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La main de l’aride effleure le calcaire ( RC )


peinture:             Soutine. Région de Céret

La main de l’aride
Effleure le calcaire
La puissance blanche
Au pied des monts
Font les Corbières,
Et les dentelles hérissées
Des pierres cathares

Attendant, enracinées
Au regard des années
Et du pays d’Espagne
Comme l’attente
Du désert des tartares
La voix catalane,
Et la chaîne pyrénéenne…

Peyrepertuse, isolée,
Gratte les nuages,
Juste avant les ravins
Et la mer, pas si lontaine
Le soleil de Céret
Peint par Soutine
Au-delà des remparts

RC – 2 mars 2013


Alessandra Frison – Les dernières maisons


poétesse, dont un certain nombre sont visibles  dans

« une autre poésie  italienne »

peinture: C Soutine:           paysage à Céret       1920

Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.

*

Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.


Gertrud Kolmar – Des tourments se dressent sur mon chemin


 

penture: Chaïm Soutine – vue de Céret

 

 

je le sais

des tourments se dressent sur mon chemin que je dois prendre

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

des plaintes se dressent sur le chemin que je dois prendre

et chaque borne kilométrique a des langues

et tous les petits cailloux crient

crient la douleur – là où une jeune fille sombre en râles,

en fuite, abandonnée, fatiguée et malade,

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

et je leur crie dessus !

fille folle dans la honte et la douleur :

des milliers passent devant moi

des milliers viennent vers moi.

Je serai la cent millième

mes lèvres sur une bouche étrangère ;

et meurt une femme comme un chien galeux –

cela te fait-il peur ? non.

mon cœur bat dans une poitrine étrangère

rie mon œil, car tu devras pleurer

et tu ne pleures pas tout seul

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

chagrin et plainte, gris tourment ;

tout cela je le sais

et pourtant j’avance sur le chemin.

 

 


(« Gedichte 1917 » enthalten in « Frühe Gedichte » 1917-22) traduction personnelle

Gertrud Kolmar

 

 

 


Nath -Il sera deux fois à la conjugaison des dunes


Après Marina Tsvetaïeva  et ses  « tentatives de jalousie »…

un retour vers les  « tentatives  de lumière »  de Nath…, qui je ne sais pourquoi, m’évoque un de mes peintres  « phare »:  Chaïm Soutine

peinture – Chaïm Soutine: la folle

Il sera deux fois à la conjugaison des dunes

Je ne sais quel  jour

Tu t’es arrondi à mon épaule

–   tes doigts de poussière ayant cerné

L’instant d’un œil.

Tu as germé ainsi

Sous mon omoplate

Et pousse rouge

L’aile d’un papillon .

La mer est grosse dans la bouche

Du temps.

Vois, frère debout ,

Ton bagage dans mon sang

Tu as décrispé la torpeur de ma poitrine

Lorsque ta cellule

A rejoint la collerette des jonquilles.

A

Mon sang anobli

Gigantesque poudrière,

Des sommeils de ruines,

Des fleurs coupées

Aux verres des convives

Et à droite,

Ton sourire de pierre

Laissant s’échapper les particules de ta cellule.

Je crois que j’entends dans le chant matinal du merle

Quelques lettres tombées du ciel :

« Il sera deux fois

A la conjugaison des dunes. »

Nath 29 mars 2012

mais  évidemment un Soutine, sans la présence  marquée  du rouge  ( puisque  le mot  sang revient plusieurs fois), cela  évoque  aussi ça…

peinture:          Soutine:        dame en robe rouge


Jean-Claude Pirotte – on ignore quoi quelle attente


peinture: Soutine: route peu rassurante

 

 

on n’a jamais le temps l’hiver décoiffe ses villes au marché les petites pommes sont vieilles

il faudrait raconter à l’ami qui est loin que ce n’est pas le froid qui nous épuise

ni le poids des nuées la pauvreté soumise mais on ignore quoi quelle attente ou quel signe

entre les bouleaux nus dans le bois délabré ou dans les yeux des chiens quand ils vont au hasard