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Gertrud Kolmar – Blason de Beckhum


Ficheiro:Blason La Rivière-de-Corps.svg

Dans le rouge trois rivières d‘argent coulant à l’oblique

Allongée je dormais,
Cuite dans une pâte moite de terre ourse,
Profondément, si bien.
Des rubans de racines ornementaient ma nuque.

Allongée je songeais.
À ma bouche s’effritait la croûte brune.
Arriva un homme.
Il entoura ma pierre de lianes d’aristoloche.

L’aristoloche à siphons
Je la regardais depuis des paupières scellées.
Elle appelait vers moi
Agitant feuille douce : je ne pouvais répondre.

Je gisais dans le pain,
Et ceux qu’il nourrissait vinrent pour me manger ;
Car j’étais morte,
Cela m’apparut, longtemps je l’avais oublié.

Ma paire d’yeux :
Deux moignons de bougies consumées friables.
Ma souple chevelure :
Mixture de boue et fouillis de plantes marécageuses.

Lumière du langage :
La souris fouisseuse place son nid dans ma gorge.
Je ne la dérange pas. –
Une coulée blanche scintille depuis mon âme,

Elle plonge se ruant
Pour arroser la fleur verte de la tombe
Et se divise en trois
Pour irriguer de grands royaumes rouges.

La triple rivière s’enfonce.
Je suinte laminée chuchotante, disparaissant.
Mes restes sont bus
par une merlette et par l’aristoloche.

Source : Gertrud Kolmar : Preußische Wappen, Berlin 1934. Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.

 

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Joseph Brodsky – le torse


 

Lénine brisé  2565.JPG

photo perso: effigie de Lénine brisée,  environs de Vilnius  Europaparkos

 

Si tu parviens soudain à une herbe de pierre plus belle dans le marbre qu’en réalité,

ou si tu vois un faune qui s’ébat avec une nymphe,
et ils sont plus heureux en bronze qu’en rêve,
tu peux laisser glisser de tes mains lasses le bâton : tu es dans l’Empire, ami.
Air,     flamme,      eau,       faunes,        naïades et lions,
copies de la nature ou fruits de l’invention,
tout ce qu’a conçu Dieu, que le cerveau s’épuise à poursuivre,
est mué là en pierre ou en métal.
C’est le terme des choses, c’est, au bout du chemin,
le miroir où l’on peut entrer.

Mets-toi dans une niche vide, laisse filer tes yeux,
et regarde les siècles passer et disparaître au coin,
et la mousse envahir la jointure de l’aine,
et la poussière qui se dépose sur l’épaule, hâle des âges.
Quelqu’un brise le bras et la tête en craquant depuis l’épaule roulera.
Et restera le torse, somme sans nom de muscles.
Mille ans plus tard une souris habitant dans la niche,
griffe abîmée de n’avoir su faire sien le granit,
sortira un beau soir, trottinant, piaillant, au travers du chemin,
pour ne pas retourner dans son trou à minuit. Ni le matin suivant.

1972

(Traduit par Véronique Schiltz.)


Rat de bibliothèque – ( RC )


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image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html