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Le jour où on a vendu le monde – ( RC )


Quand je me suis réveillé,
je me rappelle que j’avais chuté
d’un escalier aux marches se perdant dans l’infini.

Un homme est venu, à l’accent synthétique.
Il m’a dit qu’il ne pensait pas me revoir,
car j’étais mort depuis longtemps .

Il m’a dit être mon ami,
ce qui était possible dans le passé,
puisque toutes les années s’étaient effacées.

Beaucoup de choses se sont transformées,
et ont changé de mains.
Tout évolue à une vitesse folle.

L’homme qui se disait mon ami,
m’a dit qu’on avait fait beaucoup de profit.
Même Dieu n’en a plus le contrôle….

J’ai ri, en sachant que, revenant de la mort,
le temps avait perdu ses repères,
et qu’ainsi, je serai bientôt de retour sur terre.

L’homme a voulu me serrer la main ;
la sienne, je l’ai trouvée bien molle,
comme en matière plastique .

Il m’a indiqué qu’au niveau économique,
j’avais intérêt à me procurer des parts
dans une planète voisine, bourrée de pétrole.

Son regard était tourné en dedans,
comme s’il ne me voyait pas,
et pourtant ses paroles ont ruisselé sur mes épaules.

Je voulais rentrer chez moi,
reconnaître le monde qui m’avait abandonné
et laissé mourir seul.

Mais tout avait changé :
on avait commencé à vendre les plaines,
puis les mers, et tout ce qui était rentable .

Les habitants n’étaient pas au courant 
sauf ceux qui lisaient les journaux financiers,
les autres, errant, sans but apparent;

ça faisait quelque temps que la planète était endettée,
et, de par sa position, très convoitée,
alors des hommes comme celui qui se disait mon ami

l’ont vendue par petit bouts :
ils ont dit qu’on n’avait pas le choix,
et que nulle part on ne serait plus chez soi,

les autres planètes étant par ailleurs hors de prix,
j’aurais dû rester au paradis,
– mais on l’avait vendu aussi…-

Quand je me suis retourné,
l’homme qui se disait mon ami était reparti,
en me laissant un papier .

Il se pourrait que ce qu’il m’a dit
coïncide avec ma longue chute d’un escalier,
dont les marches se perdaient dans l’infini…


Hareng ( RC )


peinture: James Ensor;           deux squelettes se disputant un hareng

Rien  ne  prédestinait, je crois
A ce que ce poisson, quitte les fonds marins
Pour être  présent,  (  et sujet ) du festin
L’assiette posée sur la table en bois.

Je suis  allé le chercher
En hésitant longtemps
—  de la morue ou du hareng ?
Au supermarché …

En ce qui me concerne
Je l’ai choisi au hasard
Sans considérer son regard
– qui était plutôt terne

Il était disposé
Comme  le veut  l’usage
Dans un bel emballage
– article  non pesé…

reprise en cravate des harengs de Van Gogh

Celui-ci était vert
Ca  donnait une  touche  de couleur
A côté  du beurre
Ca devait rappelait la mer

Un emballage  de plastique
Avec un film  dessus
Qui est bien conçu
En matières  synthétiques

Je me suis  dit qu’un vin
Blanc, comme boisson,
En pensant au poisson
Irait bien    pour demain

Bien qu’au naturel , il préfère
– ce que je comprends
– Comme  tous les harengs –
Son bain d’eau de mer…

Je l’ai mis à l’aise
Pour pas qu’il ne s’enrhume
Avec des légumes
Et de la mayonnaise

Comme les poissons  essaiment
J’ai pensé à leur nombre,évoluant par bans
Au coeur  de l’océan
Et je lui dédie ce poème….

J’évoque aussi Ensor
Qui,          dans ses peintures
– ( » Ouh là !!   que  de culture !!  » )
Pense avec bonheur,   aux harengs  saurs…

Mais avant,          qu’il participe à la fête,
Il faut que je vois, s’il n’a pas trop de sel
Et aussi  que  j’enlève
Toutes  ses arêtes…


RC- 18 novembre  2012