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Esther Nirina – Parle du pays où il pleut des pierres de topaze


peinture:        Joan Miro. Constellation

 

 

 

Parle du pays
Où il pleut
Des pierres de topaze
Rosées suspendues
Sur toile d’araignée

La distance
N’est plus.

Le pont
Se situe

Entre révolte
Et la barque de prières

Il est temps
De tendre l’ouïe
Aux confidences
De la conscience
Sans s’écarter jamais
De l’œil locomotive
Qui glisse
Dans la nuit du sentier souterrain
Par où

La solitude n’est
Que terre liquide
Qui amasse la mémoire
Du futur

Poème tiré de la partie « De l’obscurité au soleil » du recueil Lente spirale d’Esther Nirina ( auteur Malgache)

 


Branko Čegec – Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune


image: montage  perso  à partie  de  corps  et graphie janv 2012

Branko Čegec  ( auteur croate) – sintaksa koze, sintaksa mjesečine

Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune

Le triomphe des chiffres descend de l’écran.
Je recule, impuissant et muet.

 Comme si j’étais renouvelé
dans la philosophie tardive de la langue et du vin

 j’accepte tout
slalom pathétique

 même si la fille du cadran
s’est endormie dans les bras des nuits blanches

 et des reproches de pêcheurs
d’où s’écoule visqueuse
l’histoire idyllique de la littérature.

 L’essai , c'est ensuite
le cercle imperméable des périls:

 de nouvelles explications parviennent
pour des mots usés, pour des images éculées
et des cadres de films empruntés:

 le grondement des avions et la poussière des souterrains
sont la rencontre marquée sur ta paume humide:

 belle, joyeuse, docile, tu t’es glissée encore
une fois dans l’odeur de ma peau,

 la colle solaire et sensuelle
d’où il n’y a pas de retour, où personne ne se ressemble,

ni qu’on trouve dans des journaux,

et la reddition des papillons égarés

 à la fenêtre qui disparaît
dans les ténèbres profondes, trop profondes.

 Je te dis: entre dans mon miroir
et reçois-moi dans la mémoire glaciale

 pour que je me réchauffe, pour que je m’endorme souriant
comme si j’étais l’oubli,

 la mer calme et Polić Kamov
à la loterie de Barcelone.

 Je suis salué par les bateaux et les femmes pianistes
aux jambes longues et aux doigts laser

 comme dans toute entreprise

d’innovation et de mort:

 et seul le rythme de ton toucher gronde en stéréo,
suivi par l’éclat timide de la peau au clair de lune

 près de la digue, au printemps,
quand les vents sont encore tout jeunes,

 et que la nuit ne cesse pas, l’écriture non plus,
en écrivant l’ellipse du l minuscule

jusqu’à l’infini.

1992 

d'autres  textes  de cet auteur sont  disponibles, en français sur ce site

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montage perso,  même  source  que  le 1er document  ; Corps  et graphie

montage perso, même source que le 1er document ; Corps et graphie, à partir de photo de spectacle de Marie-Claude Pietragalla


Sensation – d’elle (RC)


 
En réinterprétant une  partie  du post 1606    D’Arthémisia:  « Ce rose s’appelait Pimprenelle. Elle sourit. Se sourit.
La vitre reflétait parfaitement son image. Elle se  fit une bouche fleur. »

 

—–

La vitre reflétant parfaitement son visage

Transmit , du quai de la station,  son image

 

Ce reflet, qui  saisit , de bonheur,l’amateur ,

La mateur attend.    , et tente un signe.

 

Lorsque le dessin des lèvres paraît, insigne

Sur la vitre embuée,  la bouche fleur

 

Le reste  du visage fuyant, très doux

Evoqué, et comme aspiré par le flou

 

Juste un baiser rosi, frôlement froissé, d’ailes

Couleur carmin, sensation – d’elle (Pimprenelle)

 

Déposé sur la glace du métropolitain

Qui s’ébranle   –  en parcours souterrain

 

Emportant au loin     l’image en fusion

Du jour à venir,        et ses tentations.

 

 

RC