voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Marc Hatzfeld – l’attente


montage perso à partir de documents de brookenshaden

L’amie l’attente
Laisse ignorer son nom
Toujours seconde
Derrière la pompe et l’or des grandes émotions.
Souvent heureuse
L’attente
Ne porte pas d’autres visages
Que ceux mélangés des images
Qui glissent dans l’oubli
Et se brisent enfin
Sur la fin d’un soupir.
Mais elle revient
Malicieuse et modeste
Elle réclame ses restes
S’immisce sous ton ombre
Et te parle
Te regarde: elle veut rire avec toi
L’attente
Elle te croque les ongles
Elle te mouche
Et prend les formes tièdes
D’un monde sans importance
Elle se fait mur. elle se fait pain
Elle devient le stylo ou la main
Ou le bruit d’un pas qui résonne et repasse
Mais ne finit jamais plus par frapper à la porte
Devenue sourde.

extrait du recueil de Marc HATZFELD « GIROUETTE »


Francis Ponge – la main


Résultat de recherche d'images pour "hand sculpture"

main –  sculpture antique

 

 

 
La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué
qui y laisse sa trace.
A bout de forces, elle s’arrête.
Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau
qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin.

Francis PONGE « Pièces » (Gallimard)


Philippe Delaveau – Voyage intérieur


peinture: Alain Sicard

 

 

 

VOYAGE INTERIEUR

La pièce qui me sert de bureau : une cabine
d’un bateau improbable sur les eaux des collines
pour affronter les rigueurs du poème et ses décisions :
il s’approche insuffisamment de la côte et nous escaladons
ensemble les enchantements du rêve. Ses caprices.
Vagues et vents : nous respirons à pleins poumons.

Pas de barre où installer mes mains. Ni d’instruments pour la navigation.
Une table. Un stylo. L’ordinateur comme un radar. Des mouettes
au-dessus, qui se moquent ! jamais plus. Jamais trop. Jamais
encore. Et nous allons au gré de l’aventure.
Les cyprès de la haie mendient de leurs mains. L’herbe
connaît la folie des boussoles sous les pylônes.
Tout tremble comme une salle à qui l’on joue la comédie.
Au juste que joue-t-on ?

Pourtant la journée lumineuse : à cette heure, froid bleu,
ciel blanc. Le soleil sur la piste s’apprête
à décoller cahin cahan. Même on entend gronder le réacteur
de la lumière. Tout l’Est est glorieux jusqu’aux lointains méandres
comme un matin de Pâques.

© – Philippe Delaveau –


le bois des mots ( RC)


une  réponse  à

 

« De quel bois  sont faits les mots »

 

 

pub anti-cancer

 

Si les  mots  se refusent          à lui
Lesquels  ne coulent plus  de source
C’est dire  aussi,          le reflux, celui
De l’inspiration  arrêtant sa course

Des idées  ,      qui n’ont plus de sens
Le texte en dérive, partant à vau-l’eau
Ne résonne plus  que         d’absence
Quand le poète cherche  dans son stylo

Le temps qui s’est arrêté.           L a fluidité
De l’écrit et des motifs qui s’enchaînent
Au naturel,                         et sans difficulté
Et que        nul questionnement ne freine…

Il n’est même pas  question de talent
Celui dont la pensée, veut le partage
Ira toujours ,                 porté  en avant
Ne faisant pas ,des phrases en friche, une cage…

 

RC           10 mai 2012