voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “théâtre

Une géométrie modifiée – ( RC )


(c) Rodney Smith

 

photo:  Rodney Smith

 

 

Tu peux tirer le rideau sur le théâtre du jour,
>   cela coïncide avec la géométrie des lieux :
chaque chose est à sa place,
dans un repère orthogonal.

La plage est silencieuse,
la mer grise,           d’un calme sournois.
Effectivement le plancher de la maison
reste parallèle à l’horizon ,
           comme si c’était fait exprès:

C’est compter sans le ciel endormi,
qui joue avec le vent,
              une partition,
où souvent, les choses basculent
dans leur sommeil.

Bois et charpentes gémissant,
supportent les éléments,
qui parfois
pèsent plus lourd           qu’on ne pense :

le drap des nuées secoué en tous sens,
ne modifie pas la perspective,
             mais introduit des obliques ,
toutes dans le même direction,
mais sans qu’on puisse désormais
les corriger .

( sur une photo de Rodney Smith )

RC – dec 2017


Susanne Derève – l’alphabet du regard


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peinture: Giovanni Segantini

 

Il me semble voir ta main

Attirer doucement l’objet dans la lumière 

Le tenir à portée

Dans le reflet tamisé de la lampe   

                                                                                                                

Faire pivoter l’objet lentement

Afin que la lumière l’épouse

Et le révèle

 

Dans l’alphabet du regard                                   

Prendre une à une les images                                                           

Et les toucher comme on ferait

Du front des yeux et de la bouche

D’un visage aimé

 

Et puis les reposer dans le cadre                                                              

A leur place

Et reculer de quelques pas

Pour juger de l’effet produit

Sur celui qui n’a pas les clés

 

Et qui découvre médusé

Comme on tire un rideau de théâtre

Le don que tu lui fais

De la beauté .


Paul Valery – Bouche


Résultat de recherche d'images pour "mouth painting"

dessin Lalaluce  (deviantArt)

Le corps veut que nous mangions, et il nous a bâti ce théâtre succulent de la bouche
tout éclairé de papilles et de houpettes pour la saveur. Il suspend au-dessus d’elles
comme le lustre de ce temple du goût, les profondeurs humides et avides des narines.
Espace buccal. Une des inventions les plus curieuses de la chose vivante.
Habitation de la langue. Règne de réflexes et de durées diverses.
Régions gustatives discontinues. Machines composées.
Il y a des fontaines et des meubles.
Et le fond de ce gouffre avec ses trappes assez traîtresses, ses instantanés, sa nervosité critique.
Seuil et actes — cette fourrure irritée, la Tempête de la Toux.
C’est une entrée d’enfer des Anciens. Si on décrivait cet antre introductif de matière,
sans prononcer de noms directs, quel fantastique récit !
Et enfin le Parler… Ce phénomène énorme là-dedans, avec tremblements, roulements,
explosions, déformations vibrantes…

PAUL VALERY « Mélange » (N.R.F.)


Les veilles, les poings serrés – ( RC )


peinture: István Sándorfi - sweet home

peinture:             István Sándorfi          –            sweet home

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu tournes la tête,  vers  des espaces  si éloignés, encore  ,
Qu’on ne peut les  sentir, les toucher.

Ce sont des veilles  de pensées, comme on veillerait le  défunt.
Tout s’est tu, et              même les coups de fouet des éclairs,

Dans le ciel chaviré,              n’atteignent plus ce théâtre.
…       Les lumières  se sont  éteintes.

Un courant d’air sournois est arrivé .
Un éteignoir, où les chandelles  n’ont plus pu respirer  .

La parole  est emportée.
–         Elle ne peut plus t’atteindre .

Même l’espace  des rêves  semble inaccessible .
Pour que tu entendes,   il faudrait que nous retournions,

jusqu’aux marges  de l’enfance…      desserrions les poings,
Pour que l’ombre,      peu à peu,              s’en échappe    …

RC –  nov  2014

 

( texte  créé à partir  d’une lecture  de Ile Eniger )

 


Jean Genêt – le Funambule ( petit extrait )


                         mise en scène de la « Cerisaie » d’ A Tchekov, par Alain Françon

—-

Comme le théâtre, le cirque a lieu le soir, à l’approche de la nuit, mais il peut aussi bien se donner en plein jour. Si nous allons au théâtre c’est pour pénétrer dans le vestibule, dans l’antichambre de cette mort précaire que sera le sommeil.

Car c’est une Fête qui aura lieu à la tombée du jour, la plus grave, la dernière, quelque chose de très proche de nos funérailles.

Quand le rideau se lève, nous entrons dans un lieu où se préparent les simulacres infernaux.

C’est le soir afin qu’elle soit pure (cette fête) qu’elle puisse se dérouler sans risquer l’être interrompue par une pensée, par une exigence pratique qui pourrait la détériorer…


Kaléïdoscope – ( RC )


Art: Gilbert & George – Flagleaf

 

Regarde bien!

La scène se découpe,

Elle se démultiplie,

Les images se mélangent,

Se chevauchent et se renvoient,

A elles-mêmes,

C’est un décor de théâtre,

Enfin, je crois,

On y voit des acteurs

Ils sont en travers,

Projetés sur les murs,

Recomposés, remplis de couleurs,

Elles s’enfuient ensuite,

Se soudent et se rassemblent

Un peu plus loin,

Et c’est une fontaine joyeuse,

Des idées . Elles viennent,

Se cristallisent,

S’enchevêtrent,

Puis se séparent …

Des poèmes surgissent,

On dirait, de nulle part,

Fusent, à travers la tête.

Il suffit de les attraper,

De les laisser vivre,

Une danse effrénée,

Les mots sont là,

Des images s’assemblent,

Comme débordant,

De compartiments étroits,

Je vais les assembler,

Les faire s’épouser,

Dans une maison de papier,

Translucide

Je te les enverrai,

Par la poste,

Tu verras ainsi,

Sous tes yeux, venir

Une magie                     une fantaisie,

A mesure que les images

Se reforment,

Et se projettent …

Les acteurs sont à l’envers,

Maintenant.

Dans ta tête,

C’est toute une histoire,

Ce que tu interprêtes,

A ta façon,

En quelque sorte une aventure,

Dont tu deviens le héros,

Si tu prends à ton tour,

Le stylo,

Pour me répondre

Tout en changeant les couleurs.

,

RC – décembre 2013


Patrick Laupin – l’homme imprononçable – extr 01


BE051797

 

photographe non identifié

 

Je voudrais que s’entende comment la violence historique rentre dans les corps, crée en chacun une parole non parlée, un soliloque muet.

D’ordinaire la poésie arrive à ça par des abréviations fabuleuses et des synthèses de foudre donnant à lire toute la structure du langage en abîme.

J’entends une poésie qui ne trahisse pas la réalité. J’imagine un théâtre, simple odyssée sous les arbres, solitaire, tacite ou social, où l’auditeur soit dans la position d’entendre ce qu’il écoute comme s’il ne l’avait jamais encore entendu prononcer, bien que vivant de tout temps de ce débordement concentré de sa propre énergie singulière.

Où soient des adresses, des voix, un lieu de la parole en soi pour qu’elle puisse exister. Sans quoi, le tragique de la folie le prouve, l’homme est un être donné pour le néant et la disparition. Que la voix retraduise ça, le lieu, le geste, le fuyant.

Que s’entendent ces voix, vulnérables de songe, sentences retorses qui évident le mensonge, une beauté statuaire dans le calme plat de l’invective.

Je voudrais que s’entende une langue qui par la répartie instantanée retourne le sens à son vide, à la cruauté rapace d’envol qui dort dans la guerre intestine des corps, à la douceur élue de la beauté.

Ennuis, soleils, traites impayées, corps courbaturé et l’oppression, le souffle de la révolte.

Je me dis qu’une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition.

Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d’insurrection sacrée.

 
(extrait de L’Homme imprononçable, La rumeur libre éditions, 2007)


Décor, lumière, extinction ( RC )


photo perso; panoramique  collines éclairage vallée du Lot

photo perso; panoramique collines éclairage      vallée du Lot…  voir le panoramique  dans  une dimension d’image plus grande ?   cliquer  sur elle

En tous sens,           coulissent des rideaux ,
–                 Des pans de décor, qui bougent
Se masquent,        grimacent une ambiance,
Tantôt légère, tantôt portée  d’inquiétudes

>                                C’est une scène de théâtre,
Une question d’étoffes,   de murs végétaux,
Où l’éclairagiste s’affaire,
Dans les hauteurs,  à combiner les lumières,

A rassembler les nuages
User de la douche,         des matités et brillances
Orage côté cour,     grand projecteur côté jardin.

Qui s’éclaire  et puis  s’éteint,
Aux vents fantasques,        il faut saisir l’instant
La mesure des secondes,         ne revenant plus,

S’il faut en faire un dessin.

 

 

RC –  24 mai 2013

–  A noter que ce type  d’éclairage ponctuel et fugace est une  des caractéristiques de la région et est effectivement perçu ( avec les pans de montagnes ou en lumière ou en ombre, selon la position des nuages), comme une scène –  un théâtre de lumières…..  Voir  sur la même  atmosphère  mon article  sur  » Lozère en causses »


André Laude – Nous n’habitons nulle part ( Testament de Ravachol )


dessin; street art de Banksy

Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains

rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
retranchés dans les organismes planétaires planificateurs
infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu’absence
une brûlure qui ne cesse pas nous n’embrassons nulle bouche
vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons
une réalité d’opérette
nous n’avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes
nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons
notre propre peau de fantôme
le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l’empire de
notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs
nous n’avons ni visage ni nom nous n’avons ni le temps
ni l’espace des yeux pour pleurer trente-deux dents
totalement neuves pour mordre
mais mordre où mais mordre quoi
de fond en comble toutes les chaînes
autour desquelles s’articulent nos chairs nos pensées
d’aujourd’hui
jusqu’à ce qu’elles cassent dans un hourrah de lumières de
naissances multiples
décrétons le refus global
les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà
la révolte met le feu aux poudres
taillez enfants aux yeux d’air et d’eau les belles allumettes
dans la forêt des légitimes soifs
taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d’ombres universel.

(In Testament de Ravachol)