voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “spleen

Géographie du silence – (Susanne Derève)


 

 

295662_486530818082309_1860188464_n

 peinture : Nicolas de Staël 

 

 

Silence

pas tout à fait la paix      une attente

les bruits assourdis de la vie fusant dans  la lumière du jour

qui ne l’amenuisent pas

l’étreignent

 

comme une bulle vient crever  la surface de l’eau

on ne sait plus  si c’est  un rêve

ou juste    son lointain écho

 

Il arrive que le ciel soit si bleu

qu’il vous inonde

Soleil de plein été chassant la grisaille du  jour

et   le jour  soudain une ronde  qui passerait

sans vous

 

un grand manège vide

dont  les chevaux de bois dansent  la gigue

dans un bruit de grelot

 

En êtes-vous le camelot, dans la comédia  del  arte

ou l’Arlequin désabusé

portant  le monde sur son dos

 

si loin que son pas l’entraîne

dans le clair-obscur  des nuits

à chercher les mots de l’enfance

– est-ce donc en  rêve qu’il poursuit

la géographie du silence ?  –

ou peut-être à gagner l’oubli

 

 

 


Jean-Michel Sananès – je courais


Image associée

 

Quand j’étais jeune
je ne savais où aller
je courais
après mon père
après ce chat qu’il me fallait apprivoiser
après cet alphabet qu’il me fallait dompter
je courais
après mon âge
et les grands qui partaient à vélo.

Seul, en attente d’être grand
à l’âge du duvet sur les joues
laissant mes mots au vestiaire
je courais après filles
dans l’infortune des timides
je courais les échecs et le spleen
je courais la rime
voulais être Rimbaud
sac au dos, je courais des rêves d’aventure
je courais après la vie
les amis, le travail, une raison de vivre.

Je courais, courais, dans l’odeur des casernes
courais après le temps
après les larmes, l’exil et le chagrin
dans les rayonnages du mot
à frontière de raison
de l’imparfait au futur je courais le verbe être
je courais après le temps
je courais je courais je courais
jusqu’à ce que s’ouvre ce chemin intérieur
où j’ai couru de mois en mois en mois
où j’ai couru de moi à moi

Je ne cours plus
j’ai trouvé de l’encre et du papier
des yeux d’enfants, des yeux de chats
si grands que j’y lis le monde
je ne cours plus
j’ai trouvé des êtres à aimer
plus grands, plus vastes que le champ des étoiles
et toutes les mappemondes du monde
je ne cours plus
je suis enfin arrivé chez moi
pour être, jusqu’à ne plus être.

Maintenant je sais
pour aller à soi
courir est inutile.