


Portrait-de la marquise Luisa Casati (1908)

 

Peinture: Giovanni Boldini

Elles traversaient les profondeurs de l’argent des miroirs.
D’une fragrance de chevelure aux parfums érotiques,

d’une jaillissante malice de dentelles couvrant leur chair
où luisaient les globes fragiles soumis aux caresses de l’homme,
de leur murmure d’éventails, de leur secret de bagues
dont les fourmis laborieuses ont mémoire au musée
sous les racines d’un monde vert

qu’est-il resté ? Rien.           Ton seul sourire :
un papillon de cils battant contre une lèvre d’amant
la crispation de doigts malhabiles.

Sur les draps de la nuit était-ce
cris de naissance ou de mort? Cela, les horloges l’ignorent.

Théo Léger      (1960)


Pépites, étoiles, boule de cristal – ( RC )


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Montage: RC

Dis, t’as vu comme est petite
la terre, dans la boule de cristal  !
Tu la secoues, et des étoiles
comme autant de pépites.

Se posent sur tes paupières,
teintes d’un léger bleu :
et dessus,         tes yeux…
( je te vois ainsi à l’envers )….

Un peu de neige volète
mais il ne fait pas aussi froid
qu’on le croit :
elle retombe sur ta tête .

Puis se repose
éparpillée sur ton image.
C’est ton visage
sous des pétales de rose .

Ceux-ci sont blancs .
Mais ce n’est pas l’hiver,
dans la boule de verre :
il y fait toujours printemps.

Et même si les saisons changent .
Il ne peut pas mourir
avec ton sourire .
Lui,  a quelque chose de celui d’un ange …

RC- septembre  2016

D’après  « pas vu ça ».. de R Desnos


Eugenio de Andrade – Le sourire


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Je crois que c’était le sourire,
Le sourire qui a ouvert la
porte.
C’était un sourire avec
beaucoup de lumière
et dedans, donnait envie
de lui entrer dedans, de se déshabiller,
et rester
nu dans ce sourire.
Courir, naviguer, mourir
dans ce sourire.
..
.


Jean-Claude Pirotte – tu ne sauras jamais qui je suis


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tu ne sauras jamais qui je suis
dit l’enfant je passe mon chemin
je vais vers les prairies lointaines,
où l’herbe chante à minuit près des saules
qui pleurent car c’est ainsi
que s’ouvre à mon cœur la musique fidèle
et que le monde enfin commence à vivre
et que je commence à mourir
tu ne me verras pas vieillir
ni ne reconnaîtras mon ombre
adossée au talus là où le sentier noir
se perd dans un fouillis d’épines
et les étoiles des compagnons blancs
 
tu as beau regarder sans cesse derrière
toi comme si tu craignais l’orage
et que tu te hâtais poursuivi par l’éclair
jamais tu ne surprendras mon sourire
tendrement cruel comme celui d’un tueur triste

 

in

Veilleurs, Passage des ombres


E.E. Cummings – Puisse mon cœur …


Olivier culmann  récréation     Colchani  Bolivie   1994.JPG

photo extraite de l’ouvrage           « est-ce ainsi que les hommes vivent« …

 

 

puisse mon cœur être toujours ouvert aux petits
oiseaux qui sont les secrets du vivant
quoi qu’ils chantent vaut mieux que savoir
et si les hommes ne devaient les entendre les hommes sont vieux

puisse mon esprit flâner affamé
et sans crainte et assoiffé et souple
et même si c’est dimanche puissé-je avoir tort
car lorsqu’ils ont raison les hommes ne sont pas jeunes

et puisse moi-même ne rien faire utilement
et t’aimer toi-même ainsi plus que vraiment
il n’y jamais eu de tout à fait tel idiot qui puisse faillir
à tirer tout le ciel sur lui d’un unique sourire.
E.E. Cummings, Poèmes choisis, traduction Robert Davreu, José Corti, 2004 ,

———-
may my heart always be open to little
birds who are the secrets of living
whatever they sing is better than to know
and if men should not hear them men are old

may my mind stroll about hungry
and fearless and thirsty and supple
and even if it’s sunday may i be wrong
for whenever men are right there are not young

and may myself do nothing usefully
and love yourself so more than truly
there’s never been quite such a fool who could fail
pulling all the sky over him with one smile


Angkor : la caresse du sourire – ( RC )


Art Khmer, têtes des temple

Art Khmer,         têtes des temples   Angkor

 

 

C’est le sommeil, peut-être,
Qui a clos les paupières  :
Le regard ne voyait      qu’en dedans,
la prolongation du sourire,
Et les lèvres  épaisses , se sont closes,
Dans leur secrètes pensées.

Qui peut dire  que ces figures de pierres,
Ne sont que des œuvres oubliées ?
Lorsque les hommes ont délaissé les lieux,
Et laissé les arbres les enlacer
Jusqu’à les enfouir
sous le fouillis végétal….

C’est leur sommeil, sans doute,
Qui gravite autour  du temps ;
>    Et celui-ci est immobile.
(  La pierre ,  gardant la mémoire,
    du regard intérieur,
Continue de nous contempler,

Avec son sourire   )  ,
Comme  si elle  était    habitée
De l’âme de ceux qui les ont créées,
Dépositaire d’un accord
dont nous ne percevons que la surface   :
Les mains de la pensée,

Caressent encore la sérénité de leur visage   .

RC  –  mai 2015

 

Art Khmer: Musée Guimet . Paris

Art Khmer: Musée Guimet . Paris


Yannis Ritsos – Le poète


 

 

 

 

photo: Hermann Schnauss,  électro-magnétisme  d'une main...  document  de  1900

photo: Hermann Schnauss, électro-magnétisme d’une main… document de 1900

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE POÈTE

Il a beau plonger sa main dans les ténèbres,
Sa main ne noircit jamais. Sa main
est imperméable à la nuit. Quand il s’en ira
car tous s’en vont un jour), j’imagine qu’il restera
un très doux sourire en ce bas monde,
un sourire qui n’arrêtera pas de dire « oui » et encore
« oui »
à tous les espoirs séculaires et démentis.

Karlovassi, 17. VII. 87

 

extrait du recueil   » tard, bien tard  dans la nuit »,  éditions « Le temps des cerises »


Même si tu n’es plus – ( RC )


photo: Lux Coacta

                             photo:           Lux Coacta

 

 

S’il faut voyager dans la mémoire,
Et dans les chapitres
Que je t’ai dédiés,
Je revois ton visage,
Quelque part  réapparaissant
Au détour du chemin,

Et je passe le doigt sur ton sourire,
Malgré les rideaux de pluie,
Qui rebondissent sur la terre,
Et l’amollit pour mieux feuilleter,
Les pages du temps dilué,
Inondé d’émotions .

L’œil reste envoûtant ,
Le regard  énigmatique ,
Imperméable
A la déroute des ans,
Partis et disséminés,
Au petit bonheur,

Mais le souvenir,
Lui,           resté intact,
Retrouvé dans l’écriture fine,
Couchée dans tes lettres,
Comme l’enveloppe ouverte,
D’un poème permanent .

Même, si tu n’es plus…
( comme on dit ) .

RC –  juillet  2014


Habillé de ton portrait – ( RC )


 

–                              photographe non identifié

 

Habillée        de brume,
Elle enveloppe      l’air,
Qu’une lueur allume,
C’est tout un mystère,

Si           tu fuis le noir,
Et navigues, en puissance,
Dans le laboratoire,
Avec tes expériences…

Finissons en         du tragique,
Voilà ce qu’il faut que tu crées ,
D’un coup de baguette magique,
En ouvrant le tiroir aux secrets.

Et qu’ensuite, je m’endorme,
Habillé de ton portrait,
( tu vois, j’ai changé de forme ),
En empruntant tes traits.

Il n’est pas besoin d’une messe,
Ni de prier la Vierge
Pour la caresse d’une déesse,
Encore moins, de brûler des cierges .

Juste la promesse,
De ton sourire,
Me redonne une jeunesse,
Que rien ne peut ternir.

 

 

RC- avril  2014

 

masque « sourire du jaguar » art traditionnel mexicain.

Au sujet des masques  mexicains,  que je trouve souvent exceptionnel, grâce à leur inventivité, une page synthétique  de pinterest en donne une  bonne idée…

 


Allegra Sérendipité – Vesper


Vesper

 

Publié par

 

Comme des milliers de bougies allumées

Le ciel du soir est étoilé

Parmi tous ces points dorés

Il n’est qu’une flamme à aimer.

Dès cinq heures elle est là

Suivie par d’autres, qui pas à pas,

Jalouses  comme des sirènes

S’agglutinent  aux  voilées siciliennes

N’est-il pas vrai qu’elle laisse un gout amer

Cette étoile que l’on nomme Vesper

Un certain James pense tout autre

Une fois goûtée on ne veut rien d’autre

Ma vie à cette heure cardinale

Irradie  comme ce chant vespéral

Hymne  enchaîné d’un verset mystique

Salué d’un Magnificat Liturgique

Mais la lecture de leurs filantes capitules

Me laissent telle un rameau d’Aspérules

Alanguie dans mon  lit de plumes

Insomnies et  chevauchées de runes

Ô  nuit illuminée, pose magnifique

Sur mes lèvres ce sourire chimérique

Car au matin  de ce moment magique

J’ouvre des yeux d’amnésique.

 


Scène en Cène – ( RC )


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assemblage-installation  sculpture:             Marisol Escobar

 

Que l’on passe de vie à trépas
Il vaut mieux,       pour ces saints,
Avoir le ventre plein,
–      ( C’est un grand repas,

Qui se prépare       )
– Treize à la douzaine,
Pour une grande Cène,
Et tous ces fêtards

Avec ces préparatifs,
On voit au centre,       le Christ,
Il ne semble pas triste
..              On va servir l’apéritif

On a changé de l’eau en vin,
Et           multiplié les petits pains
Regardez dans les assiettes,
Il n’y a pas une miette.

Le vin reste  bien pâle,
Mais peut conduire à l’ivresse,
— pour l’instant,  rien ne presse,
Et                       les verres sont sales.

Que ça s’appelle la Cène ,
N’est pas anecdotique,
Même dans le monde antique,
— pas besoin de remonter au pliocène…

Il y a                   douze convives,
On n’entend pas la discussion,
De ces gestes pleins de Passion,
Et de paroles vives.

Avé  l »acceing  méditerranéen
Le verbe haut et fort,
On ne sait plus qui a tort
On cause beaucoup avec les mains…

A l’époque, y avait pas la photographie,
Et tous ces invités,
Ont été fixés pour l’Eternité,
Par  Leonard de Vinci.

Que le peintre capte en l’instant
—    C’est une cacophonie,
On en perd l’appétit,
Si tout le monde parle en même temps !

Il y avait donc   – un autre témoin,
Caché dans un coin,
Griffonnant sur un papier
Assistant à ce repas, le dernier.

Une  sorte de reporter,
Diffusant les nouvelles,
Auprès de l’Eternel,
Prié de rester jusqu’au dessert.

Pour l’instant ,        on en est à  l’entrée,
Tout le monde s’agite,
En attendant la suite,
Jésus reste concentré.

Le motif de cette discussion
–                  On ne l’a jamais dit,
C’est le repas du vendredi,
Il y aura du poisson

( Comme c’est la tradition )
>            On remarque Judas,
Qui ronchonne tout bas
– Il parle de trahison.

Lui préférerait un plat,
Bien consistant
Comme celui du restaurant
Pas loin du Golgotha.

C’est un signe du destin,
Un steack bien saignant,
Enfin, quelque chose à se mettre sous la dent
Accompagné d’un verre de vin,

Demande bien légitime,
Mais … ne faisant pas l’unanimité,
De cette petite société,
Paraissant soumise au même régime.

Il y avait bien St Pierre (celui avec les clefs)
Qui porte justement un nom de poisson
Il voulait celui-ci              avec du citron
–            ( il fut prié de la boucler).

 » Et puis quoi encore ? Par le plus grand des hasards
C’est encore moi qui commande
Tous ces filets de limande …
Vous faut-il aussi du caviar ? « 

La décision est prise
 » -Pour ce repas de fête,
Si quelques uns s’entêtent,
Finies les gourmandises…« 

Comme on n’est pas loin de Pâques,
Il a fallu trancher dans le vif,
–              …En restant positif,
Jésus a sorti de son sac,

Tout un paquet d’hosties,
Qu’il distribue à la ronde,
 »      Ce sera pour tout le monde !   « 
–         Voila qui vous garantit.

–          Au delà des outrages,
–          De marcher plus droit,
–          Malgré le chemin de croix …
– Mais ….     vous s’rez privés d’fromage… !

 » Finissez votre potage
Dit-il   d’une voix sonore
…..       Ceci est mon corps   !!  ,
Vous serez un peu anthropophages… « 

—( faut toujours     réfléchir à son avenir,
Mais quand même ,        … les gastronomes,
Se méfièrent de notre homme…
Et refusèrent d’obéir. )

C’était quand même un investissement,
Qui ne fit pas sourire,
Les marchands de poële à frire,
Alors évidemment

C’était à prévoir,       ça sentait l’roussi,
Voilà pourquoi  on a vendu l’Messie,
Pour  des histoires     de bonne chère
A une société étrangère…

D’armateurs      ,     de bateaux pirates,
Spécialisée      dans le transport d’épices
>    Un tableau représente Dieu et son fils,
Trinquant avec Ponce Pilate…

L’histoire présente              bien des versions
On peut toujours           graver dans la pierre,
Des évènements  d’hier…
N’ayant rien à voir entre eux (selon les opinions)

Chacun peut ainsi, tout autant
Partager un délire         peu crédible,
Ou ajouter un chapitre à la Bible,
Les témoins d’alors s’étant effacés dans le temps.


RC – février 2014

( texte  auquel on pourrait ajouter  les trois strophes suivantes, pour poursuivre  dans la même voie… )

( Ponce Pilate…)-  celui-ci  – s’en étant lavé les mains,

Avec l’avantage d’éviter l’opprobe,
Et celui de la profusion de microbes,
C’est donc beaucoup plus sain…

—-

Tenez, par exemple, la crucifixion…
On aurait mis quelqu’un d’autre à la place,
Pour satisfaire la populace…
Il n’est pas certain , que ce soit  pure fiction…

Voilà, avec d’autres paroles, un dire contestataire
On comprendrait mieux ainsi, la résurrection
Après la descente de croix, créant stupéfaction,
Le crucifié, évidemment volontaire (ne pouvant que se taire)

voir aussi, au niveau image,  les  versions  irrévérencieuses  , de la Cène,

le célèbre tableau de Vinci

 


L’absence éveillée – ( RC )


document visuel: montage perso

                document visuel:         montage perso

 

 

 

 

 

Fi des saisons,

Et de leur danse …

Elles reviennent,

Comme elles se doivent,

Ce que tu vois depuis ta fenêtre,

Peint de lumière oscillante,

Se pare des couleurs,

De la nature.

Elle lui est soumise,…

Je n’ai rien inventé.

Et tu peux compter les années,

Qui lentement s’égrennent … ;

Rien ne vient

Dessiner un sourire,

Et occuper de son ombre,

Les rectangles de lumière.

Poser les bras sur tes épaules.

Il n’y a de pli dans le ciel.

Que l’absence,

Elle, toujours éveillée.

 

RC Janvier 2014

en rapport avec un texte  de Nathalie Bardou,

paru dans son blog « tentatives de lumière »


La ligne s’est mise à chanter – ( RC )


dessin – Henri Matisse modèle de dos

Enroulée sur elle même,
La ligne s’est mise à chanter,

S’inscrire en spirales

Sortir de la page,
Partie au loin,
Echappée avec Klee,
En petits signes,
Appuyés sur la couleur
Pour y revenir,
Encore plus libre,


En arabesques,
Autour des odalisques.


Matisse,
Joue de ce qui s’ouvre,
Des bords des visages,
Le dessin y invente,
Un regard, un sourire,
Une calligraphie du corps,
– Il danse,
En quelques traits posés
Les échos de ses courbes,
Et s’offre sur l’espace.

RC- janvier 2014

Dessin-peinture: Paul Klee – la chapelle


Les mots s’en vont, comme bulles de savon. ( RC )



 

 

Les mots s’en vont
Comme bulles de savon,

Vois comme elles s’enfuient,
Et les mots aussi.

Tu étais là,…. tu étais elle,
Dans ma vision, bien réelle,

Les bras ouverts, la peau de pêche,
Ma plume hésitante, et l’encre qui sèche…

Les glaïeuls disposés dans le vase,
Je n’arrive pas à finir mes phrases,

Oui, – j’étais sans doute ébloui,
Après cette journée de pluie….

Hanté par ton souvenir..
– Comment pourrais-je l’écrire ?

Réfugié dans ces fleurs écarlates,
A la cambrure délicate.

Leur couleur en est saveur,
Et précipite les heures…

Les mots , toujours, s’en vont
Comme bulles de savon,

Ils forment des phrases plates,
Qui se heurtent entre elles et éclatent,

Et disparaissent sans bruit,
Quand ta vision me poursuit.

>  Je ne pourrai jamais décrire,
La courbe de ton sourire…

 

RC –  18 octobre 2013