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Blaise Cendrars – Squaw- Wigwam


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photo Edward Curtis

Quand on a franchi la porte vermoulue
faite de planches
arrachées à des caisses d’emballage
et à laquelle des morceaux de cuir servent de gonds
On se trouve dans une salle basse
Enfumée
Odeur de poisson pourri

Relents de graisse rance avec affectation.

Panoplies barbares

Couronnes de plumes d’aigle
colliers de dents de puma ou de griffes d’ours

Arcs flèches tomahawks
Mocassins
Bracelets de graines et de verroteries
On voit encore

Des couteaux à scalper
une ou deux carabines d’ancien modèle
un pistolet
à pierre ,des bois d’élan et de renne
et toute une collection de petits sacs brodés
pour mettre le tabac
Plus trois calumets très anciens
formés d’une pierre tendre
emmanchée d’un roseau.

Eternellement penchée sur le foyer
La centenaire propriétaire de cet établissement

se conserve comme un jambon
et s’enfume et se couenne et se boucane
comme sa pipe centenaire et

le noir de sa bouche et le trou noir de son œil.

 

Blaise CENDRARS « Far-West » in « La Revue européenne », 1924

 

 


Philippe Delaveau – Bistrots III


Photo: Anders Petersen

 

BISTROTS (III)

Le buveur parfois regarde au fond de son verre

comme s’il  cherchait le mot qui manque ou le souvenir

il reprend le récit au moment où le voyageur

se perd encore contre l’obstacle ou l’ombre de sa mort

j’irai m’asseoir au fond contre la cloison

près du portemanteau frêle, gibet de cadavres

les parapluies y dorment, les chapeaux sombres

es-tu le voyageur au-dessus de son verre ou ce poète

qui marchait sur le quai de la Mégisserie parmi les fleurs

les oiseaux parlent la langue des paradis qu’ils n’ont jamais quittés

la voix te délaisse tu ne sais plus tu n’avais jamais su

l’odeur du tabac maintenant s’incruste dans le poil du manteau

la laine sous ta veste agace ta peau

la fumée stagne à mi-chemin du plafond et les mots allégés

demeurent dans l’entre-deux d’une conscience attendant qu’on les frotte …