voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “suspension

Laurent Campagnolle ( Loyan ) – C’est l’heure


photo pascal5600 ( de fotocommunity)

c’est l’heure

C’est l’heure du soleil indien. Quand presque tout et tous ont repris la marche mécanique d’un certain monde, l’heure où Diego s’abstrait dans la lumière des lieux retirés. Hier il était de plage, pris entre la bande de sable et le miroir de ce restaurant vitré qui crée une factice péninsule, plus quelques baigneurs face au léger vent marin, cet après-midi il est de hamac, surplombé d’un corridor aérien peu fréquenté, aux abords de Paris, dans une villa close d’arbres et de tourterelles. Il parcourt une revue d’art et de littérature achetée plus tôt vers l’école nationale des beaux-arts, de laquelle, à force de typographies aux fins empâtements et de grands fonds blancs, nait naturellement une sensation de distinction. Voilà le dessein réel de toute vie rêvée. La grâce de ce qui, juste, est, en son lieu et temps. Rien ne vient rider la profondeur de l’instant de bascule de l’été vers l’automne. Et l’aspect aérien du moment tient en partie à la gravité du parcours qui l’a précédé. Il faut avoir connu le poids de la terre pour goûter l’heure sans poids – ce citron confit. Ce grand petit monde a une espérance de vie de quelques minutes, sa netteté jaune déjà décroît, mais en mémoire, la soustraction aux contingences et le détourage flou du balcon, de l’encadrement, ont pris leur place, stable, profonde. La pensée que depuis quelques jours presque tous et tout s’agitent existe, à la façon d’un rêve oublié au réveil ou d’un pic-vert invu cognant un arbre mort en lisière de forêt. Lui s’est fondu, a gagné le noyau dans l’amande du temps. Oui, bien assez tôt, il faudra retourner à la compagnie générale des signaux, aux mètres étalons, poids et mesures, mouvements atomiques du temps universel énoncé par la voix enregistrée – au quatrième top il sera exactement dix-neuf heures, vingt et une minutes, trente-huit secondes, cinq millisecondes. Le mouvement perpétuel à quantième n’a jamais cessé, simplement, par la force du retrait sans heurt, dans un coffret hermétique de gaze et d’ouate il a été placé, empêchant l’émission du tic-tac du temps mécanique, soustrayant Diego à son écho. Et cette libération silencieuse, sans témoin, se vit de cercle en cercle, reliant les échappés d’une rive à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un âge à l’autre. L’ombre portée s’intensifie sur le mur. Le contour des arceaux de métal et du chambranle de bois s’étirent, sous l’effet de la vibration. La beauté qui en sort a trait aux expériences de laboratoire, quand les graphes portent encore une part irrésolue. Si proche des centres de pouvoir et si distinct d’eux. Diego les imagine quand la réciproque paraît impossible. Quel centre a connaissance de ses marges ? Quel rôle joue chacun ? Les places ne sont pas attribuées ad vitam aeternam. Du tic-tac au trictrac se glisse le r du rêve, de la rage, de la reconnaissance, du redressement, du rayon (vert), de la ruse, de la rapine, du retour, du restitué, du resitué. Diego a dîné à dix-sept heures d’une ciabatta aux olives, d’un verre de Saint-Estèphe et de tranches d’un fromage de brebis pâteux. Descend l’heure de la nuit, sans à coup. Approche le temps des gelées et des nuits sans bourdonnement d’insectes. Les cercles sont en place. Cercle a tracé la figure du labyrinthe. Edwarda la pave de seins et de cuisses – l’érotisme n’aurait d’image qu’au féminin ? La suspension tient encore, un peu, d’un fil. Rien n’a été travaillé aujourd’hui par lui dans l’ordre économique des choses. Mais de commerces, sa journée atteste, celui de la chère, des pensées, des chairs, des mots, des croquis. Diego a plusieurs visages au corps. Il est à votre image, vous libellules qui de rives en rives, sans bruit mais en grâce, portez le sens de l’air : libre.

le site de L Campagnolle  peut être  visité  ici…


Future friche industrielle – ( RC )


Art     Gerard Murphy           guèpe  et poires

Avançons, avançons jusqu’au bord

Au delà commencent les  rêves

Trève de  la nature

Gros plan, et fondu au noir,

Il n’y a plus de repères,

La perspective est en fuite

Les mots sont partout, en suspension

Il suffit de les rendre…

Tranchons, découpons

Les maux se fondent lentement

Dans la confiture des jours…

Il n’y a plus de certain;

Que la nuit,

Poussée par le train

Que regardent passer

Les ouvriers les mains vides.

Avançons, avançons jusqu’au bord

C’est alors que bascule l’avenir,

Où tout se fond en brouillard

Rien à donner, si ce n’est le passé.

Le présent est parti, vers d’autres contrées;

Le ciel n’a plus de fumées,

Que des cheminées vides,

Retournées à la friche.

Rc  – 1er octobre 2012

photo – forge de Clabecq Belgique

photo Torres: cimenterie Alba


Olivier Domerg – Le rideau de dentelle


peinture: Fernand Léger figure et rose 1931

 

 

 

 

«  Où est le réel ? flottant, floconneux, flou. De l’air   ! de l’air !

Des nuées sirupeuses. Des dorures. Des nappages. Du flou.

Des nuages.

De l’air et de l’eau en suspension. En fines gouttelettes.

En vapeur. En « plumes d’ange » (les revoici donc ces chérubins chéris, chéru-bibis séraphiques, bénis des cieux / pieux / vieux / dieux ?).

En brumes cotonneuses. Où est le réel en ces parages où l’écriture le dispute au démiurge ? À quel ciel se vouer quand on ne croit en rien ?

Et n’est-ce pas le lieu même du leurre ? Du leurre et de la couleur (blanc azuré, orange ou rouge crépuscule) ? Du leurre et de l’emphase, du lyrisme niais, vertical ; béatitude des saintes buées ? Du leurre de la douleur expiée ?

Élévation. Dévotion. Évasion. Manipulation ? Où est le réel dans ce trop-plein de dogmes, discours, croyances nébuleuses, bondieuseries patentes, représentations saturées ? »

 

 

 

Olivier Domerg  est publié aux éditions   « Le bleu du ciel », il a été aussi été publié  « Une Campagne », aux mêmes  éditions   ( http://editionlebleuduciel.free.fr ).

En savoir plus ?   c’est  ici, avec  « autres et pareils »

—–

Le bleu du ciel  publie  également Claude Chambard,  qui a fait l’objet de trois  articles  ici,  deux  extraits  du  « chemin vers la cabane »,  et  « transformation ».

 

dessin ;Fernand Léger; Album : la ville, Paris, édition Tériade, planche 6; Les amoureux dans la rue


Attendre que se dilue le temps (RC)


Steve Messan drop, - voir some-landscapes.blogspot.com

 

Attendre , debout, dans la gare

Aux mouvements pressés des passagers

Venant tous d’un ailleurs,

Ou se cherchant une voie d’ailleurs

 

Et pensant que seul le décor changerait

Comme un tapis des villes  et des champs

Et qu’une foule de personnes identiques

Serait reportée dans un ciel de Magritte

 

Attendre dans la salle vide

Sous le regard  rond  de la pendule

Et l’alignement régulier des chaises

Au faux air  d’objets soumis

 

Attendre dans la salle pleine

Sous le regard pressé de la pendule

Et l’alignement  défait des chaises

Soupirant sous le poids des personnes

 

Attendre  au carrefour où les autos

se traînent ,et le bus qui ne vient pas

la poussière des champs  sur l’asphalte

Et mon ombre pointant avec le soleil.

 

Attendre  que se dilue le temps

Marqué par les heures sentinelles

En un reflet de pierres, en, suspension

En patience de lac endormi.

Art: sentinelles de sel Jean-Pierre Formica photo Eric Preau


Le heurt des ombres fait silence (RC)


C’est une ligne qui jamais ne fatigue

Elle porte une surface, rase ou plissée, selon,

Le heurt des ombres fait silence ,et

Le ciel s’incruste avec, courbe l’horizon

Et nous, de même…….

 

rencontres   -  aquarelle non figurative  - - création perso

Ce que le jour donne à voir, nous l ‘habitons

Et le tragique modèle les ombres, en érosion

Griffe et sépare d’un trait de pinceau nerveux

Des plateaux majestueux, la toile horizontale

Avec des rêves d’îles, c’est le souvenir d’une mer,

D’un espace en suspension, avec la part d’attente

 

Accrochée aux sentiers et bouquets vert-de-sombre

De l’aimée qui n’a jamais goûté

L’austérité veloutée, et des gris feutrés

Et du souffle neigeux du chant de la terre

 

Regardant le passage de l’hiver

En se rappelant ce qui fut hier

La grande mer qui conduisait à toi

Et moi, de même ……..

 

la peinture  en accompagnement, est une  création personnelle  intitulée  « rencontres »,   technique utilisée : aquarelle