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Cathy Garcia – Serre-gorge


peinture Philps Wouwermans, cheval blanc, et vieil homme  avec fagots  XVIIè siècle

peinture Philps Wouwermans, cheval blanc, et vieil homme avec fagots          XVIIè siècle

La pluie laisse des copeaux
au creux des abreuvoirs
Les yeux des oiseaux le disent
le ciel devient trop noir

Octobre enragé déchire les arbres
cochés de rouge les crapauds pleurent
sur la vieille margelle

tu le sais
jamais tu ne retourneras
sur tes pas
ou ceux d’un autre

et ta main lasse
s’entrouvre
pour laisser couler
la miellée

les regrets se laissent compter
un par un
à ton serre-gorge

tu sais
le sang
l’aube
la fêlure du regard
où s’engouffre
la lumière

et sur le trou sur le
manque
tu poses la première syllabe
d’un nouveau cycle
de sable

tu sais
tu sais la roue qui
éparpille
dissout
tu sais l’alternance
la vanité

puis tu oublies
et courbée sur l’enclume
commences à forger
ton prochain
serre-gorge

————

 

 


Perspectives basculées ( RC )


En posant un pied devant l’autre,

Si c’est  suivre  le fil,

Comme  celui de la conversation,

Déplacer une syllabe

Soulever la semelle,

Autre jambe en équilibre…

 

De la portée de musique,

S’échappent les  soupirs

Et s’envolent dièses et bémols

La partition se dilue

Croches et blanches,  se perdent

Aspirées par le fond.

 

Je suis arrivé  au bord,

La ligne changeante du stable,

Où le reflet des nuages

Est sous mes pieds

La limite indécise

Où l’espace bascule

Et ouvre des perspectives

 

Basculées  qu’accompagne

La fuite des vents.

Posant un pied dans l’inconnu,

Sur la surface toute proche,

Et tout un monde lointain.

RC  – 5 décembre 2012

photo Marie,   de photosNature   2012, avec son aimable autorisation

« Tout un monde lointain »   est le nom d‘une pièce musicale  de Henri Dutilleux


Jorge Luis Borgès – Tankas


 

 

 

 

 

peinture:    Max Beckman:   le rêve du soldat        1942

Tankas
.
.
1
.
En haut sur la cime
Le jardin entier est lune,
Lune d’or.
Plus précieux le frôlement
De ta bouche dans l’ombre
.
2
.
La voix de l’oiseau
Que la pénombre recouvre
On ne l’entend plus.
Tu marches dans ton jardin
Quelque chose, oui, te manque.
.
3
.
La coupe d’un autre,
L’épée qui fut une épée
Dans une autre main,
La lune de cette rue,
Dis-moi, n’est-ce pas assez ?
.
4
.
Il est sous la lune
Le tigre fait d’or et d’ombre
Il fixe ses griffes
Il ne sait pas qu’au matin
Elles ont tué un homme.
.
5
.
Triste cette pluie
Qui sur le marbre s’égoutte,
Triste d’être terre.
Triste, n’être pas les jours
De l’homme, le rêve, l’aube.
.
6
.
N’être pas tombé
Comme d’autres de ma race,
Au champ de bataille.
Être dans la vaine nuit
Seul à compter les syllabes.
.
.


Eugenio de Andrade – apprendre à la main


Sculpture:    Parc de Middelheim:                     Alice Aycock  » Leonardo Swirl II »

 

 

 

 

Tu pourrais apprendre à la main
Un autre art,
Celui de traverser le verre ;
Tu pourrais lui apprendre
À creuser la terre
Dans laquelle tu suffoques syllabe après syllabe ;
Et même à devenir eau,
Là où, à force d’être regardées,
Les étoiles tombaient.

 

extrait de « Matière solaire »

 


Annie Lautner – Qu’on me donne


photo: poupée géante de Royal-de-Luxe

 

on peut lire  beaucoup de compositions  de Annie Lautner  sur  le site  de Mohammed Rafiq-

 

————–

Qu’on me donne des mots
Pour prolonger le rêve
Au-delà de la nuit
Pour qu’au bout de mon encre
Eclosent les syllabes
Dans leur robe d’azur
Que le chant de mes vers
Au Souffle de la Vie
Ose une rime alerte

Qu’on m’accorde le temps
De tremper dans le ciel
Ma plume émerveillée
Par le rire des lettres
Et leur délicatesse
A surgir du silence
A projeter leurs ombres
Entre deux souvenirs
Sur le papier avide

Qu’on me permette enfin
De laisser déborder
De l’alphabet sacré
Le secret prometteur
Du Verbe rutilant
Qui ne veut plus se taire

Annie Lautner


De Andrade Eugenio — elle est ainsi, la musique


Eugenio de Andrade

elle est ainsi, la musique
La musique est ainsi : elle demande,
interroge avec insistance
– l’amour ?, le monde ?, la vie ?
Nous ne savons pas, et jamais
ne le saurons.
Comme si elle ne disait rien elle
finit par tout dire.

Ainsi : s’écoulant, brûlant jusqu’à
la fulgurance – et enfin
le silence blanc du désert.
Auparavant pourtant, comme une syllabe tremblante,
elle commence à jaillir, blesse,
caresse la plus lointaine des étoiles.

On peut lire des textes de Andrade en langue originale sur ce blog

voir aussi du bleu dans mes nuages